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Valdet Gashi, le champion de muay thaï devenu combattant de Daech

Il a laissé de côté une belle carrière sur les rings pour rejoindre la Syrie et les rangs de l'organisation terroriste. Les circonstances de sa mort restent mystérieuses.

par Alexander Reynolds
20 Octobre 2016, 9:35am

Allemand d'origine kosovare, Valdet Gashi était un homme de 28 ans qui avait un grand avenir devant lui. Il avait une femme aimante, deux enfants adorables et une carrière réussie en tant que combattant muay thaï professionnel. Mais en juin 2015, tout a changé quand un ami commun a publié un message d'alerte sur Facebook.

« Pour ceux d'entre vous qui ne le savent pas encore, Valdet Gashi a rejoint les rangs de l'Etat islamique (EI). Je suggère a tout le monde de le supprimer de Facebook afin de montrer que notre sport ne soutient pas ce genre de conneries. Je suis déçu car nous étions bons amis. Mais cette amitié est maintenant terminée. Tout homme qui abandonne femme et enfants à eux-mêmes pour aller combattre dans une guerre qui ne le concerne pas ne mérite aucun respect ».

Ce fut un choc pour la communauté du muay thaï, en particulier pour ceux qui ont suivi la carrière du champion et ceux qui, comme moi, le connaissaient personnellement. Valdet a même posté un message Facebook demandant à ses amis « de ne pas le juger » sans connaître tous les tenants et aboutissants de sa décision. Mais ça n'a pas d'importance : il a été signalé, enlevé des listes d'amis et bloqué. Le héros sportif est devenu une idole déchue et un paria social. Ses vieux potes et ses compagnons d'entraînement lui ont tourné le dos tout en lui souhaitant une mort précoce.

« J'espère qu'un drone lui allumera le cul », a dit l'un d'entre eux.

« Profite bien de tes potes buteurs de bébés, espèce d'enculé », a écrit un autre.

Valdet Gashi est un champion de muay thaï devenu un crétin de Daech.

Depuis la mi-juin 2015, il y avait une période de silence. En Syrie, des hauts-dirigeants de l'EI ont annoncé à beaucoup de combattants djihadistes, Valdet y compris, qu'il fallait qu'ils ferment leurs comptes sur les réseaux sociaux car les services de renseignement pouvaient les localiser et, ainsi, lancer des attaques de drones ciblées. Valdet a quitté les bases arrières pour le front et, le 4 juillet 2015, il a été signalé comme mort au combat dans le nord de la Syrie.

Ces derniers temps, la guerre contre le terrorisme est arrivée un peu trop près de chez moi. Déjà, six élèves de mon ancien collège, la Holland Park School à Londres, sont morts en combattant pour l'EI en Syrie. Et là, un mec que j'avais rencontré dans des combats professionnels à Bangkok est parti de la même façon. Qu'est-ce qui pousse les gens à devenir fanatiques et à prendre les armes ? La cause n'est certainement pas la pénurie de recrues. L'ONU a estimé que 20 à 22 000 combattants étrangers ont rejoints les rangs de Daech en Syrie et en Irak.

Quelles étaient les motivations de Valdet ? Dans un entretien téléphonique avec les médias suisses, peu avant sa mort, il a dit qu'il s'était engagé pour « aider et trouver des réponses ». Voilà mon avis : Valdet était un jeune homme en colère. Mais contrairement à tant d'autres hommes en colère, il n'était pas un looser anonyme. Il a été quatre fois champion du monde dans l'un des sports les plus difficiles du monde. Mais au fond de lui, c'était surtout un idéaliste qui voulait être plus qu'un représentant de la boxe thaï. C'est pourquoi il a voulu participer à la création d'un soi-disant califat islamique.

Pour Valdet, et beaucoup d'autres comme lui, l'appel au djihad de l'EI était, et est, en apparence, une noble cause avec l'avantage d'avoir une mort honorable. C'était un romantique. Quel imbécile. Il aurait dû rester chez lui à Bangkok avec sa femme et ses enfants.

Je préfère me souvenir de l'homme qu'il était et que je connaissais. Silencieux, humble, agréable, respectueux. Valdet était la combinaison du sportif et du gentleman. Et il ne plaisantait pas sur le ring. Il a été quatre fois champion du monde et a même affronté la star Shuki Rosenzweig, un vieux compagnon de la salle de Rompo à Bangkok.

Parce que Bangkok est une petite ville, je le voyais toujours traîner dehors. A s'entraîner dans le parc de Lumpini, ou bien assis à l'arrière d'un moto-taxi, zigzaguant dans les rues engorgées de la ville, ou encore à manger un kebab avec ses copains du quartier arabe de la capitale. Avec sa longue barbe, ses yeux rieurs et son chaleureux sourire, il était difficile de ne pas remarquer Valdet.

Aujourd'hui, environ un an après le décès tragique de Valdet, je m'arrache les cheveux face aux informations incertaines, vagues, et contradictoires, des observateurs et des médias internationaux à propos de sa mort. Dans le brouillard de la guerre, voyez-vous, les ''faits'' ont tendance à être massacrés et vidés de leur substance.

Valdet a déclaré, dans un autre entretien téléphonique avec les médias suisses, qu'il patrouillait le long de l'Euphrate, près de la frontière turque avec les forces de l'EI à la recherche de passeurs et de contrebandiers. Mais, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Valdet aurait été arrêté pour désertion et envoyé dans une prison de Manbij, un ville au nord-est d'Alep. L'OSDH, dont le siège est en Angleterre, tient cette information de « sources fiables » qui disent que l'EI a exécuté l'ancien champion de boxe thaï pour tentative de désertion. Valdet aurait été choqué par les atrocités commises par l'organisation terroriste et aurait cherché des moyens de s'échapper pour rentrer chez lui en Allemagne. Entre 2014 et juillet 2015, l'OSDH a recensé 143 exécutions de membres de Daech pour tentative de désertion. Valdet a-t-il été l'un d'entre eux ?

En mettant de côté mes opinions personnelles et les différentes théories, j'en ai discuté avec notre ami que nous avions en commun.

« Mec, Valdet se sentait bien là-bas. Il s'amusait comme un fou ».

La controverse de la mort de Valdet n'a pas échappé à son plus proche parent. Son frère, Valon, s'est senti obligé de s'exprimer sur Facebook.

« Regardez la propagande qu'ils font. Valdet est mort. Et vous ne pouvez pas prouver tous les trucs fous que disent les différents rapports et informations sur sa supposée désertion. »

Il a raison.

Maintenant ma mémoire ferme ses portes à l'homme que je pensais connaître. Croyez-le ou non, Valdet avait un grand avenir devant lui.