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Art

La troublante beauté des hameaux perdus de l’Amérique

Gregory Crewdson est allé dans les forêts désertes du Massachusetts pour « Cathedral of the Pines ».

par Shana Nys Dambrot
03 Mars 2016, 9:20am

Gregory Crewdson: Reclining Woman on a Sofa (2014) from Cathedral of the Pines © Gregory Crewdson. Courtesy Gagosian Gallery

« Renaissance rurale », « chic mélancolique » : le style du photographe américain Gregory Crewdson et ses images baignées de lumière fanstamagorique fascinent depuis des années. La Gagosian Gallery, à New York, présente ses dernières photos dans une exposition intitulée « Cathedral of the Pines », accompagnée d’un livre éponyme.

Le talent de Crewdson réside dans sa capacité à créer des images fictives d’un monde réel et à composer des tableaux lyriques ancrés dans des lieux réels, faisant appel à des locaux tout aussi réels. Avec une profondeur mystérieuse, à la fois visuelle et narrative, comme une signature lynchéenne sans le surréalisme forcé, ses photographies offrent des allégories, des métaphores, une mélancolie égalant la beauté d’un paysage de Turner.

Gregory Crewdson: Beneath the Bridge (2014)
 © Gregory Crewdson. Publié avec l'aimable autorisation de la Gagosian Gallery

Le photographe a quitté Brooklyn pour les forêts quasi désertes du Wester Massachusetts. Il y a trouvé l’atmosphère morose, étouffée, mais toujours lumineuse et poétique, qu’il aime à capturer. Ces travaux les plus récents, exposés à la Gagosian Gallery et compilés dans son dernier livre, dévoilent des scènes dignes d’une production cinématographique, dans la forêt, en intérieur, ou au détour des rues d’une petite ville. Si elles comportent des éléments familiers, elles intriguent par une mise en scène souvent dérangeante, comme ce personnage nu sous un pont par un temps visiblement glacial ou cet autre modèle en sous-vêtements fixant un point invisible dans une maison, comme des statues figée dans un temps suspendu.

Ces villes nichées au fin fond des forêts et le mode de vie de ses habitants inspirent Crewdson pour ses grosses productions. « Cathedral of the Pines » est tiré du nom d’une piste de forêt de Becket, dans le Massachusetts. Avant que Crewdson ne devienne lui-même un Beckettien, il trouvait déjà l’inspiration parmi les pins, les rues glacées et les dîners familiaux du coin. Au croisement de Jean Cocteau et Henry David Thoreau, avec une touche d’art ancestral pré-moderniste, ses photos capturent une essence mystique, quasi magique.

Gregory Crewdson: The Den (2013)
 © Gregory Crewdson. Publié avec l'aimable autorisation de la Gagosian Gallery

Dans le dossier de presse de l’exposition, Crewdson écrit : « C’est au fin fond des forêts de Becket, dans le Massachusetts, que j’ai finalement eu une bouffée de ténèbres, sentant une reconnexion avec ma vision artistique, et je suis retourné dans une période de renouvellement et d’intense production créatrice. »

Les nouvelles images de Crewdson représentent un retour à la fois à son goût pour des mises en scène complexes au service de son art et à une affirmation de la simplicité vers laquelle il tend fortement lui-même. C’est peut-être cette dualité personnelle qui anime et hante l’univers étrangement poétique de ses chefs-d’oeuvre artistiques.

Gregory Crewdson: The Haircut (2014) 
© Gregory Crewdson. Publié avec l'aimable autorisation de la Gagosian Gallery

L'envers du décor 
de Cathedral of the Pines. Publié avec l'aimable autorisation du

 Crewdson Studio.  

Cliquez ici pour en savoir plus sur Gregory Crewdson et pour l’exposition « Cathedral of the Pines » à la Gagosian Gallery, à New York.

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