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Le guide Motherboard des morts absurdes

Quitte à mourir un jour, autant écrire son nom en lettres de feu dans le grand livre de la bêtise humaine. C'est ce qu'ont su faire ces génies auxquels nous rendons ici hommage.

par Genono & Sébastien Chavigner
07 Mars 2017, 7:00am

Chaque homme a forcément déjà imaginé la façon dont il pourrait mourir, souhaitant probablement, selon son histoire personnelle et son tempérament, une mort douce, héroïque, romantique ou insolite. A titre personnel, j'aimerais pouvoir terminer ma vie sur un cocktail de toutes ces possibilités, dans un combat sanglant face à un ennemi charismatique comme le Joker, me sacrifiant pour sauver Gotham City, mais sans prendre le temps de goûter à la souffrance d'une mort lente et douloureuse. Pour le coté insolite, mourir avec un costume de chauve-souris sur le dos semble suffisant, mais en comparaison avec le haut du panier des décès improbables recensés au cours de l'histoire de l'humanité, il faudra faire d'énormes efforts scénaristiques pour atteindre le niveau des meilleurs.

Ces cas, pour la plupart, semblent juste exister pour rappeler qu'à partir du moment où votre destin a décidé que la fin était venue, peu importent les moyens, la fin arrivera. Et le destin est parfois très inventif, au point de faire passer les mises à mort saugrenues de la série des films Destination Finale pour des actions terriblement peu imaginatives de la Grande Faucheuse. Que votre crâne reçoive la visite fortuite - et fatale - d'une tortue, d'une météorite, ou d'un hélicoptère télécommandé, que vous ingurgitiez de trop grandes quantités d'eau, de melon, ou de brioche, ou que vous loupiez un tour de magie, une expérience de chimie, ou encore un acte de vandalisme banal, il existe autant de façons de mourir qu'il existe d'hommes sur Terre. Certaines de ces histoires sont invérifiables, d'autres sont soupçonnées d'être un brin extrapolées, mais la plupart sont formellement avérées, et parfaitement documentées.

SE RETENIR DE PISSER

Tycho Brahe fut un astronome danois majeur du XVIème siècle, dont certaines des découvertes ou des observations ont permis à la science de faire d'énormes progrès, que ce soit directement ou indirectement au cours des siècles suivants. Si son nom n'a pas particulièrement traversé l'histoire –excepté pour les passionnés d'astronomie -, il suffit de savoir que son propre assistant personnel s'appelait Johannes Kepler, ou qu'on a donné son nom à un astéroïde, à un cratère lunaire et à un cratère martien, pour comprendre qu'il était à l'étude de la trajectoire des astres ce que Killuminaty SMG est aux vidéocasts anti-sataniques : un mec qui pèse et qui en impose dans son milieu.

Avec un peu de chance, Tycho aurait pu mourir en recevant une comète sur le haut du crâne, ou en étant aspiré par un trou noir miniature, ce qui aurait contribué à forger sa légende et à faire de lui l'astronome ultime. Malheureusement, sa fin fut beaucoup moins classe que son œuvre : après s'être retenu de pisser pendant des heures pour ne pas froisser l'Empereur – deux versions existent : pendant un repas, ou pendant un trajet en carrosse -, il chope une urémie et meurt quelques jours plus tard. On a aussi longtemps soupçonné un empoisonnement au mercure, mais la dernière enquête en date a discrédité cette thèse.

Morale de l'histoire : L'histoire de Tycho Brahe est aussi triste que piteuse, mais tout le monde s'est déjà retrouvé dans le même type de situation difficile, où l'envie de pisser est pressante, et où l'occasion de se soulager ne se présente pas immédiatement : transports en commun, entretien d'embauche, partie de jeu en ligne. Prenez vos précautions : dès que vous avez l'occasion d'aller aux toilettes, faites-le. Même si vous n'avez pas envie, forcez-vous. Ne laissez jamais quelques millilitres d'urine stagner dans votre vessie, et risquer de provoquer votre mort et de ruiner votre posterité. En toute situation, pensez à Ian Malcolm : quand faut y aller, faut y aller.

