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LE NUMÉRO MODE 2010

Cuir crasseux

Les crusty punks sont, en règle générale, de gros connards irritants et inutiles. Comme leur nom l’indique, ils sont crasseux, croûteux. Ça ne veut pas dire pour autant que nous n’avons pas d&rsquo...
20 avril 2010, 11:00pm

Assisté de Sean Orena et Marilis Cardinal

Les blousons ont été prêtés par X20 Rio www.x20.com

Les

crusty punks

sont, en règle générale, de gros connards irritants et inutiles. Comme leur nom l’indique, ils sont crasseux, croûteux. Ça ne veut pas dire pour autant que nous n’avons pas d’amis crasseux ou même des tendances crasseuses. Parce que c’est le cas. De plus, on adore plein de groupes de crust punk. Mais c’est rare : la plupart des

crusties

sont de monumentales pertes de temps. En revanche, on adore les fringues qu’ils portent. Et je leur ai ­trouvé une potentielle utilité sociale : ce serait pas mal de pouvoir les chasser et les dépecer comme des animaux à fourrure. Ça devrait même être légal. Il faudrait barricader un quartier délabré dans une ville toute pourrie, y libérer un plein wagon de fils de chômeurs illettrés de 17 ans en tee-shirt Discharge, rajouter quelques « sages de la rue », à savoir des SDF de 38 ans couverts de logos Nuclear Assault, les laisser s’échapper, puis courir après eux avec des arcs et des flèches. Ça pourrait être marrant, hein ? Puis, après, on pourrait se reposer dans notre chalet en bois de chêne, entourés par nos prises

crust

les plus ­glorieuses, qu’on accrocherait au mur, juste à côté d’une tête de cerf et d’un ours empaillé. Comment ça, c’est interdit ? C’est toujours illégal de tuer des êtres humains ? Même des

crusties

? Ah.

OK, donc voilà ce qu’on va faire : il existe un magasin à Montréal qui a amassé une collection monumentale de blousons punk ; on les a pris en photo et on a demandé à notre pote

crusty

, Steve (on l’a laissé vivre parce qu’il servait à quelque chose), de commenter chacune des pièces. Steve est un

crusty

de toujours (il a joué dans des groupes comme C.C.S.S., Wisigoth, et Inepsy) et il a été l’un des premiers punks à vendre l’un de ses cuirs dans cette boutique.

Quoi d’autre... Ah oui : une fois, la police de Montréal l’a coincé dans une allée, lui a pris son blouson et l’a frappé avec, pour prouver que les clous avaient transformé son cuir en une « arme dangereuse ». C’est cool, non ?

« Ouh là, c’est un cuir super grand, ça. Je pense que la taille est importante – j’aime porter des trucs ­cintrés. Les punks qui portent des blousons en cuir trop larges ont l’air stupides. Aussi, je suis sûr que le mec était jeune parce qu’il porte des patchs Sex Pistols. J’adore les Pistols, mais jamais je ne les ­foutrais sur mon blouson. Le poignet en cotte de mailles, c’est une référence nulle au Moyen Âge, c’est assez populaire chez les Québécois. Ce blouson n’est pas si mal. Il est élimé en plus, j’aime bien ça. »

« Oh non putain, le col léopard ? Ça ruine tout le reste. Le devant ressemble à ce genre de veste en cuir pour filles que tu peux acheter dans un magasin. Il y a trop de variétés de clous dessus. Puis la façon dont ils ont essayé de contraster les deux manches, ça ne ressemble à rien. C’est quoi ce logo au dos ? On dirait la cover de

Butchered at Birth

de Cannibal Corpse. Je ne suis pas très fan de ce cuir. Je ne pourrais pas le porter. »

« Au début des années 1990, il y a eu un petit engouement autour du fait de peindre l’une de ses manches d’une couleur, et ça voulait dire un truc particulier, comme le code des lacets pour les skins. Les manches rouges signifiaient l’anarchie. J’ai oublié ce que les manches vertes voulaient dire, en revanche. Il y a un patch Banlieue Rouge sur le bras gauche du blouson. C’était un groupe de punk québécois qui voulait sonner comme un groupe de punk français. Je suis francophone et pourtant, je hais le punk français. C’est gay. Mais le blouson est cool parce qu’on voit bien qu’il a été porté pas mal de temps. C’est pas un truc de fils à papa. »

