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Hey humanité – on est à deux doigts de s’éteindre à jamais

Plusieurs scientifiques et journalistes reconnus ont travaillé sur la menace que représente le changement climatique sur la survie de l'espèce humaine : leurs conclusions sont terrifiantes.

par Nathan Curry
29 Août 2013, 8:30am


Un mur probablement tagué par un partisan de l'Extinction Prochaine. Image via Flickr

Si vous deviez retourner dans les années 1950 par une porte orbitale cosmique trans-temporelle pour comparer cette époque et la nôtre, la première chose que vous remarqueriez serait, je pense, les millions d'ordures spatiales qui auraient miraculeusement disparu de l’orbite terrestre.

Aussi, la Lune serait plus près de la Terre de 2 mètres, et les continents européen et nord-américain seraient plus proches de 1,2 mètre. En zoomant, vous pourriez découvrir plusieurs manifestations de l'Âge d'Or du capitalisme dans le monde Occidental, et des restes du Grand Bond en avant, plus loin à l'est. Les lasers, code-barres, contraceptifs, bombes H, puces électroniques, cartes de crédit, synthétiseurs, super glue, poupées Barbie, produits pharmaceutiques, l'agriculture industrielle et les pédales de distorsion seraient sur le point d'être créés.

Il n'y aurait qu'un tiers de nos sept milliards d'humains et plus d'un million d'espèces de plantes et d'animaux différentes ne se seraient pas encore éteintes. Il y aurait 90% de poissons en plus, un milliard de tonnes de plastique en moins, et 40% de phytoplancton (les micro-organismes responsables de la production de la moitié de l'oxygène de la planète) en plus dans les océans. Il y aurait deux fois plus d'arbres sur Terre et trois fois plus d'eau potable dans les nappes phréatiques. Il y aurait 80% de glace en plus au pôle Nord pendant la saison estivale, et 30% de dioxyde de carbone et de méthane en moins dans l'atmosphère.

La plupart des gens instruits savent que ce genre de détails sordides cachent en réalité l'histoire du proclamé « progrès ». Mais que se passe-t-il si l’on relie ces points les uns aux autres ?

Si Doomsday Preppers (une émission à succès qui présente la vie d'Américains « ordinaires » se préparant à l'Apocalypse) peut être considéré comme un indice sérieux quant aux tendances actuelles en Occident, on peut se dire qu’il a toujours existé des prophètes et des sectes qui ont exploité ce même concept de fin du monde – chacun ayant une idée très personnelle sur le déroulement de celle-ci (ascension des âmes pures, apparitions de corbeaux zombis, etc.), mais quelque part entre le calendrier Maya, le Point Zéro et autres philosophies du chaos, se font entendre les sons des clairons d'une foule qui se moque des sacs d'escampette et de l'eschatologie. Des scientifiques et des journalistes reconnus ont travaillé sur la menace que représente le changement climatique sur la survie de l'espèce humaine, et en sont arrivés à des conclusions terrifiantes, parce que censées.

Des données récentes semblent indiquer que nous avons probablement déjà dépassé pas mal de limites et que nous avons cassé à tout jamais plusieurs « cercles vertueux » naturels : le permafrost est en train de fondre et les glaces de l'Arctique tombent dans la mer, tandis qu’une augmentation moyenne de la température mondiale de seulement 2ºC d'ici à 2100 – objectif fixé par les Nations Unies et les climatologues – tient désormais plus du conte de fée que de la réalité. Au lieu de ça, on parle plutôt de 4, 6, 10, voire 16ºC.

Le lien entre le rapide changement climatique et l'extinction de l'espèce humaine tient en quelques mots : la planète devient inhabitable pour l'homme si la température moyenne augmente d'entre 4 et 6ºC. Ça paraît peu, parce qu'on est de plus en plus habitués à des changements de 15ºC du jour sur l’autre, mais même une augmentation moyenne de 2 ou 3ºC donnerait lieu à des températures qui dépasseraient souvent les 40ºC en Amérique et en Europe, et qui pourraient monter bien plus haut dans les zones proches de l'équateur. Le corps humain commence sérieusement à s'affaiblir après 6 heures passées dans un environnement humide (100% d'humidité) à 35ºC. Du coup, la vague de chaleur qui a frappé l'Europe et 2003 et qui a fait plus de 70 000 victimes semble n'être qu'un petit coup de chaud.

