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Tech by VICE

Elon Musk a tort : nous ne vivons pas dans une simulation

C'est bon, vous pouvez arrêter de regarder votre tasse de café d'un air suspicieux.

par Riccardo Manzotti et Andrew Smart
22 Juin 2016, 6:48am

Illustrations : 30000fps

Récemment, Elon Musk a, une nouvelle fois, fait les gros titres en affirmant que la probabilité que nous vivions dans une « réalité dure » n'est que d'une sur plusieurs milliards. Selon lui, il est bien plus probable que nous évoluions dans une simulation créée par une civilisation extrêmement avancée, il y a au moins 10 000 ans.

« L'argument le plus fort en faveur de cette hypothèse est la suivante : il y a 40 ans, nous inventions le jeu de pong, avec deux rectangles et un point. C'était ça, à l'époque, le jeu électronique. À présent, nous avons des simulations 3D photoréalistes dans lesquelles des millions de personnes peuvent jouer en même temps. Chaque année, les jeux deviennent plus performants, plus saisissants. Bientôt, la réalité virtuelle et la réalité augmentée feront partie de la vie de tous les jours. Si l'on part du principe que les améliorations se poursuivront à la même cadence, les jeux seront bientôt indiscernables de la réalité. »

Il poursuit : « Il existe une chance sur des milliards que nous vivions dans une réalité dure. Nous devrions vraiment croire cette statistique, car si notre civilisation cessait de progresser, cela signifierait probablement qu'elle a été rayée de la planète à cause d'une catastrophe. Nous devrions nous réjouir de vivre dans une simulation. Soit nous allons créer des simulations indiscernables de la réalité, soit notre civilisation va disparaître. Ce sont les deux options possibles. »

Ce n'est probablement pas l'idée la plus brillante ni la plus originale que Musk ait eue jusqu'alors. L'idée selon laquelle nous vivrions dans une simulation, que l'on appelle parfois l'hypothèse de l'univers simulé, a été diffusée auprès du grand public dans les années 90 par les Wachowski dans Matrix, cependant, elle est débattue depuis très longtemps. Dans un épisode de Doctor Who de 1976, « The Deadly Assassin, » une communauté vit d'ailleurs au sein d'une simulation grâce à une machine appelée… la Matrice.

En fait, Musk s'est contenté de présenter une version actualisée de l'une des plus vieilles questions de l'histoire philosophique, à savoir : le monde dans lequel nous vivons existe-t-il bien, ou n'est-ce qu'un rêve ? Les philosophes y répondent de différentes façons ; il y a tout d'abord l'idée kantienne selon laquelle l'expérience est un phénomène, tandis que la « réalité objective », la chose en soi, nous demeure inaccessible. Si l'on veut revenir aux philosophes grecs, l'allégorie de la caverne nous explique que le monde réel est constitué d'un ensemble d'ombres projetées sur un mur. Les objets que nous connaissons ne sont que des simulacres, des projections des objets réels. La dichotomie entre apparence et réalité traverse toute la philosophie. C'est, entre autres, la tâche du philosophe que de décrire ce que pourrait être « le monde réel, » et de définir à quel point et dans quelles conditions il nous est, ou non, accessible.

Aujourd'hui, les ordinateurs, la méthode scientifique et les modèles mathématiques nous permettent d'utiliser un jargon plus normalisé quand il s'agit de discuter du statut de la réalité, mais en termes conceptuels, le débat n'est pas très différent. Pourtant, ici, il faut en éclaircir les termes. Musk ne se demande pas vraiment s'il est concevable qu'une société future choisisse d'investir dans le développement d'une simulation à grande échelle, mais plutôt si, oui ou non, nous vivons actuellement dans une simulation. La simulation peut-elle, sous réserve d'une puissance informatique et d'un raffinement technologique suffisant, être confondue avec le monde réel ? Ou est-ce que la simulation est quelque chose qui se distingue fondamentalement du monde réel ?