Originalité : 7/10. Mourir de ne pas avoir osé aller pisser, c'est franchement pas banal.

Spectacularité : 1/10. Si au moins il avait implosé à force de se retenir, et qu'il avait inondé l'Empereur d'urine chaude et de tripes… Mais non. Le pauvre homme est mort après des jours de souffrance et de délire sur son lit de mort.

Elégance : 2/10 La cause est tellement piteuse qu'elle occulte les travaux scientifiques révolutionnaires de Tycho pour qu'on ne retienne de lui que cette histoire. Comme quoi, vous pouvez réaliser les plus grands accomplissements possibles dans votre vie, si votre destin est de voir votre nom accolé à l'urine et aux mauvais jeux de mots dans les encyclopédies, vous ne pourrez pas y échapper.

NE PAS SE RETENIR

Il existe un nombre incalculable d'exemples de situations gênantes auxquelles on peut facilement se retrouver confronté : être surpris au lit avec une poupée gonflable par sa femme, être contraint de tourner un film d'entreprise, ou encore passer sa vie dans la peau de Laurent Gerra. Ces cas se soldent généralement par un sentiment de honte ad vitam aeternam. Le ridicule n'a jamais tué personne, dit-on. Eh bien c'est faux : on peut mourir de honte – ou du moins, d'une complication directement liée à un sentiment de honte. L'histoire est glauque : Nigel est un quinquagénaire anglais aux pratiques sexuelles qui ne devraient regarder que lui – les vibromasseurs, c'est son truc. Malheureusement pour lui, il se retrouve un jour – le soir de Noël, mais ça n'a aucun rapport avec le reste de l'histoire, c'est juste cadeau - avec un sextoy coincé dans l'anus. Impossible de le retirer. Forcément gêné par la situation, il n'ose pas demander de l'aide, et envoyer un texto « HELP. SEXTOY COINCÉ. HELP » à ses proches. Après 5 jours de lutte acharnée sur son canapé, affaibli – d'autant qu'il est diabétique -, quasiment incapable de bouger, il finit par comprendre que l'éventuel potentiel ridicule de la scène de départ a pour ansi dire disparu, tant sa situation a définitivement basculé dans le registre du tragique.

Il finit par contacter l'un de ses amis, en lui expliquant simplement qu'il est faible, et ne peut plus bouger depuis plusieurs jours. Une ambulance arrive rapidement, Nigel est conduit à l'hopital, le sextoy retiré… malheureusement trop tard. Intestin perforé, septicémie avancée : après un mois d'hospitalisation et de traitements, il décède.

Morale de l'histoire : Demandez de l'aide quand vos êtes en galère, les frères. Restez pas avec un vibro coincé pendant cinq jours. Il existe toujours des solutions.

Originalité : 8/10. C'est glauque, certes, mais on sort clairement – sans mauvais jeu de mots - des pistes balisées.

Spectacularité : 6/10. C'est tout de même au-dessus de la moyenne, mais pour que la situation soit vraiment spectaculaire, il aurait fallu l'intervention d'une gerbille, comme dans la fabuleuse légende urbaine d'Eric Tomaszewski.

Elégance : 1/10. Un point pour la dignité, parce que les médecins ont déclaré que Nigel s'était « battu jusqu'au bout »

David Carradine, petit ange parti trop tôt.