Si l’on tient compte de l'augmentation des vagues de chaleur qu'on peut déjà constater, ainsi que des sécheresses, incendies, orages, pénuries d'eau et de nourriture, de la déforestation, de l'acidification des océans, et de l'augmentation du niveau de la mer, certains voient l'évidence : on va tous mourir !

Si vous voulez vous payer une putain de frayeur, vous pouvez consacrer quelques heures à essayer de démonter les arguments et réfuter  les preuves de notre disparition imminente qui sont compilées par le type qui a donné son nom au mouvement Near Term Extinction [l'Extinction Prochaine], Guy McPherson, lequel tient un blog intitulé Nature Bats Last [La nature frappe en dernier]. Guy McPherson est professeur émérite de Ressources Naturelles, Écologie, et Biologie de l'Évolution à l'Université d'Arizona. Il a laissé tomber sa carrière d'universitaire pour vivre dans une maison en paille au Nouveau-Mexique en suivant scrupuleusement les principes du développement durable, dans une tentative inespérée de « quitter l'empire » comme il l'explique dans son livre, Walking Away from Empire: A Personal Journey. Si vous voulez mettre un coup de gaz à votre pessimisme et être capable de plomber le moindre des dîners auxquels vous serez prochainement convié, il y a de nombreux entretiens et des vidéos disponibles sur le net, dans lesquelles le Dr McPherson parle du mouvement NTE.


Les changements de température au cours des 11 300 dernières années (en bleu, via Science, 2013) et le réchauffement prévu pour ce siècle si les émissions humaines conservaient le même rythme (en rouge, via Recent Literature, dont la majorité est disponible sur le nouveau rapport du Panel intergouvernemental sur le changement climatique, IPCC.)

Si vous voulez définitivement plonger votre esprit dans un puits sans fond de mauvaises nouvelles, vous pouvez jeter un œil à un long essai disponible sur le site de McPherson et intitulé « The Irreconcilable Acceptance of Near Term Extinction » [L'Inconciliable acceptation de l'extinction prochaine] de Daniel Drumright, activiste écologique. Dans celui-ci, Daniel Drumright essaie d’accepter ce que signifie avoir un aller simple pour l'extinction quand il est trop tard pour faire quoi que ce soit (ie: suicide ou psychotropes). Comme il le souligne, dans toute la philosophie humaine, la religion et l’histoire politique, il n'y a rien qui puisse servir de base au traitement de la terreur psychologique engendrée par la disparition prochaine de l'humanité.

En dehors de cet enclave qu'est le NTE, de nombreux scientifiques et journalistes qui détesteraient être étiquetés « partisans du NTE » font néanmoins de terribles prédictions quant à notre destinée collective. Peut-être ne croient-ils pas que TOUS les humains auront disparu d’ici à 2050, mais certains d'entre eux parlent sans ambiguïté d'un « déclin de la population » massif et catastrophique causé par les changements climatiques dont l’homme est responsable.

James Hansen, l'ancien patron de l'Institut d'études spatiales de la NASA – et l'un des climatologues les plus influents au monde – a récemment pris sa retraite de ce poste après 43 ans de service, afin de se concentrer sur l'activisme lié au changement climatique. Il prévoit que sans une dé-carbonisation totale d'ici à 2030, les émissions mondiales de Co2 seront 16 fois plus importantes qu'elles ne l'étaient en 1950, entraînant un changement climatique catastrophique. Dans un essai publié en avril dernier, Hansen écrit :

« Si nous “parvenions” à extraire et brûler toutes les énergies fossiles, certaines parties du monde deviendraient littéralement inhabitables, et au cours de l'année, des pics de température dépasseraient les 35ºC. À de telles températures, pour des raisons physiques et physiologiques, l'être humain ne peut survivre... il est physiquement impossible pour l'environnement d'éliminer les 100W de chaleur métabolique généré par un corps humain au repos. Du coup, même une personne nue et paisiblement allongée sous un vent de la force d'un ouragan, ne serait pas capable de survivre. »

Bill McKibben, journaliste écologiste, auteur, universitaire distingué et co-fondateur de 350.org (mouvement visant à réduire le niveau de Co2 dans l'atmosphère à 350 ppm dans l'espoir d'éviter un désastre) a écrit en 2011 un livre, Earth: Making a Life on a Tough New Planet [Terre : la vie sur une nouvelle planète hostile]. Dans ce livre, il souligne les changements environnementaux actuels qui nous amènent déjà au-delà des prévisions climatologiques faites pour la fin du XXIe siècle. Il explique que la rhétorique populaire selon laquelle nous devrions résoudre le problème du changement climatique pour nos « petits enfants » est déconnectée de la réalité. C’est maintenant qu’il faut agir. Nous vivons déjà sur une planète hostile :