Les simulations ne sont que des choses dans le monde

La question clé pour résoudre ce problème est la suivante : de quoi les simulations sont-elles constituées ? Ou encore, pour les plus poètes d'entre vous : de quoi l'étoffe des rêves est-elle faite ? En outre, les simulations (comme les modèles scientifiques) sont des choses que nous utilisons pour parler ou penser à d'autres choses, par commodité. A cet égard, elles font toujours partie de ce que Musk appelle « la réalité dure ». Ce sont des éléments du monde comme les autres.

Par exemple, un modèle miniature du mont Everest en néoprène est bel et bien un objet, même s'il a été créé pour faire référence à un objet plus gros. Ou encore, un simulateur de vol est un système physique faisant référence à des avions. Toutes ces choses ont bel et bien un substrat matériel, dont elles dépendent entièrement. Un modèle dynamique d'une galaxie située à des années-lumière de là n'est rien d'autre qu'un objet fait de réseaux complexes et de composants électroniques connectés les uns aux autres. Un objet dynamique qui en représente un autre est toujours un objet, et le fait qu'il produise une simulation ne le rend pas moins réel que les autres.

L'idée selon laquelle les simulations seraient des entités immatérielles est fausse. C'est une pure croyance, qui ne repose sur rien. La confusion entre une simulation du monde et le monde lui-même procède d'un biais à la fois conceptuel et empirique.

Conceptuellement, l'idée de simulation telle qu'elle est avancée par Elon Musk se nie elle-même. Si l'on pouvait simuler l'eau, de quoi serait-elle faite ? Soit elle est faite d'une substance, et en quel cas, ce n'est plus de l'eau simulée, soit elle est faite d'une simulation, en quel cas, elle est belle et bien faite de quelque chose car toute simulation est issue d'un substrat matériel. Tout ce que nous connaissons est physique. Tout ce que nous savons appartient, directement ou indirectement, à la « réalité dure ». Même si notre connaissance des choses appartenant au monde est approximative, erronée ou imparfaite.

Dans tous les cas, l'eau simulée ne peut pas exister indépendamment d'un monde matériel.

Empiriquement, l'augmentation de la puissance de calcul de nos ordinateurs ne transformera pas nécessairement l'eau pixellisée des jeux actuels en onde si fluide que l'on croirait la voir couler entre nos doigts. Fabriquer des arcs et des flèches plus grands et des flèches plus solides ne nous a pas amenés à concevoir la bombe H. L'histoire des sciences et des technologies n'est pas linéaire, ce n'est pas une suite d'améliorations progressives : elle est également faite de sauts, de ruptures, de discontinuités. Vivre dans une simulation, ce n'est pas vivre dans une tour d'un kilomètre de haut, dont la construction serait extrêmement difficile mais possible tout de même. Non, accepter que l'on puisse vivre dans une simulation, c'est accepter que l'on puisse concevoir une planète possédant une masse mais pas de gravité. Un monde dont les lois physiques seraient totalement différentes de celles que nous connaissons. Aucun progrès technologique ne nous permettra de surmonter ce problème.

De plus, la confiance aveugle de Musk dans le progrès est basée sur la confusion entre la conception d'une simulation « idéale », qui n'existe pas, et les systèmes de simulation tels qu'ils sont vraiment. Cette simulation « idéale », elle-même, repose sur l'idée qu'il existe des esprits désincarnés, situés à un niveau de réalité plus élevés que nous, et capables de manipuler la réalité à volonté. Des dieux, en quelque sorte. En cela, l'idée de Musk procède d'une croyance quasi-religieuse, et ne peut pas être prouvée ni réfutée.

« La pomme que Musk trouve si réaliste en réalité virtuelle ne parviendrait pas à tromper les sens d'un papillon ou d'un oiseau à la recherche d'un ver. »

En un mot, de quoi pourrait être faite cette fameuse simulation qu'Elon Musk voit comme quelque chose de très probable, voire de nécessaire ? Si la réalité que nous percevons était une simulation, alors il faut supposer que le simulateur est fait de quelque chose que nous ne pouvons même pas concevoir, car il n'appartiendrait pas à notre monde. Même si l'idée selon laquelle il y aurait une « réalité dure » que laquelle seraient superposés des niveaux de réalité supplémentaires est à la fois attrayante et passionnante, nous n'avons qu'un seul niveau de réalité sous le nez. Et pas la moindre preuve qu'il en existe d'autres. Le monde dans lequel nous vivons est fait d'objets, point.