« Oh ! C’est le blouson d’un pote à moi. C’était mon colocataire il y a deux ans. J’étais là quand il a fait le logo Destruction sur le bras droit. Le logo Crude SS est à peine visible mais il est encore bien là. Ouais, mon pote est tombé dans la drogue, il avait besoin de thunes et il l’a vendu. C’était un mec bien ; il a mis longtemps à faire son blouson. Il n’a probablement presque rien touché en échange. Il regrette encore de l’avoir vendu. »

« Mec, je déteste les coups d’aérographe sur les cuirs. Je préfère quand c’est fait main. C’est quoi ce truc ? Beherit ? Je ne sais même pas ce que c’est. Ça pourrait être une maison d’édition tant qu’on y est. Ce type est vraisemblablement un nerd un peu touché du ciboulot. Je veux dire, qui irait se balader avec cette merde sur le dos ? Ce mec doit avoir de longs cheveux noirs. Il reste de l’espoir pourtant : tu peux toujours le repeindre en noir et le clouter à nouveau. »

« La scène punk montréalaise s’est essentiellement bâtie autour des drogues. Ce mec a sans doute pris trop de drogues et a tout écouté. T’as Nausea (le groupe de crust new-yorkais, très politisé), puis juste après t’as Sepultura, Slayer et Megadeth. Le patch Cradle of Filth fout tout en l’air parce que c’est sans doute le groupe le plus stupide du monde entier. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un poseur, mais il en a juste rien à foutre. »

« Oh putain ! Par où commencer ? Le truc le plus évident, c’est le logo Lagwagon. Ce groupe est ­pourri. Pourquoi est-ce qu’il a foutu ça sur son blouson ? Je veux dire, ouais, tout le monde écoute des trucs de merde, mais il faut en parler à personne. Tu gardes ça pour toi. Pareil pour Screeching Weasel. J’aime bien tous ces trucs pop punk de merde, mais jamais je ne foutrais ça sur mon blouson. Et Rancid ? C’est même pas un groupe punk. C’est le groupe qui a ruiné le punk. Je ne parle pas de leur musique, j’ai écouté quelques bons trucs d’eux. Mais ce sont juste des connards fashion dont MTV fait la promo. »

« Alors ça c’est un vrai blouson. J’aime les clous, j’aime les groupes ; Oxymoron, Exploited... oh attends... Casualties ? Ça fout tout en l’air. Je déteste ce putain de groupe. J’espère que le chanteur lira ça parce qu’il sait que je peux pas le blairer. J’ai même enregistré un album contre ce groupe une fois : la cover, c’était un mec qui jetait leur logo à la poubelle. Ils ont commencé en étant punk puis ils sont peu à peu devenus des rock stars. T’as besoin de cinq meufs pour te coiffer ? Mec, ­coiffe-toi tout seul putain ! »

« Regarde ce cuir : il n’est pas parfait. Toute une plâtrée de clous d’un côté et un logo Dead Kennedys tout pourri de l’autre. Quand il a fait un trou au niveau de l’épaule, il l’a recousu avec un morceau de métal. Ce type est un vrai street punk. Visiblement, il en a rien à branler. L’ensemble de son boulot est moche. Mais c’est un vrai cuir punk. À chaque fois qu’il l’a pété, il l’a réparé. Il y a ­beaucoup d’amour dans cette démarche. Il y a une histoire, une vie derrière tout ça. »

« Ce mec aime trop de groupes différents. Minor Threat, SNFU, Conflict, Crass, Black Flag, Dayglo Abortions. On dirait qu’il essaie de couvrir tous les genres de musique qu’aiment les crusties, genre « si je mets ça, peut-être que les punks vont arrêter de se foutre de ma gueule, les mecs hardcore vont ­m’aimer et les métalleux me respecteront ». En plus je déteste le bleu, et ce mec a foutu deux bleus ­différents sur son blouson. C’est dégueulasse. Au moins, il y a Subhumans au dos. Personne ne peut dire du mal de ces mecs. »

« Encore une fois, je hais les Casualties. S’ils n’étaient pas sur la manche gauche, j’aimerais ce blouson. La touche de rouge est un peu féminine. Ça pourrait être une veste de fille. J’ai déménagé à Montréal au début des années 1990 pour échapper aux skinheads nazis qui étaient partout à Ottawa. J’ai passé cinq ans de ma vie à dormir dans des sas de distributeurs entre des clodos qui se pissaient et se vomissaient dessus. Il y avait quelques meufs ghetto à l’époque qui portaient des cuirs badass, et qui passaient leur temps à se battre et tout. »