RECEVOIR DES TRUCS EN PLEINE TÊTE

Ce genre de truc peut arriver à tout le monde, mais généralement il s'agit d'une crotte de pigeon ou d'une pomme de pin, provoquant gêne et dégoût dans le premier cas, et sentiment de persécution dans le second. Parfois, vous vous trouvez juste au mauvais endroit au mauvais moment. Vous pourriez vous trouver à n'importe quel autre endroit dans l'univers, mais non, la vie vous a placé ici, à l'endroit où un objet de plusieurs kilos termine sa chute de plusieurs centaines de mètres – voire plusieurs kilomètres. Le cas le plus vieux et le plus étonnant est celui du dramaturge antique Eschyle, mort cinq siècles avant Jésus-Christ, après avoir reçu – selon la légende - une tortue sur le haut du crâne. Pourquoi une tortue tomberait-elle du ciel, comme un vulgaire requin dans Sharknado ? Tout simplement parce qu'un rapace ayant capturé l'animal aurait confondu le crâne d'Eschyle avec un rocher – qui aurait servi à exploser la carapace.

Notons également le cas du pilote de Formule 1 gallois Tom Pryce, fauché en plein Grand Prix d'Afrique du Sud en 1977, quand un extincteur lui a atterri dans la tête alors qu'il traçait joyeusement à 270km/h. Petit bonus : l'extincteur provenait d'un jeune commissaire de course de 19 ans qui tentait d'éteindre une voiture en feu - et que Tom a tout simplement fauché. Il est évidemment mort aussi, quoique moins bêtement.

Plus proche de nous, et encore plus improbable : en 2016, un citoyen indien est officiellement devenu le premier homme tué par une météorite. Théoriquement, on pourrait supposer qu'étant donné qu'il tombe plus de météorites sur terre que de tortues, son taux de malchance n'est pas si exagérément élevé : selon Michael Reynolds, astronome et spécialiste des météorites, « vous avez plus de chances d'être frappé par une tornade, la foudre et un ouragan en même temps que par une météorite ».

Hormis la tortue ou la météorite, il existe tout un tas d'objets capables de vous briser le crâne : pots de fleurs, écrous, machine à laver… Vous pouvez aussi vous ramasser un hélicoptère télécommandé sur la gueule, et finir partiellement décapité, comme ce jeune adulte new-yorkais ou ce quadragénaire suisse.

Morale de l'histoire : Soit vous acceptez le destin, et vous acceptez d'avoir une chance sur 160 milliards de recevoir un objet mortel sur le crâne à chaque fois que vous sortez de chez vous, soit vous décidez de passer le reste de votre vie avec un casque de moto sur la tête.

Originalité : 10/10. Le coup de la tortue, bien qu'invérifiable, mérite des félicitations.

Spectacularité : 8/10. Vitesse et poids de l'objet, effet de surprise détonnant, possibilité de voir le crâne imploser : c'est une réussite sur tous les plans.

Elégance : 5/10. Beaucoup moins classe que de mourir au combat pour l'honneur de sa dulcinée, mais possibilité de mourir sur le coup sans voir les choses venir et sans avoir vraiment le temps de souffrir – et donc de passer les dernières heures de sa vie à gâcher sa propre légende en délirant.

TROP MANGER...

L'une des principales faillites de l'éducation moderne concerne l'alimentation : on n'apprend pas aux nouvelles générations à se nourrir correctement, à éviter la malbouffe, et à privilégier les repas sains et équilibrés. Pourtant, il suffirait de peu de choses pour les convaincre : plutôt qu'une mauvaise campagne télévisuelle « 5 fruits et légumes par jour », racontons l'histoire du roi Adolphe-Frédéric de Suède, resté dans les mémoires comme « le roi qui est mort d'avoir trop mangé ». En 1771, à 60 ans, ce bon vivant décide – sans le savoir - d'entrer dans la légende, en faisant servir un banquet extraordinaire, proposant caviar, homard et champagne à volonté. Pour montrer l'exemple, il ingurgite tout ce qui passe, pendant des heures et des heures, sans jamais connaitre la satiété. Adolphe-Frédéric meurt d'avoir trop mangé, incapable de digérer une telle quantité de nourriture. On raconte également qu'un autre Empereur, Maximilien de Hasbourg, serait mort après avoir consommé trop de melon au retour d'une partie de chasse, en 1519, mais il s'avère que sa santé était déjà déclinante, et qu'il souffrait déjà avant d'entamer ce repas. 