Après tout, cette proposition est confirmée par nos sciences : nos équations décrivent le flux et les interactions de la matière et de l'énergie, décrits par la théorie de la relativité et par la mécanique quantique. Aucune substance supplémentaire n'apparaît dans la description scientifique de la réalité. Nous connaissons les planètes, et les ordinateurs nous permettent de prédire les mouvements de ces planètes. Cependant, il n'y a pas de petites planètes mignonnes à l'intérieur des ordinateurs. Utiliser des ordinateurs, qui sont des objets, pour prédire les mouvements des planètes correspond à ce que nous appelons une simulation. Or, simuler des planètes ne fait pas apparaitre de nouvelles planètes à l'intérieur des ordinateurs, qui sont constitués uniquement de composants électroniques.

Illustration de 30000fps. Photo d'Abhijit Tembhekar / Wikimedia

Derrière l'argumentation de Musk se cachent encore deux hypothèses qu'il tient pour évidentes alors qu'elles ne le sont pas. Tout d'abord, l'idée selon laquelle les jeux deviendraient indiscernables de la réalité. Il ne nous arrive de confondre le jeu et la réalité que parce que nous le voulons, parce que nous nous mettons dans une disposition d'esprit où nous voulons nous immerger dans l'univers simulé. Mais dans tous les cas, une pomme virtuelle ne nourrira jamais personne, quel que soit le nombre de pixels dont elle est composée. Quand Musk compare une vraie pomme à une pomme simulée, il laisse de côté toutes les propriétés qui ne peuvent pas être simulées, et qui sont extrêmement nombreuses. Dans les années 80, la première version du simulateur de vol Microsoft avait parue convaincante à des milliers de joueurs. Ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui. La pomme que Musk trouve si réaliste en réalité virtuelle ne parviendrait pas à tromper les sens d'un papillon ou d'un oiseau à la recherche d'un ver.

Musk pourrait avancer que, dans un avenir lointain, les « posthumains » pourront donner à leur simulation des qualités plus complexes qu'une simple palette de couleurs numériques : odeur, goût, texture, structures complexes, réactions physicochimiques, etc. Mais si toutes les qualités de la pomme étaient effectivement reproduites, la notion même de simulation n'aurait plus de valeur : on aurait affaire à une vraie pomme.

En croyant que les jeux deviendront indiscernables de la réalité, Musk sous-entend également que les jeux ne sont pas « réels. » Comment cela serait-il possible ? Pour qu'un univers simulé ou virtuel n'appartienne pas au réel, il doit être fait à l'aide de quelque chose que le monde physique ne contient pas. Comme nous l'avons déjà expliqué, c'est un gros malentendu, profondément enraciné depuis les philosophes grecs, et qui consiste à croire que la « réalité dure » peut être connue par l'intermédiaire d'ombres immatérielles. Ces ombres immatérielles correspondraient à nos représentations mentales, que Descartes a appelé « âme » ou « substance pensante ». Les informaticiens, quant à eux, les nomment « modèles » ou... « simulations ». Cependant, en informatique, le mot « modèle » correspond à une collection précise et concrète des choses qui nous permettent de contrôler les objets et les informations.

Cependant, en dépit de ce que pourront dire certains philosophes, il n'existe pas un niveau alternatif de la réalité auquel nos ordinateurs auraient accès lorsqu'ils effectuent leurs calculs. Les ordinateurs ne possèdent pas de vie mentale. Ils ne possèdent pas de représentations mentales. Il n'y a pas de mondes simulés à l'intérieur des ordinateurs : ni arbres, ni vaisseaux spatiaux, ni explosions, des corps nus sensuels ou monstres terrifiants. On y trouve seulement des niveaux de tension contrôlant des objets physiques appelés écrans qui, lorsqu'ils sont vus par les êtres humains, produisent la sensation de regarder des arbres, vaisseaux spatiaux, explosions, etc. L'ordinateur doit contrôler un autre objet (généralement un écran) qui exploite les couleurs physiques.

