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Steve-O fume toujours ses poils de bite

J'ai passé une journée en compagnie du mec le plus débile de l'histoire de l'entertainment.
12.12.16
Les photos sont de Jake Lewis.

Après avoir pris une longue taffe, Steve-O a recraché sur mon visage une épaisse fumée, engendrée par la combustion de poils pubiens. Il venait tout juste de coincer une petite touffe de poils fraîchement coupés entre son annulaire et son auriculaire. Il avait demandé à son manager exaspéré d'allumer le tout pour ensuite prendre une grande inhalation à travers son poignet. L'odeur âcre des poils carbonisés m'a immédiatement donné mal à la tête.

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Cette facétie lui a été suggérée par un fan – sauf que dans la première version, la weed remplaçait la toison pubienne. Steve-O ne prend plus de drogue alors les poils pubiens étaient la seule solution. Il m'a dès lors nommé aux commandes de son compte Snapchat et m'a demandé de filmer la scène pour donner aux fans ce qu'ils voulaient. Deux heures plus tard, il présentait son nouveau spectacle à Liverpool – un show admirable où se mêlent sexe et alcool, principalement.

En gros, il s'agit d'un concentré d'histoires et d'anecdotes plutôt licencieuses. Il ponctue ses inénarrables tirades de récits d'os brisés et d'arrestations par des numéros d'équilibristes. Une partie du spectacle consiste à transformer des membres du public en une table. Un spectacle somme toute classique, qu'il ne manque pas de valoriser sur les réseaux sociaux.

« Je me prends vraiment trop la tête avec les réseaux sociaux, m'a dit Steve-O. Je veux juste avoir un but, assurer mes putains d'arrières, tu vois ? Je suis obsédé par le fait de durer, d'être toujours là. »

L'image de Steve-O dans les médias est relativement simpliste. Steve – de son vrai nom Stephen Glove – est l'une des trois stars de Jackass, aux côtés de Johnny Knoxville et de l'homme qui ne grandira jamais, Bam Margera. Steve-O a toujours été le plus extrême de tous – il empruntait toujours les chemins les plus dangereux. Il n'avait pas besoin des autres pour se faire humilier. Il le faisait seul, se recouvrait de merde, d'urine, de vomi. Mais ce pan de sa personnalité s'efface lorsqu'il rentre chez lui.

Après un long et dangereux tête-à-tête avec les drogues et l'alcool – les sujets les plus drôles et cocasses de son spectacle – Steve-O est désormais totalement clean, une vérité qui va peut-être décevoir ses fans. « Mon quotidien paraîtrait bien ennuyeux pour tous ceux qui me voient seulement comme le fou de Jackass, m'a-t-il dit. Ça me plaît, j'ai une double vie, il n'y a aucun doute là-dessus. Dans ma vie privée, je suis beaucoup plus responsable et soucieux de ma santé. Des gars m'ont dit qu'ils ne s'attendaient pas à ce que je sois un gars fréquentable, ça a quelque peu tendance à m'énerver. Ils partent du principe que je suis un gros connard, un véritable trou du cul. Je devrais peut-être travailler davantage sur mon image. »

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J'ai été assez surpris, je dois bien l'avouer. Après avoir maté toutes les émissions mettant en scène Steve-O, je ne me suis jamais dit qu'il pouvait être profondément con ou détestable. Il est tout le temps aimable – l'archétype même du type défoncé, toujours en train de rigoler, d'un rire si caractéristique. Son visage émacié se transforme à chaque fois qu'il rit – un mélange unique de masques théâtraux, à la fois comiques et tragiques. Ses yeux, tristes, contrastent avec son large sourire resplendissant. On perçoit immédiatement sa dualité. Quand il ne glousse pas à l'idée de fumer des poils de bite, Steve-O est un homme songeur. Il choisit d'ailleurs ses mots avec soin. À vrai dire, il ressemble à un type lambda de 42 ans résidant dans une banlieue pavillonnaire. On oublie vite que les mecs de Jackass ne sont plus ces jeunes skateurs adolescents – sans doute parce que certains se comportent toujours comme tels. Ces derniers, et c'est tout à fait compréhensible, rêvent encore de cette époque. Steve-O n'est pas de ceux-là.

