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Les gangs de L.A. ont un message à destination des célébrités qui se disent « Bloods »

Big WY et Jay Worthy en placent une pour Chris Brown et Soulja Boy, et tous ceux qui fanfaronnent avec des casquettes Bompton ou Compton : leur style de vie n'est pas à vendre.

Soulja Boy se faisant claquer son téléphone lors d'un live sur Instagram par les Fruit Town Pirus a été sans conteste l'un des évènements les plus amusants de ce début d'année. Alors que beaucoup ont simplement vu dans cette scène un des nombreux affres de la vie d'une célébrité, le point de départ de la querelle qui dure depuis plusieurs semaines entre Soulja Boy et Chris Brown—soit, leurs liens respectifs avec des gangs—a fait rire jaune les gens réellement impliqués dans ce lifestyle. Et la conséquence inattendue de ce clash plutôt classique entre deux rappeurs a fait sortir du silence certains des types les plus dangereux de Californie.

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Des tas d'artistes affirment être affiliés à la couleur rouge des Piru ou des Bloods d'Amérique, certains pontes du milieu ont donc lancé une campagne à l'aide d'un clip (« Not For Sale ») qui fait taire la rumeur largement répandue (et qui n'a jamais été prouvée) qui voudrait que certains gros noms versent de l'argent à des branches de ces gangs pour pouvoir utiliser en toute quiétude drapeaux et bandanas rouges dans leurs clips et sur leurs photos. Le morceau concerne plus généralement aussi tous ceux qui portent des casquettes Bompton depuis qu'ils ont entendu YG, un jour, sur Internet.

Big WY est Blood depuis 30 ans, il est originaire d'Inglewood, au sud-ouest de L.A., et a débuté sa carrière de rappeur en 1992, avec l'album Bangin On Wax. Ses débuts avec le groupe Young Soldierz l'ont rapidement conduit à signer sur Death Row, label dirigé d'une main de fer par un kapo des Pirus, Suge Knight. Il s'est posé quelques minutes avec nous pour nous parler du contexte historique de cette chanson et de la culture gang actuelle.

Noisey : Les Crips sont nés en 1969, et les Bloods ont été créés en 1972. Au début, ces groupes était en quelque sorte des protecteurs des quartiers, mais les choses ont ensuite changé, c'est ça ?
Big WY : Il s'est passé tellement de trucs, mec. Quand les gens ont commencé à fantasmer sur ce que faisaient réellement les gangs, c'est devenu infernal. Puis le fléau du crack est entré dans l'équation—une drogue bon marché qui se vend très rapidement, et génère tellement d'argent qu'elle est contrôlée et utilisée par la communauté elle-même. La plupart des gens n'avaient aucun sens des affaires. C'était juste un merdier pas possible. Et des tas de meurtres liés à la drogue et à l'argent ont ensuite été classés dans les affaires relevant des gangs. Ils pensaient que les Bloods et les Crips étaient responsables de tout.

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Quand as-tu rejoint leurs rangs ? 
Fin des années 80, j'ai commencé à m'identifier comme membre de gang à part entière. À cette époque, porter la mauvaise couleur était une question de vie ou de mort. Rien à voir avec aujourd'hui.

Les gens parlent tout le temps des côtés négatifs des gangs de rue, mais quels sont les aspects positifs que tu as appris de cette expérience ?
La loyauté, l'honnêteté, la discipline, les valeurs liées à la famille—des choses comme ça. Apprendre à cerner les gens et à comprendre ceux qui t'entourent. Et aussi, le fait d'être sous l'influence de gens qui avaient de l'argent nous a appris à avoir le même comportement qu'eux. Certaines valeurs élémentaires faisaient défaut à beaucoup de gens des quartiers, dans leur foyer ou ailleurs, alors ils se tournaient vers les gangs pour retrouver ses valeurs à travers les liens d'amitié qu'ils tissaient avec les autres gars.

Faire partie d'un gang renvoie toujours à un territoire. Tu voyages quand même ailleurs ?
J'adore voyager. Mais de la même manière qu'on a appris à respecter l'endroit d'où l'on vient, tu apprends aussi à respecter les lieux que tu visites ou à te tenir bien dès que tu franchis les frontières de ton turf. Nous sommes tous des adultes, hommes et femmes, et il est important de se conduire en adulte et de montrer du respect peu importe l'endroit où tu te rends.

Quel était le concept du morceau « Not For Sale » ?
L'idée est de dire que ce truc est à nous, mec, et qu'il est plus fort que jamais. Il a été construit sur des principes de dynamisme et de respect, et il ne devrait pas être exploité par des gens qui ne lui témoignent pas le même niveau de respect que nous. Les gens veulent juste déambuler en s'étiquetant « Blood » parce qu'ils trouvent ça « cool » et ils ont l'impression qu'ils ont le droit de faire des choses en notre nom. Comprends-moi bien, tu peux être affilié, pas de soucis, mais tu n'as pas le droit de prendre des décisions et de faire les mêmes choses que les vrais font. On ride, on vit, certains sont même morts pour cette merde. Certains disent que tout ça est débile ou je ne sais quoi, mais ce truc est à nous, et il n'est pas à vendre. Point.

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C'est une frontière délicate pour les célébrités ?
Clairement. Le gangstérisme est une chose sacrée. Mais si tu as mené ce type de vie par le passé et que tu réussis à devenir célèbre, alors là tu as un rôle à jouer. Quand tu deviens un amuseur public, il faut te comporter différemment parce que des caméras sont braquées sur toi à longueur de journée. Si tu te retrouves impliqué dans des activités de rue dirons-nous, tu peux facilement devenir une cible parce que tu es constamment dans la lumière. Ca peut très mal finir pour toi, et très rapidement.

Quelle vision tu penses que les gens ont de la culture gang aujourd'hui ?
Les gens voient ça comme ils veulent. Ils se font leur propre avis d'après ce qu'ils voient. Mais voilà ce que j'ai à dire : Ne portez aucun jugement sur ce style de vie d'après ce que vous voyez à la télé et chez les célébrités. Ne soyez pas dupe de ce que vous voyez à la télé ou sur les réseaux sociaux. Tout le monde essaie de présenter différemment la réalité et la vie de gang, mais en vérité, les gens devraient plutôt se concentrer sur les valeurs positives que la culture gang apporte. La merde peut devenir réelle, et ça peut arriver très vite.

Photo - Kammar G5, avec l'autorisation de Big WY

Poly Rob est producteur et ingénieur du son à Inglewood. Il est sur Twitter.

Andy Capper est le producteur de Noisey pour VICELAND. Il est aussi sur Twitter.