Prenons la réalité virtuelle, par exemple. En décembre prochain les casques RV vont probablement faire leur apparition en masse au pied des sapins. Et tout le monde pense que les univers en RV sont purement virtuels, que ce sont des simulations qui n'existent pas dans la réalité. Correct ? Faux. À l'intérieur des casques VR, il y a de minuscules écrans LCD qui produisent des couleurs physiques. Il y a des images mobiles, bien réelles, qui changent. Les écouteurs connectés produisent des sons réels qui sont captés par les oreilles des joueurs. Et ainsi de suite.

Photo: Sachertorte from the Hotel Sacher, Vienna (retouched): David Monniaux / Wikimedia

La réalité virtuelle réelle est produite à l'aide de choses physiques (quoique minuscules) et de phénomènes physiques. Nous interprétons les petites images stéréo à l'intérieur des écrans du casque RV comme si elles montraient des jungles luxuriantes, mais elles ne sont pas « immatérielles » : Il y a des couleurs physiques, des pixels et des LED. La RV n'est pas un monde immatériel, c'est un monde physique que nous interprétons de manière inadéquate. En RV, l'image d'un Sachertorte délicieux, bien que physique, n'est qu'une surface de pixels non comestible. La rv est telle un tour de magie high tech où l'assistance croit voir quelque chose qu'elle ne voit pas vraiment et qui n'existe pas vraiment.

Pourtant, la plupart du temps, les modèles, les pensées, les simulations, sont conçus par défaut comme des choses immatérielles, ou, pour utiliser les mots d'Elon Musk, comme des choses situées au-dessus de la « réalité dure. » Comme si nous étions convaincus que le monde physique et le monde mental/immatériel étaient deux choses bien distinctes, comme chez Descartes. Pourtant, rien ne nous permet de justifier ce dualisme en termes scientifiques.

Les cerveaux ne sont pas des ordinateurs

Ce n'est pas par hasard si les philosophes s'agitent lorsque des notions telles que « l'esprit » et « la simulation » entrent en collision. Bien que la croyance en des âmes immatérielles désincarnées ne soit plus considérée comme respectable depuis longtemps dans le champ académique, étonnamment, de nombreux philosophes et scientifiques défendent des conceptions similaires lorsque le mot « âme » est remplacé par « simulation. »

À cet égard, Musk a été influencé par l'article de 2003 du philosophe transhumaniste Nick Bostrom, « Vivons-nous dans une simulation informatique ? » Bostrom résume son point de vue en ces termes : « Une hypothèse courante en philosophie de l'esprit est celui de l'indépendance du substrat... Si système possède les structures et la puissance de calcul adéquats, il peut être associé à des expériences conscientes. Ce n'est pas une propriété essentielle de la conscience que d'être implantée sur des réseaux de neurones biologiques à l'intérieur d'un crâne : des processeurs à base de silicium, dans un ordinateur, pourraient tout aussi bien faire l'affaire. »

« Nous avons aucune preuve empirique que le calcul, quel qu'il soit, permette de faire émerger la conscience. »

Bostrom revisite, en utilisant le jargon philosophique moderne, la notion platonicienne et cartésienne d'un niveau de réalité indépendante du monde ; c'est également une reformulation de la thèse de Putnam sur la réalisabilité multiple. Bostrom dit : « D'abord, nous utilisons une hypothèse empruntée à la philosophie de l'esprit, puis nous commençons à argumenter. »

En d'autres termes, l'hypothèse de l'univers simulé exige que l'on soit computationnaliste. Très simplement, le computationnalisme correspond à l'hypothèse de la philosophie, des sciences cognitives et de l'IA, selon laquelle le calcul suffit à faire émerger la pensée. Bostrom poursuit : « Supposons que les personnes simulées sont conscientes : c'est possible si les simulations sont suffisamment subtiles et l'hypothèse computationnaliste est correcte. » Bostrom croit que la conscience est isomorphe avec, ou causée par le calcul. Mais nous n'avons aucune preuve empirique que le calcul, quel qu'il soit, puisse mener à l'expérience consciente.