« Nous avons été les premiers à faire ça, ça ne se refera plus jamais, c'était tellement novateur, a-t-il avancé. Nous devons protéger ce que l'on a fait, c'est essentiel. En même temps, on a quand même poussé le truc à l'extrême. C'est tout bonnement insupportable de voir Johnny être heurté par un taureau. On le voit dans le film ; d'ailleurs – je ne suis pas du tout d'accord avec ça. En ce qui me concerne, j'ai merdé avec des requins. On est allé vraiment trop loin – Knoxville aurait pu finir dans un fauteuil roulant. Ç'aurait été vraiment traumatisant. Mais si nous n'avions pas fait cette scène dans Jackass, le film aurait été particulièrement chiant ! »

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Aujourd'hui, Steve-O semble avoir acquis une forme de maturité. Pour lui, une réunion avec les anciens de Jackass ne serait pas forcément une bonne idée – ça viendrait détruire tout ce qu'il a construit personnellement depuis tant années. « Je ne pense pas que j'accepterais si l'on me proposait de jouer dans un autre Jackass. J'ai travaillé très dur pour construire ma propre identité, avoir mon propre public, faire un break et poursuivre une carrière au-delà de Jackass. Après, je ne remettrai jamais en question ce que j'ai fait avec les gars de Jackass. »

Avant le début de notre interview, Steve-O a sorti une bouteille d'eau. Le liquide était jaunâtre. C'était l'urine de Steve-O, évidemment. L'urine – de treize ans d'âge – lui a été offerte par un fan lors d'un spectacle à Londres. Que faire lorsque vous avez de l'urine qui a plus d'une décennie entre vos mains ? Voir si elle contient des drogues, naturellement.

Steve a ouvert joyeusement le kit de test et a versé minutieusement le liquide dans une tasse alors que l'un de ses potes filmait la scène. « Si c'est vraiment mon urine, on doit retrouver de la drogue dedans », m'a-t-il dit. Malheureusement, les résultats étaient négatifs, à la grande surprise de Steve-O. Il semblait bien déçu de ne trouver aucune trace de cocaïne et de weed dans sa pisse.

« J'ai toujours cherché à être au centre de l'attention. Depuis tout petit, j'étais là, à me faire remarquer. La célébrité m'a toujours attiré. Je voulais à tout prix connaître la même chose, c'était trop excitant. »

Comme la plupart des gens en manque d'attention – et d'amour, par extension – Steve-O est toujours angoissé à propos de son succès. Il me parle d'un film en projet et se demande si les gens seront réceptifs.

« Peut-être que je ne suis pas assez connu pour avoir mon film à moi. Si je le fais vraiment, il ne se passera peut-être rien. Je n'aurai pas atteint un nouveau degré de célébrité. Si ça se trouve, ce n'est pas possible, en fait. Je suis seulement là où je dois être. Ça continuera comme ça un certain temps puis ça sera la fin. Je rêve de prendre ma retraite mais je sais que je deviendrai fou. »

Si Steve-O ne parviendra jamais à conquérir le cœur du grand public, ses fans de la première heure seront toujours là. Il représente beaucoup pour eux. Il cherche à leur plaire par tous les moyens. Les adultes qui assistent à son spectacle aspirent à passer du temps sur un parking à donner des coups de pied dans les bagnoles, sans raison. Ces mêmes types qui voudraient enflammer leurs pets face à une caméra mais qui se retrouvent finalement à bosser toute la journée dans un bureau. Steve-O n'a pas dit adieu à cette vie-là. Il fume encore ses poils pubiens et effectue des tests sur une urine de treize ans d'âge. Steve-O est un mec loyal : il est passé du pote d'école un peu taré à ce vieil ami en qui on peut avoir confiance. C'est plutôt réconfortant à notre époque.

Joe Bish est sur Twitter.