À la gloire du Parti animaliste, seule lumière d'une élection merdique

Alors que s'achève une campagne que d'aucuns jugent désastreuse, on a choisi d'évoquer ceux qui se battent pour le respect de nos amis les bêtes.

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avr. 21 2017, 4:30am

Photo provenant de la page Facebook du Parti Animaliste.

Cette élection présidentielle est sans doute la pire que j'ai pu vivre depuis ma défaite face à Gwendoline en 2006 lors de la course au titre de délégué de ma classe de première ES. Selon un sondage IFOP publié ce mois-ci, l'abstention pourrait atteindre les 31 % au premier tour et donc battre un nouveau record de « je n'en ai plus rien à foutre, démerdez-vous ». Il est certain que les affaires judiciaires touchant certains candidats, les coups de couteau politiques dans le dos et le niveau global du débat n'aident pas vraiment les électeurs français à avoir de nouveau confiance dans des candidats qui étaient (pour la plupart) déjà présents en politique alors que je n'étais pas né. Je me trouve devant cette élection comme face à mon frigo ouvert le dimanche soir, lorsqu'il ne reste plus que deux yaourts à la mûre. Mais alors que, comme beaucoup de Français, je perdais tout espoir en la politique et pensais m'enfermer chez moi, casque VR vissé sur la tête, pour passer cinq ans dans un monde virtuel où Marine Le Pen, Zebda et les BMX n'ont jamais existé, le « Parti animaliste » est apparu comme une lumière au bout du tunnel, telle une fontaine d'eau fraîche après une nuit entière à transpirer l'alcool dans mon lit.

« Les animaux comptent, votre voix aussi », détaille le slogan du parti. Créé en mars 2016 et officiellement lancé le 14 novembre dernier, le Parti animaliste explique dans son programme vouloir améliorer la vie des animaux dans leur grande diversité : des animaux de compagnie qui détruisent nos canapés aux vaches massacrées dans des abattoirs industriels sordides en passant par les rats victimes d'expérimentations en tous genres. Il regrouperait aujourd'hui un peu plus de 1 000 adhérents. Hélène Thouy, porte-parole du parti, me précise que « cette question animale est fondamentale », sous-entendant par là qu'elle dépasse la « simple » protection des baleines ou la mise en place de plats végétariens à la cantine.

Si ce nouveau parti peut faire doucement ricaner ceux pour qui le débat devrait uniquement porter sur la situation syrienne et la faiblesse de la monnaie chinoise, il n'est pourtant pas un ovni sur la scène politique mondiale, et s'inscrit même dans une dynamique internationale cohérente. Il existe aujourd'hui neuf partis dédiés aux animaux en Europe, et je ne parle pas d'associations de retraités qui veulent occuper leurs journées en caressant des chatons. Aux Pays-Bas par exemple, le Parti animaliste a obtenu cinq sièges lors des dernières législatives. Pourtant, la question animale reste bien souvent moquée pour son aspect dérisoire. « La France est un pays où le poids des traditions est très fort et les remises en question compliquées », m'explique Hélène Thouy. 

La porte-parole insiste sur le fait que les adhérents au Parti animaliste ne sont pas des véganes abonnés à Autolib', qui achètent des légumes au Biocoop du coin. « On veut sortir de cette image fausse du bobo parisien qui se préoccupe des animaux le dimanche, ajoute-t-elle. En réalité, nous avons des jeunes, des plus vieux, des urbains, des ruraux. Surtout, des gens de toutes les origines sociales et culturelles. C'est une question qui rassemble des personnes de tous les bords. Nous avons aussi beaucoup de déçus des autres partis ». Loin de la logique des grands partis, les membres du Parti animaliste qui souhaitent s'impliquer politiquement semblent réellement intéressés par la condition animale. « Nous avons des membres qui sont d'anciens militants, et d'autres qui veulent juste se faire entendre », résume Hélène Thouy. Si on reproche souvent aux politiques de n'en avoir rien à cirer et d'être simplement intéressés par le pouvoir, le Parti animaliste n'est pas constitué d'anciens sénateurs dépassant la soixantaine et le quintal sur la balance, mais de gens qui portent des idées, quand bien même celles-ci font rire certains. 

Avant que vous ne vous fendiez d'un commentaire Facebook moyennement réfléchi du type « AH AH, bah oui on va s'occuper des animaux au lieu de nos boulots !! » respirez un instant et laissez votre clavier de côté. Ce parti n'a évidemment pas pour objectif de gouverner la France l'année prochaine, mais plutôt de donner la parole et de réunir ceux qui souhaitent que la condition animale soit prise en compte dans notre société. La première étape correspond aux législatives de juin prochain, « où nous souhaitons proposer une centaine de candidats », m'explique Hélène Thouy. Pour expliquer l'importance de ces élections, elle prend pour exemple le seul député portugais membre du Parti animaliste. Ce dernier a réussi à faire passer une loi sur les repas dans les établissements publics, obligeant ceux-ci à proposer un plat végétarien. Si le Code civil reconnaît depuis deux ans les animaux comme des « êtres sensibles » et non des biens meubles – comme une table basse – ils ne sont pas encore pris en compte dans le domaine politique. L'objectif est donc de libérer la parole et d'imposer cette question dans le débat national.

Le Parti animaliste insiste sur le fait qu'il ne tient pas à défendre uniquement les animaux. « La question animale a de nombreuses implications dans l'environnement, la santé et même dans l'emploi », affirme Hélène Thouy. Alors que la situation du secteur agricole français est catastrophique, le Parti animaliste propose des alternatives « modernes », comme accompagner et aider la reconversion d'éleveurs vers l'agriculture végétale. Penser la condition animale n'est pas qu'une question de protection des espèces, aux yeux des adhérents. Elle peut amener à un changement radical de mentalité et permet donc, à la manière de l'écologie, de repenser notre mode de vie – sans parler de la modification de notre attitude spéciste

Pour le moment, ce que peut apporter un tel parti de différent par rapport aux partis écologistes est encore peu clair. À force de campagnes présidentielles chaotiques et d'alliances contre-nature entre écolos politiques et socialistes, il pourrait toutefois être une alternative et incarner une nouvelle approche du pouvoir, à mille lieues des luttes fratricides et stériles que l'on connaît actuellement. 

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