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Motherboard

Ça fait 385h qu'un mec lutte pour finir son propre niveau de "Super Mario Maker"

Au total, il a passé plus de 16 jours de sa vie à mourir sans cesse, sans jamais parvenir à terminer ce niveau tout droit sorti d'un enfer vidéoludique.

par Patrick Klepek
30 Septembre 2016, 6:00am

Super Mario Maker est un jeu qui permet aux joueurs de créer leurs propres niveaux et de les partager avec le monde entier. Le truc, c'est qu'il est impossible d'uploader votre création si vous n'avez pas réussi à en venir personnellement à bout. Et c'est un problème qui pourrit la vie de Braden Moor depuis déjà dix mois.

Moor a conçu son propre niveau horriblement difficile, le bien-nommé "Trials of Death", en janvier dernier. Depuis, il a passé pas moins de 385 heures - soit 16 jours de sa vie - à mourir sans cesse, sans jamais parvenir à terminer ce niveau tout droit sorti d'un enfer vidéoludique.

"J'ai toujours adoré pousser les jeux dans leurs derniers retranchements, explique Braden Moor. Qu'il s'agisse d'obtenir le meilleur score possible, de terminer le jeu le plus vite possible, ou juste de le finir à 100%, j'ai besoin d'aller jusqu'au bout avant de lâcher un jeu."

Mais ici, il n'aura pas de répit tant qu'il ne sera pas venu à bout de son niveau et qu'il ne l'aura pas partagé avec d'autres joueurs. Mario Maker a beaucoup de défauts, qui tiennent notamment à la manière dont Nintendo traite sa communauté online, mais cette règle est vraiment diabolique. Un niveau particulièrement difficile peut sembler impossible, mais techniquement, ce n'est jamais le cas.

Nintendo est connu pour créer des jeux qui peuvent être joués (et terminés) par un public très large. À part Super Mario Bros. 2, Nintendo n'a jamais véritablement visé les joueurs les plus masochistes désireux de mettre leurs pouces à rude épreuve. Alors les fans ont cherché à combler ce vide.

En 2007, le hacker ROM japonais T. Takemoto a créé Kaizo Mario World, une série de niveaux de Mario incroyablement difficiles destinés à mettre à l'épreuve et à annihiler quiconque osait s'y frotter. Le jeu a hérité du surnom d'"Asshole Mario" et acquis une solide réputation au sein des fans de Mario les plus hardcore, à tel point qu'il a engendré un genre à part entière (en japonais, kaizo signifie un truc du genre "réorganiser"). Mais jusqu'à Mario Maker, ces niveaux kaizo n'étaient rien d'autre que des hacks ROM cachés dans les recoins d'Internet. Désormais, ils sont devenus légitimes.

Le niveau créé par Moor est directement influencé par Kaizo Mario World et le temps qu'il a passé sur Super Mario Flash, une reproduction sommaire du jeu pour navigateurs web accompagné d'un éditeur de niveaux.


"Ça suffisait largement à m'occuper, je créais des niveaux qui consistaient essentiellement à éviter des obstacles et des hordes d'ennemis, raconte Moor. Parfois, il me fallait quasiment une heure pour franchir mes propres créations, des labyrinthes de barres de feu. J'ai beaucoup progressé depuis."

Moor a commencé à parler de ses idées pour "Trials of Death" en janvier dernier, quand il prévoyait (à raison) qu'il lui faudrait plusieurs centaines d'heures pour en venir à bout. À l'époque, il estimait qu'il lui faudrait jusqu'à 500 heures pour le finir. C'était une estimation à la louche, mais il avait vu juste.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles "Trials of Death" est si difficile. D'abord, il demande aux joueurs d'avoir un timing absolument parfait, au pixel près, pendant une période prolongée - Moor estime qu'il faut huit minutes pour finir son niveau. Ensuite, il ne s'agit pas simplement de sauter un peu partout et d'esquiver des boules de feu ; les niveaux de type kaizo demandent presque toujours aux joueurs d'utiliser des objets, des ennemis et des éléments du décor de manière créative et non prévue par le jeu.


Mais la principale raison pour laquelle il lui a déjà fallu plus de 350 heures pour finir le niveau, c'est sans doute le fait que Moor n'arrête pas de le rendre encore plus dur. Il a revu son design à plusieurs reprises en 2016.

"À chaque fois que je sentais que je m'améliorais, j'avais un peu l'impression que le niveau n'était pas à la hauteur de mes attentes en termes de difficulté, dit-il. C'est aussi pour ça que c'est un projet aussi long. C'est sans fin. J'ai atteint un point où, à cause des limites de l'éditeur du jeu, je ne peux littéralement plus ajouter quoi que ce soit au niveau. La version actuelle sera la dernière, celle que je finirai par partager un jour."

Le chiffre de 385 heures n'est sans doute même pas le bon. Moor estime qu'il a passé des centaines d'heures supplémentaires à créer le niveau et à s'entraîner sur certaines portions.

"J'ai toujours adoré pousser les jeux dans leurs derniers retranchements. Qu'il s'agisse d'obtenir le meilleur score possible, de terminer le jeu le plus vite possible, ou juste de le finir à 100%, j'ai besoin d'aller jusqu'au bout avant de lâcher un jeu."

Le pire moment qu'il ait connu, jusqu'ici, est survenu une fois où il était super chaud. Il avait progressé plus loin que jamais dans le niveau, et sa confiance et sa nervosité étaient au max. Pour reprendre son souffle, Branden a mis pause après un passage particulièrement difficile.

"Et au lieu d'enlever pause, j'ai appuyer sans le faire exprès sur le bouton 'recommencer'."

Et de fait, il a dû tout recommencer.

Mais il reste confiant ; un jour, il arrivera au bout de ce calvaire.

"Quand je terminerai enfin ce niveau, je ferai une pause sur ce jeu. En tout cas, j'arrêterai d'y jouer pendant un moment. Mais je regarderai sans doute ceux qui s'y frotteront. Il me tarde de pouvoir dire : 'J'ai terminé Trials of Death'."

Ce jour n'est pas encore arrivé, mais en attendant, Moor diffuse régulièrement ses tentatives sur Twitch.