« La glace de l'Arctique est en train de fondre et le grand glacier au-dessus du Groenland s'affine ; ces deux phénomènes ont lieu à une vitesse inattendue. Les océans sont remarquablement plus acides et leur niveau monte... Les grands orages qui frappent notre planète, les ouragans et les cyclones sont de plus en plus puissants... La lisière de la grande forêt tropicale d'Amazonie s'assèche... la grande forêt boréale d'Amérique du Nord n'a plus que quelques années devant elle... [Cette] nouvelle planète ressemble plus ou moins à la nôtre, mais ce n'est déjà plus la même... C'est le truc le plus préoccupant jamais arrivé à la Terre. »


Des manifestants contre le changement climatique à Melbourne, Australie. Image via Flickr

Peter Ward est paléontologue et auteur. En 2007, son livre Under a Green Sky: Global Warming, the Mass Extinctions of the Past, and What They Can Tell Us About Our Future [Sous un ciel vert : le réchauffement climatique, les extinctions du passé et ce qu'elles disent de notre avenir] indique que l'extinction la plus importante de tous les temps (celle des dinosaures) avait eu lieu à cause d'un changement climatique rapide dont la cause était une augmentation du niveau de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Cette fois-ci, l'augmentation du dioxyde de carbone apparaît comme étant du fait de l'homme, cherchant à extraire des sols des milliards de tonnes de carbone pour les relâcher plus tard dans l'air. Ward déclare qu'au cours des derniers 10 000 ans, avec l'émergence de la civilisation humaine, les niveaux de dioxyde de carbone et le climat sont demeurés anormalement stables, mais que ce ne sera plus le cas dans un avenir proche :

« La température moyenne du globe a varié de 8ºC en quelques décennies. C'est considérable. La température moyenne est de 15ºC. Imaginez qu'elle monte jusqu'à 24ºC ou qu'elle chute jusqu'à 4ºC en un siècle, voire moins. Nous n'avons aucune expérience d'un tel monde... au minimum, de tels changements donneraient lieu à des tempêtes catastrophiques d'une ampleur et d'une force incroyables... qui frapperaient les continents non pas une fois par siècle, mais plusieurs fois par an... Au cours des 100 000 ans passés, le changement climatique brutal était la règle, non l'exception. »

Loin d'être un amoureux de Mère Nature, Peter Ward a également mis au point une théorie, l'hypothèse Médée. Selon celle-ci, au lieu d'être en symbiose avec l'environnement, la vie complexe, ou « l'être vivant complexe », serait en fait un horrible fléau, et la planète et la vie microbienne ont travaillé ensemble à plusieurs reprises afin de causer des extinctions de masse qui ont, par le passé, presque réussi à refaire de la Terre un royaume où seuls vivaient des microbes. En d'autres termes, notre Mère la Terre pourrait redevenir la Terre des Microbes, si jamais Elle cherchait à exterminer ses propres enfants, et nous avec.

Des chercheurs essaient de diffuser le message d'alerte suivant : les conséquences du rapide changement climatique qui menace notre espèce se feront sentir très, très bientôt – mais la plupart seront étouffés par les arguments politiques et la rhétorique négationniste des climato-sceptiques. L’apparition de think tanks partisans du Marché, de lobbys en faveur de l'énergie et de défenseurs de l'industrie embauchés pour brouiller la perception du public sur la climatologie, n’est pour ainsi dire, pas surprenante. Les conséquences d'un Arctique dépourvu de glace dès 2015 n'ont pas l'air si graves lorsque vous gagnez des milliards de dollars en envoyant des foreuses vers les réserves de pétrole potentiellement énormes qui y sont enfouies.

Peut-être que finalement, le sud-ouest des États-Unis ne sera pas inhabitable en 2035, et que l'espèce humaine ne sera pas éteinte d’ici une génération ; il n'empêche que l'on devrait sérieusement commencer à entendre et assimiler ce que nous disent ces gens qui ont passé leur vie à travailler sur notre planète. Peut-être que la conscience et la connaissance de notre disparition inévitable confèrent aux humains une sorte de nihilisme pour l’après-eux. Alors que les conséquences de l'exploitation environnementale se retournent contre nous, rapidement et sans bruit, il se pourrait que nous tombions dans le précipice, ivres de carburants fossiles, grimaçant bêtement et continuant de prétendre que « jusqu'ici, tout va bien ».

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