Mon fils, ce condamné à mort
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Mon fils, ce condamné à mort

Que faire quand le fruit de ses entrailles est promis à une mort quasi-certaine ? Attendre, et prier.
24.2.17

Cet article a été publié en collaboration avec The Marshall Project.

En 2008, Paul Storey, le fils de Marilyn Shankle-Grant, a été condamné à mort. Lui et son complice ont été reconnus coupables du meurtre de Jonas Cherry, 28 ans. Ils ont abattu ce jeune homme alors qu'ils cambriolaient le minigolf où travaillait Jonas à Hurst, au Texas.

J'étais en vacances à New York lorsque j'ai appris que mon fils avait été arrêté. J'étais paralysée. « Je suis en plein cauchemar, ai-je pensé. Je vais me réveiller. » Pas un jour ne passe sans que je pense à la mère de la victime et à la tristesse qu'elle doit ressentir après avoir perdu son fils unique.

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Paul était vraiment abattu lorsque je lui ai rendu visite en prison avant son procès. Il m'a dit : « Ce n'est plus la peine de vivre si je dois aller en prison. Je préfère mourir. » Je l'ai remobilisé en lui disant que des miracles se produisaient tous les jours sur Terre.

Après le procès, je ne comprenais pas pourquoi Paul avait été condamné à mort. Lorsque vous pensez à la peine de mort, vous pensez surtout à des tueurs en série. Vous n'avez jamais en tête une histoire de vol suivi d'un meurtre non-prémédité. Les premières années après sa condamnation, je pleurais tous les jours. Je me rappelle encore de ma première visite dans le couloir de la mort. Paul avait déjà l'air plus maigre, seulement une semaine après son arrivée. J'avais l'impression qu'il s'affamait volontairement. Il baissait déjà les bras. Ça m'a anéantie.

J'ai compris qu'il fallait que j'aille le voir aussi souvent que possible. Je faisais donc des heures supplémentaires les week-ends pour gagner de l'argent afin de me rendre jusqu'à la prison – soit un trajet de quatre heures et demie.

Lorsque je vais le voir, les gardiennes de la prison me disent que tout s'est bien passé au cours de la semaine. Elles affirment sans cesse que Paul est très respectueux avec elles. Je lui ai toujours dit de conserver sa dignité, qu'importe l'endroit. Il m'est difficile de vous dire à quel point je suis fière de lui lorsque ces dames me complimentent en évoquant son comportement.

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Paul reçoit également des lettres de différents correspondants. À mon avis, ces derniers sont assez surpris quand ils découvrent que mon fils – un Noir élevé par une mère célibataire dans un quartier défavorisé – est un garçon bien éduqué. Certains m'ont d'ailleurs contactée pour me dire : « Wow, votre fils écrit très bien ! » Ça me rend fière, encore une fois.

J'ai perdu mon emploi l'année dernière. J'étais tellement perturbée qu'il me devenait impossible de travailler. Mes allocations-chômage me permettaient alors de payer mes factures mais pas mes allers-retours pour la prison. Je me suis mise à confectionner des pâtisseries pour les vendre. J'ai créé une page Facebook intitulée Marilyn's Old-Fashioned Tea Cakes. Je me rends dans des stations-service, des magasins de cosmétique – tous les endroits où j'étais autorisée à vendre mes gâteaux.

Les nombreux appels se sont étirés sur des années. Nous n'avons jamais parlé de ce qui pouvait arriver par la suite, si tous échouaient. À l'automne dernier, l'exécution de mon fils a été fixée en avril 2017. J'ai rendu visite à Paul, accompagnée de son petit frère. Pu nous a dit : « Vous avez cinq minutes pour pleurer, hurler, crier, tout ce que vous voulez. Ensuite, on profitera de votre visite. »

Nous n'avons plus jamais évoqué le sujet. Nous ne parlons jamais de l'exécution, ou des funérailles, ou quelque chose du genre. Je ne veux pas qu'il perde espoir. On se raccroche encore à un petit quelque chose. J'ai confiance en ses avocats. Tous les jours, je demande à Dieu qu'Il les aide à trouver un moyen de lui octroyer un sursis.

À mesure que la sentence approche, le poids sur mes épaules est de plus en plus lourd. Avant ça, j'adorais sortir, m'amuser, voir d'autres gens. J'ai totalement changé. Je reste recluse chez moi.

On me demande tous les jours si j'aurai la force d'assister à l'exécution. Comment pourrais-je ne pas y assister, en tant que mère ? Je ne peux pas laisser mon fils mourir sans moi. Normalement, les enfants survivent toujours à leurs parents. Ici, il ne s'agit ni d'une longue maladie, ni d'un accident de la route. Non : je vais regarder mon fils être attaché sur une table matelassée, avant que des substances létales ne l'envahissent. Et je serai impuissante.

Il m'arrive de m'imaginer ce jour terrible dans ma tête. À quoi ça peut bien ressembler ? Vais-je réussir à surmonter cette épreuve ? Je fais des cauchemars. Je me réveille la nuit en hurlant. Je répète tout le temps à Paul : « Nous sommes de fervents croyants. Dieu nous aidera. » J'ai peur qu'une fois attaché à cette table, il ne me regarde et me dise : « Pourquoi m'as-tu menti ? »

Lorsque je lui rends visite dans le couloir de la mort, il m'est interdit de le toucher. Après son exécution, on enverra son corps dans une maison funéraire. On m'autorisera enfin à le toucher. J'imagine que son corps sera encore chaud. Ça fait plus de dix ans que je n'ai pas touché mon fils.