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Les continents se déplacent, mais les coordonnées GPS sont à la ramasse

L’Australie n’est pas exactement là où vous croyez.

par Geoff Manaugh
09 Août 2016, 8:55am

L'Australie n'est pas exactement là où vous croyez. Du fait de l'activité des plaques tectoniques, l'île se déplace vers le nord de 1,5 centimètre par an, ce qui signifie que le pays est désormais 1,5 mètre plus au nord que ne l'indiquent les cartes GPS.

En conséquence, les coordonnées latitudinales et longitudinales de l'Australie sont amenées à « dériver » progressivement.

Fait intéressant, ce phénomène risque d'avoir un impact sur le développement des voitures autonomes, qui ont besoin de données de localisation extrêmement précises pour pouvoir se déplacer. En d'autres termes, les capacités de navigation des véhicules autonomes et autres robots sans pilote seront, au moins indirectement, affectés ce phénomène géophysique vieux comme le monde. Il serait bien dommage que, d'ici à ce que les voitures autonomes soient parfaitement au point, les coordonnées GPS aient suffisamment dérivé pour que votre Google Car vous mette dans un fossé dès votre première sortie. « Chérie, pourquoi on ne roule pas sur la route ? - Ah c'est la bagnole qui décide, hein. »

« Quand les lignes (définissant la latitude et la longitude) sont fixées, il suffit de les tracer sur le sol, de mesurer leurs coordonnées, et 20 ans plus tard elles n'ont pas bougé d'un poil. En principe. » explique Dan Jaksa de Geoscience Australia. « C'est en tout cas la manière classique de faire. »

Malheureusement, même si le système GPS est très récent à l'échelle de l'histoire géologique, la tectonique des plaques fait tranquillement son œuvre, bousillant lentement mais sûrement notre système de coordonnées.

« Si vous voulez commencer à mettre des voitures autonomes en circulation, vous ne pouvez pas vous permettre qu'il existe ne serait-ce qu'un mètre de décalage entre la position réelle de votre voiture et celle où elle est censée être, » ajoute Jaksa.

« En Australie, nous avons déjà des tracteurs autonomes. Ils travaillent dans les champs sans être supervisés en permanence. Si les données géographiques sur la ferme ne correspondent pas aux coordonnées du système de localisation GPS, il peut y avoir de gros problèmes, notamment pour la pulvérisation des pesticides. »

D'une certaine façon, il y a désormais un gouffre entre le monde de la navigation robotique et le monde physique dans lequel les machines essaient de s'orienter. On pourrait dire qu'il existe deux Australie. Celle des hommes, remplies de rues, de murs, de bâtiments, et celle des machines, un monde parallèle qui a beaucoup en commun avec le nôtre, mais qui possède des points de référence inadéquats. Quelque part, tout ceci est très poétique : la seconde Australie est une sorte de nation fantôme décalée, habitée exclusivement par des robots, et qui a outrepassé les repères habituels de l'expérience humaine.

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Image: Via the Australian Intergovernmental Committee on Surveying and Mapping

Évidemment, ce ne serait pas la première fois que l'imprécision d'informations géographiques a un effet mesurable dans le monde physique. Et ce n'est pas la première fois que les géographes réalisent qu'ils ne savent pas exactement où se situe un pays donné.

« La trajectoire d'un missile est influencée par le champ gravitationnel de sa zone de lancement, et… par le champ gravitationnel de la zone cible. Pour cette raison, les pays gardent souvent leurs données gravimétriques secrètes. »

Dans son ouvrage récent sur le système GPS, Pinpoint, l'auteur Greg Milner évoque « l'importance géopolitique de la géodésie, » à savoir l'étude de la forme et des dimensions de la Terre, notre sphéroïde aplati préféré.

« L'importance géopolitique de la géodésie a augmenté radicalement au début de la Guerre Froide, » Milner écrit. « L'Occident ne connaissait pas l'emplacement exact de l'URSS, littéralement.» Et, de fait, les États-Unis étaient incapables d'assigner une destination précise à leurs missiles. « La nécessité de lancer des missiles a suscité l'obtention de données précises, » se souvient Gaylord. « Si vous voulez frapper une cible précise en Russie, vous ne pouvez pas vous lancer à l'aveuglette. Vous devez être certain que vos coordonnées sont justes. »

Milner ajoute : « La trajectoire d'un missile est influencée par le champ gravitationnel de sa zone de lancement, et… par le champ gravitationnel de la zone cible. Pour cette raison, les pays gardent souvent leurs données gravimétriques secrètes. » On se croirait presque dans un roman de John le Carré, surtout si l'on se prête à imaginer comment dérober des données gravimétriques à une nation ennemie.

Mais revenons à nos missiles : la position inexacte de l'Australie sur les cartes au niveau mondial implique que toute cible militaire potentielle sera déplacée de quelques mètres par rapport à son emplacement réel. Quiconque attaquerait l'Australie (mais qui aurait cette idée, vraiment ?) risque donc de couler quelques missiles par inadvertance. Il faut croire que la tectonique des plaques est un outil de défense nationale très lent, mais très efficace.

Une version de cet article a été publiée sur BLDGBLOG.