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Culture

À la rencontre de l'activiste russe qui s'est cloué les testicules sur la place Rouge

Pour la « Journée de la Police », le public a rendu hommage à leurs gardiens de la paix en regardant Vladimir Poutine pleurer à chaudes larmes et Piotr Pavlenski clouer ses testicules sur le sol de la place Rouge.
26.11.13

Piotr à une manifestation

Chaque année, la Russie honore ses forces de police avec une commémoration intitulée « Journée de la Police ». Cette année, les célébrations de cet événement se sont déroulées le dimanche 10 novembre, et le public a rendu hommage à leurs gardiens de la paix en regardant Vladimir Poutine pleurer à chaudes larmes et Piotr Pavlenski clouer ses testicules sur le sol de la place Rouge.

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Piotr est un artiste politique connu pour les souffrances physiques qu'il s'inflige au nom de l'art – avant ça, il s'était enveloppé dans du fil barbelé pour protester contre les lois russes et s'était cousu la bouche en soutien aux Pussy Riot. Cette fois-ci, son auto-mutilation était destinée à condamner « la transformation de la Russie en État policier ».

J'ai contacté Piotr pour lui demander comment la manifestation s'était passée.

VICE : Salut Piotr, tu t'es cloué les couilles au sol de la place Rouge l'autre jour. Tu peux m'en parler ?
Petr Pavlenski : Ce n'est pas le pouvoir qui tient les gens par les couilles, ce sont les gens qui restent sans bouger. Très vite, tout le monde va être en prison, mais ça ne dérangera plus personne parce que, d'ici là, le pays se sera transformé en un complexe carcéro-industriel.

Il me semble que tu es artiste, aussi. Ça a une influence sur ton activisme ?
Je suis un artiste qui fait de l'art politique. L'activisme est important pour moi en tant que principe de vie – c'est l'effet du raisonnement primaire et secondaire et de la théorisation ; aucun argument n'a lieu d'exister dans l'inaction. Mais l'art politique et l'activisme sont deux choses bien distinctes. L'activisme relève de la lutte et du remaniement de la société, tandis que l'art politique vise à montrer et à détruire l'appareil du pouvoir. Dans certaines circonstances, c'est un catalyseur pour le processus politique.

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Je vois. Et qu'est-ce qui t'intéresse le plus ?
Je me concentre sur l'art politique.

Tu penses que les Pussy Riot étaient des artistes politiques ?
Oui. Actuellement, il y a  une énorme prise de conscience autour de l'importance de l'art et de la politique.

Le gouvernement russe n'a pas vraiment apprécié l'art politique des Pussy Riot. Comment les gens ont réagi à tes actions ?
Ça varie beaucoup, ça va des accusations de folie aux menaces de mort, en passant par des lettres de reconnaissance et de soutien.

Piotr, les testicules cloués au sol

T'as pas peur des flics ?
Ils veulent juste savoir pourquoi je fais ça – si j'ai des intentions cachées ou si je fais ça pour l'argent. Fondamentalement, ils veulent connaître mes motivations. Sur la place Rouge, ils m'ont couvert d'un drap, en prétendant que c'était pour me tenir chaud. Mais c'était seulement pour me cacher des regards et des caméras – ils l'ont repris dès que la foule s'est dispersée.

Pourquoi l'auto-mutilation est-elle aussi importante dans ton travail ?
Je veux montrer ce que le gouvernement fait de son pouvoir. Leurs actions sont violentes, et je me dois d'imiter leur code visuel pour les dénoncer.

Tu penses que la violence doit être combattue par la violence ?
Pas toujours. Mais diriger la violence contre une entité tout aussi violente constitue une méthode efficace – jusqu'à ce que quelqu'un se fasse liquider, du moins. Il existe une philosophie de carnage sans fin, un mécanisme de violence volontaire dirigé contre soi-même. Si vous parvenez à mettre ça en oeuvre, vous vous donnez le pouvoir de tout faire arrêter pour de bon.

Qu'espères-tu accomplir avec ton art ?
J'ai deux priorités : d'abord, je veux montrer à tous la possibilité et la facilité de l'activisme. Vos matières premières peuvent aussi bien être des appareils ménagers que votre propre corps – vous n'avez pas besoin d'argent pour faire une déclaration activiste. Il faut juste un peu de motivation et une volonté de surmonter les phobies imposées par le pouvoir. Ensuite, les actions amènent les gens à réagir et à critiquer. Appelez ça un réflexe social, si vous voulez. Ils remettent en question ce qu'il se passe et se rendent compte de la puissance de la propagande imposée par les idéologies totalitaires.

Cool. Quel est ton prochain sujet ? Tu comptes protester contre l'oppression homosexuelle ?
Les membres de la communauté LGBTIQ sont mieux placés pour en parler. Je souhaite surmonter la répression sexuelle et les tabous, mais ce sont eux qui ont besoin de comprendre les spécificités des événements actuels – je n'ai pas le droit de les commenter pour eux. Et mon travail est naturel. Il est assemblé à partir d'une pluralité d'événements et de situations qui arrivent aux gens autour de moi. Tout ce que je fais constitue un acte unique. Je ne travaille pas en série, donc je n'ai pas de projets pour le futur.

Merci, Piotr.

Suivez Tristan sur Twitter : @tristanjamesme