Illustration de 30000fps

Bostrom nous demande de croire que la conscience émerge naturellement d'un processus de computation. Pourtant, de nombreux scientifiques sont très sceptiques quant à la pertinence de l'analogie cerveau/ordinateur. Récemment, un article de Robert Epstein sur Aeon, « Le cerveau vide, » a cristallisé ce débat. Ce n'est pas parce que les cerveaux peuvent faire des calculs que ce sont des ordinateurs. Ce sont des agrégats complexes de cellules qui interagissent avec le monde par le biais de notre corps. Nous les décrivons parfois comme des ordinateurs par commodité de langage, mais ils ne sont pas conçus comme tels. En fait, à bien des égards, les cerveaux seraient de très mauvais ordinateurs, et vice-versa.

Ainsi, la thèse de Bostrom est extrêmement suspecte, et pétries d'hypothèses impossibles à prouver ou à réfuter. Nous ne savons pas si le cerveau est un ordinateur. Nous ne savons pas si une simple opération de calcul est capable de faire émerger la conscience. Nous ne savons pas si la conscience existe à un niveau de réalité distincte de la « réalité dure ». Si c'était le cas, cette hypothèse actualiserait le dualisme cartésien, abandonné depuis très longtemps. Pourquoi devrions-nous accepter comme évidente une thèse aussi problématique, qui sous-tend toute l'argumentation d'Elon Musk ?

L'esprit a besoin du monde qui l'entoure

Enfin, il reste un argument contre Musk. Supposons que, contre toute attente, nous vivions effectivement dans une simulation d'une nature différente de cette fameuse « réalité dure. » Si tel était le cas, le monde simulé serait le seul monde auquel nous aurions accès. Il aurait donc les mêmes que le monde que nous appelons couramment « le monde physique ». Monde simulé et monde physique serait donc parfaitement identique. En ce sens, la réalité dure serait hors de notre portée, et inexistante pour nous. C'est en quelque sorte l'illustration de cette vieille blague : « Des siècles plus tard, on a constaté que les pièces de William Shakespeare n'avaient pas été vraiment écrites par William Shakespeare, mais par un autre homme appelé William Shakespeare. »

Une fois de plus, si l'on imagine une simulation du monde massif qui engloberait toutes les choses que nous connaissons, alors l'idée même de simulation n'a plus aucun sens. Si la pomme simulée reproduit toutes les propriétés de la pomme, la pomme simulée est la pomme.

Récapitulons le raisonnement d'Elon Musk : a) Avons on avait le jeu Pong, maintenant on a Doom, donc b) à l'avenir il y a de grandes chances que vivrons dans des mondes simulés (si ce n'est pas déjà le cas). D'un point de vue logique, rien ne lie b) à a). Ce sont des hypothèses très différentes, à la fois empiriquement et conceptuellement. L'argument de Musk ne montre pas que nous nous apprêtons à façonner une réalité alternative, mais seulement nous maîtrisons de mieux en mieux le monde physique.

En fait, les jeux correspondent à des sortes de dioramas dynamiques HD. Les dioramas des modèles en trois dimensions que l'on trouve parfois dans les vitrines des musées. Ce sont des simulations physiques. Un monde virtuel est un diorama qui utiliseraient des surfaces électroniques plutôt que du bois ou des modèles réduits en plastique. L'écran qui se trouve à l'intérieur d'un casque RV est un morceau étonnant de la réalité qui, comme un caméléon ultra-rapide, reproduit des couleurs et des formes en temps réel. Ce n'est pas le fruit immatériel de l'imagination. Il est constitué de matière, de couleurs, possède une masse, produit de l'énergie, et est en interaction avec votre cerveau.

Riccardo Manzotti est professeur de psychologie à l'Institut des sciences de l'humain, du langage et de l'environnement à l'Université de Milan. Il possède un doctorat en robotique et est l'auteur de plus de 50 articles sur la conscience. Son site web est consciousness.it

Andrew Smart est chercheur en sciences cognitives et auteur de deux ouvrages, Autopilot: The Art and Science of Doing Nothing et Beyond Zero and One: Machines, Psychedelics and Consciousness.