Life

Ma vie depuis que j’ai définitivement arrêté le porno

Les hauts et les bas d’Erwan, qui passait de longues heures sur PornHub avant de tout stopper.
17.1.17
porno arrêt
Photo de Daniel Lobo, via Flickr CC.

Cet article vous est présenté par Canal+, qui diffusera le documentaire Pornocratie le 18 janvier. Cliquez ici pour plus d'informations.

Alors que le rapport annuel de PornHub vient de tomber, exposant au monde les habitudes de consommation de porno de chacun sur ce monde, la mode du « NoFap » fait rage. Des milliers d'hommes ont en effet décidé d'arrêter de se masturber devant Internet dans l'optique de, disons, se recentrer sur eux-mêmes. Une vision nouvelle du développement personnel masculin qui n'est pas sans rappeler certaines mouvances des challenges bien-être des femmes.

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En France, un Youtubeur nommé Autodisciple, s'est ainsi lancé le défi, début 2016, de passer 365 jours sans regarder la moindre vidéo porno. Sa vidéo, elle, a connu un certain succès d'estime, récoltant quelque 40 000 vues et de nombreux messages d'encouragement.

En 2016, 92 milliards de vidéos ont été visionnées sur PornHub. La France est le sixième pays à apporter le plus de trafic au site pornographique, tandis que, selon le classement Alexa, les Français et Françaises lui préfèrent d'autres portails, tels que xHamster ou YouPorn.

Pour écrire cet article, j'ai lancé un appel à témoins afin de trouver de jeunes hommes français ayant décidé de s'éloigner définitivement des sites pornos. Je pensais que ça allait être un défi aussi difficile à relever que de trouver la bête à sept têtes. Erreur. Il est surprenant de voir le nombre de mecs, jeunes et moins jeunes, qui se plient aujourd'hui à cette nouvelle forme d'astreinte. Erwan (il a refusé de nous donner son nom de famille), 22 ans, a dit adieu à YouPorn en mars 2015. Ça va faire deux ans.

Il m'a raconté sa vie en cure de désintox permanente.

VICE : Bonjour Erwan. Peux-tu me dire quelles étaient tes habitudes pornographiques, avant ?
Erwan : Je ne consommais pas quotidiennement, mais tout de même plusieurs fois par semaine, une heure environ, depuis des années. Ça fait donc de longues heures en cumulé. Au début, je me baladais dans des catégories classiques genre « collégiennes », « MILF », « lesbiennes », « party », etc. Au pire, je me faisais une session Tumblr façon NSFW. Mais avec le temps, c'est devenu de plus en plus hardcore. Ce qui m'a fait flipper, c'est que je ne me reconnaissais plus du tout dans ce que j'étais en train de regarder.

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Ça a été ça le déclic ?
La décision d'arrêter s'est faite assez spontanément à partir de là – mais d'abord avec plus ou moins de succès. Arrêter le porno du jour au lendemain, c'est comme vouloir arrêter l'alcool ou la cigarette. Il y a une forme d'addiction ou du moins, d'ancrage dans les habitudes.

Et cela a bouleversé ta vie du jour au lendemain ?
Ça ne m'a pas bouleversé mais ça m'a fait gagner du temps sur autre chose. Car il s'agit d'une activité particulièrement chronophage. Ça ne m'a pas sorti d'un état de profonde solitude parce que je n'étais pas spécialement dans ce cas-là. Ça m'a surtout permis de me poser des questions sur ce que sont le plaisir et la sexualité.

Il y a eu plusieurs déclencheurs à ma désintoxication pornographique. Le premier, c'est une vidéo TedX faite par un Israélien, Ran Gavrieli, qui s'appelait « Why I stopped watching porn ? » D'ailleurs, je me rends compte que j'ai un peu le même discours que lui aujourd'hui. À la même époque, j'ai découvert une association américaine, Fight The New Drug, qui a tout un discours autour de ça. Mais je me suis vite rendu compte que leurs intentions étaient mercantiles plus qu'informatives, et du coup ça m'a fait m'éloigner de ce truc parce que c'était un biais que je n'aimais pas spécialement le discours même si la cause est louable. Le film Don Jon de Joseph Gordon-Levitt m'avait pas mal marqué aussi car il explique qu'il ne se touche pas sans avoir trouvé LA vidéo parfaite. C'est un bon film pour sensibiliser.

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Photo de Mark Tighe, via Flickr CC.

Cet arrêt a-t-il eu impact sur ta vie sexuelle ?
Pas seulement sexuellement, mais aussi amoureusement. Le porno est uniquement axé sur le plaisir masculin et la soumission de la femme. C'est violent vis-à-vis d'elles. À force de consommer régulièrement, les standards que j'avais dans la tête étaient en décalage avec ce que ma copine désirait. Quand tu t'éloignes de ça, sans aller jusqu'à dire que tu reprends des habitudes « saines », les envies sexuelles que tu ressens sont celles qui te sont « naturelles ». Le problème avec la consommation de porno, c'est le mimétisme automatique. Tu vois un truc, tu veux le reproduire avec ta meuf. Aujourd'hui, j'ai moins de complexes au lit, plus de considération pour ma partenaire et beaucoup plus d'attention et de partage. Je fais travailler d'autres parties du cerveau, j'imagine.

Pourquoi penses-tu qu'autant de mecs soient accros au porno ?
On dit souvent que les mecs regardent beaucoup de porno parce qu'ils sont plus dans le visuel. Je pense que ce sont des conneries. Chacun est différent dans son approche de l'érotisme et de ce qui le stimule. Sans aller jusqu'à stigmatiser le porn, quand tu arrives à t'en détacher, tu peux reprendre le contrôle de ce que tu as dans la tête.

Ton entourage est-il au courant de ta détox au porno ?
Oui, je ne m'en cache pas particulièrement. Au début, j'en parlais à tout le monde. Puis quand j'ai trouvé les vraies raisons qui me faisaient réfléchir par rapport au porno, j'ai adopté un autre discours, moins radical. Le discours de Fight the New Drug est vraiment extrême. Aujourd'hui, j'envisage peut-être de faire de la sensibilisation dans les collèges et lycées. Une fois encore, ce n'est pas pour stigmatiser le porno mais pour faire prendre conscience que c'est ni la seule, ni meilleure manière de s'éduquer sexuellement. Ce n'est pas parce que les parents ou l'école ne prennent pas ça en main – sans mauvais jeu de mots – qu'il faut laisser Internet le faire sans garde-fou.

OK, bonne chance pour la suite Erwan, et merci.

Sarah est sur Twitter.

Cet article vous est présenté par Canal+, qui diffusera le documentaire Pornocratie le 18 janvier. Cliquez ici pour plus d'informations.

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