L’histoire de Sazeen, la petite réfugiée qui ne peut plus grandir

Né au Kurdistan irakien, ce bébé souffre d'une grave maladie cardiaque qui a stoppé sa croissance – tandis que sa famille fait tout pour rejoindre le Canada.

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mars 29 2017, 5:00am

Cet article a été initialement publié sur VICE Québec

Il y a trois ans, au mois de mars 2014, Mustafa Ahmad entend ce qu'il redoute le plus depuis le début du conflit qui fait rage en Syrie : le bruit de plusieurs bombes s'écrasant tout près de sa maison. Pour ce père de famille, cela veut dire que l'heure est venue de fuir Sheran, son village, situé à même la ville de Kobané, qui borde la frontière turque.

Accompagné de sa femme Rojeen, sa fille Miraf – âgée de trois mois – son frère Mohammad et son neveu Obaid, Mustafa Ahmad fait le chemin jusqu'aux portes de la Turquie, où il se voit refuser l'entrée par l'armée. N'ayant aucune autre solution, la famille improvise un campement à quelques encablures de la frontière. Ils sont contraints à dormir sur le sol, sans provisions, entourés par des explosions et des coups d'artillerie.

Quarante jours s'écoulent avant que la famille puisse trouver refuge au Kurdistan irakien. Aussitôt arrivé, Mustafa remplit une demande auprès du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Cette procédure lui permet d'inscrire l'ensemble de sa famille sous un dossier numéroté qui permet aux autorités de traiter leur demande d'hébergement d'urgence. 

Un an après son arrivée au Kurdistan, la famille Ahmad s'agrandit avec l'arrivée d'une petite fille prénommée Sazeen. Bien qu'ils se réjouissent de cette naissance, Mustafa et Rojeen découvrent, par l'entremise d'un médecin irakien, que leur fille souffre d'une maladie du cœur congénitale –une malformation septale ventriculaire, à l'origine d'une hypertension pulmonaire sévère. Cette maladie a pour conséquence de diminuer le flux sanguin dans les poumons. Elle nécessite donc un effort supplémentaire de la part du ventricule droit du cœur afin de pomper le sang dans l'appareil respiratoire.

Mohammad montre les dernières radiographies de Sazeen

En avril 2016, les médecins irakiens informent les parents que la petite fille a besoin d'une chirurgie cardiaque dans un délai maximal de trois mois. Et l'opération doit se faire à l'étranger, puisqu'ils n'ont pas l'expertise nécessaire pour pratiquer une intervention chirurgicale au niveau du cœur d'un jeune enfant. 

Neuf mois plus tard, Sazeen a arrêté de grandir et de prendre du poids. En pleurs toute la journée, elle reste enfermée avec sa mère 24 heures sur 24 7 jours sur 7, car la plus petite des bactéries pourrait lui être fatale.

Rojeen reste chez elle pour prendre soin de Sazeen

Impuissants, Mustafa et Mohammad restent à la maison le plus longtemps possible pour aider Rojeen. Les deux hommes sont toujours en quête d'un travail afin de subvenir aux besoins de la famille. Bien qu'ils soient tous les deux diplômés, aucun emploi n'est disponible dans la région du Kurdistan irakien dans laquelle ils ont été accueillis. Mustafa, diplômé d'agriculture, était menuisier en Syrie. Mohammad, lui, voudrait poursuivre des études universitaires en littérature anglaise.

La famille attend l'appel du HCR depuis juin 2016 – quand l'organisation leur a demandé s'ils accepteraient d'être relogés au Canada. Depuis maintenant près d'un an, ils profitent des 12 heures de la journée où l'électricité est disponible pour regarder la télévision et charger leurs téléphones – qu'ils utilisent afin de contacter certains membres de leur famille et suivre le fil des événements du conflit syrien.

La famille passe des journées entières dans un minuscule salon

Le HCR est informé de la situation de Sazeen. Mohammad a d'ailleurs appris que son dossier avait été jugé prioritaire. La famille a contacté le HCR à de multiples reprises au cours des derniers mois afin de savoir où en était leur dossier. Ils n'ont jamais obtenu de réponse.

Grâce au travail de Drowster, photographe canadien s'étant intéressé au combat de Sazeen, certaines ONG ont contacté la famille Ahmad afin de faire le point sur la situation de l'enfant et de lui faire passer de nouvelles radios. Résultat : la situation de Sazeen est plus grave qu'on ne le pensait. Rojeen a alors pris la décision de retourner à Damas en Syrie afin d'y faire opérer son enfant, malgré la situation chaotique de son pays d'origine. 

Sazeen serait actuellement toujours en soins intensifs pour récupérer de son opération. 

Drowster est un photographe québécois basé à Montréal. 

Pour consulter l'ensemble des photos de la série #WelcomeToCanadaSazeen, cliquez ici.

Les pleurs de Sazeen, qui vit continuellement dans la douleur

Mustafa et Sazeen 

N'ayant que 12 heures d'électricité par jour dans la maison qu'ils louent, les membres de la famille utilisent les lampes de poche de leurs téléphones portables

Rojeen

Mustafa embrasse Miraf, signifiant « sirène » en kurde, leur langue maternelle

Mustafa et sa fille Miraf, née trois mois avant leur fuite de Sheran, leur ville d'origine

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