On sait enfin ce que sont ces étranges dessins dans le désert

Les géoglyphes de Nazca sont célèbres dans le monde entier, mais on a longtemps ignoré à quoi ils avaient bien pu servir à leurs auteurs il y a plus de 1000 ans.

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18 Mai 2017, 6:00am

Imaginez que vous regardiez par le hublot d'un avion, et que vous aperceviez un colibri de 360 mètres de long gravé sur le sol. Imaginez maintenant que ce dessin ait été réalisé entre le 1er et le 8ème siècle. C'est comme ça que l'occident a découvert les géoglyphes de Nazca.

Visibles dans le désert de Nazca, dans le sud du Pérou, les géoglyphes sont d'immenses figures tracées sur le sol. Elles ont été baptisées d'après l'antique civilisation disparue qui vivait il y a de nombreux siècles dans la région, les Nazca. Les géoglyphes prennent aussi bien la forme de spirales que de dessins complexes représentant des singes, des lamas ou des fleurs. Certains de ces dessins font presque 400 mètres de long - soit plus de trois terrains de foot - ce qui signifie qu'on les voit surtout de haut, par exemple depuis un avion ou un satellite.

L'un des géoglyphes de Nazca. Image: WikiMedia Commons

Sauf qu'évidemment, ces étranges dessins ont été réalisés bien avant l'invention des avions ou des satellites, ce qui a conduit des générations de chercheurs à s'interroger sur les raisons de leur existence, ce d'autant que les Nazca eux-mêmes ne pouvaient donc pas pleinement profiter de leurs oeuvres. Grâce à l'imagerie par satellite, les chercheurs pensent désormais avoir une explication. A priori, les géoglyphes seraient liés à la ressource la plus précieuse dans le désert : l'eau.

"Les Nazca étaient capables d'utiliser l'eau souterraine pour irriguer, construire des aqueducs, alimenter des champs, et ils ont ainsi pu transformer le désert en jardin", explique Rosa Lasaponara, chercheuse au Conseil national de la recherche à Rome.

L'année dernière, Lasaponara a été la co-auteure d'une étude dans laquelle on a utilisé des images satellite pour étudier d'étranges structures découvertes à proximité des géoglyphes : des trous en forme de spirales baptisés puquios. Les images satellite ont permis aux chercheurs de voir sous la surface et de distinguer des canaux souterrains reliant ces trous entre eux, et donc de comprendre qu'ils avaient affaire à un système d'aqueducs aussi ancien que sophistiqué.

L'eau souterraine était transportée par des canaux vers les endroits où les Nazca vivaient et cultivaient des champs. Elle était propulsée en partie par les fameux puquios en spirales, qui faisaient passer le vent dans les canaux afin de faire avancer l'eau.

Cette découverte est importante, dans la mesure où elle confirme quasiment une théorie émise par de nombreux scientifiques au sujet des géoglyphes, selon laquelle ils avaient à la fois une dimension cérémoniale et un lien avec l'eau. Comme les structures situées à proximité faisaient partie d'un système d'alimentation en eau sophistiqué, il semble logique que les dessins aient servi à la fois à indiquer la présence de l'eau et/ou à remercier les dieux pour ce présent.

"Il est très clair que les puquios et les géoglyphes ont la même signification, car l'eau était le seul moyen de survivre dans le désert, explique Lasaponara. Les géoglyphes de Nazca servaient à remercier les dieux d'avoir apporté l'eau dans la région."

Certains ne se satisfont pas de cette explication, et pensent que les dessins étaient en vérité des messages envoyés aux anciens extraterrestres, ou que les Nazca avaient inventé des sortes de montgolfières préhistoriques pour observer leurs travaux. Mais Dylan Thuras, le co-fondateur d'Atlas Obscura, un site consacré aux merveilles cachées de notre planète, affirme que ces théories posent un regard beaucoup trop moderne sur un mystère très ancien.

"Si vous regardez ces dessins uniquement comme des dessins faits pour être vus du dessus, vous vous demandez forcément comment c'est possible, explique-t-il. Mais si vous comprenez qu'en fait, c'est lié à des sources d'eau, alors ça n'a plus grand-chose d'impossible."