Morale de l'histoire : Qui avale une noix de coco fait confiance à son anus, et par extension, qui mange plusieurs kilos de nourriture fait confiance à son appareil digestif.

Originalité : 4/10. Déjà vu dans Seven, et tant pis pour l'anachronisme.

Spectacularité : 6/10. Une grosse fièvre, des douleurs atroces : la mort en elle-même n'a rien de spectaculaire. En revanche, le banquet caviar-homard arrosés au champagne est carrément flamboyant.

Elégance : 0/10. L'indigestion vous fera finir votre vie sur le trône, mais pas celui de l'Empereur.

...OU MANGER DES CHOSES QUI NE SONT PAS FAITES POUR ÊTRE MANGÉES

Quand vous mourez d'avoir trop mangé, vous avez au moins la satisfaction d'avoir assouvi vos besoins à l'extrême. Mais très peu de gens meurent d'avoir simplement trop mangé. Les gens meurent d'avoir consommé des aliments non-comestibles, voire même des aliments qui n'en sont pas. L'année dernière, un mec est mort après avoir consommé une tablette. Pas de chocolat, hein ; une putain de tablette. C'est un conseil simple, mais important tout de même : quelle que soit la situation, ne mangez JAMAIS une tablette. L'écran en verre, le plastique, les composants… RIEN n'est comestible. TOUT est fait pour vous perforer les intestins. Ne mangez pas non plus de clefs, de charbons ardents, de dentier, de cure-dents, de chewing-bomb (oui oui, des chewing-bombs)… bref, contentez-vous de nourriture réelle, saine, et en quantités raisonnables et suffisantes.

Morale de l'histoire : Jean-Pierre Coffe avait raison.

Originalité : 9/10. De gros efforts pour diversifier les objets consommés, des cas complètement farfelus voire même impensables… excellent.

Spectacularité : 8/10. Je n'ai jamais vu personne consommer une tablette devant mes yeux, mais j'imagine que ça doit être particulièrement impressionnant. Et le chewing-bomb, vous imaginez ? La machoire du pauvre garçon a complètement explosé.

Elégance : 3/10. Le coup du suicide par ingestion de charbons ardents est tout de même très classe, mais tout le reste n'a rien de bien distingué.

SE LAISSER MOURIR DE FAIM

Ici, difficile de choisir entre deux cas que rien ne rapproche, si ce n'est une remarquable capacité à réprimer l'instinct de survie pour aller au bout de son idée. Citons en premier lieu Philétas de Cos, érudit et poète grec du IIIème siècle avant J.-C., dont on raconte qu'il était si absorbé par ses études (qui consistaient, en gros, à évaluer les qualités respectives des mots) qu'il oublia de se nourrir. Alors que tout le monde sait qu'il faut manger au moins 2 crêpes Wahou! avant d'aller attendre la mort en cours de lettres. Autre cas resté célèbre : Kurt Gödel, l'un des plus brillants mathématiciens de l'ère moderne, qui souffrait de formes avancées de paranoïa et d'hypocondrie. Convaincu vers la fin de sa vie de l'existence d'un complot visant à l'empoisonner, Gödel se mit à refuser de consommer quoi que ce soit qui n'ait été préparé par sa femme ; quand celle-ci fut hospitalisée pendant six mois, il se laissa tout naturellement mourir de faim. C'est ce qu'on appelle la fidélité.

Morale de l'histoire : Personne n'est un pur esprit qui se nourrit uniquement d'idées, pas même ce mec. Et apprenez à faire cuire des pâtes avant que votre copine ne parte refaire sa vie avec celui-ci.

Originalité : 6/10. Encore une fois, c'est une sacrée balayette adressée à l'instinct de survie. Par contre, pas mal de gens sont morts de faim à travers l'Histoire.

Spectacularité : 2/10. Des mecs maigres retrouvés dans un lit, ça va, on connaît.

Élégance : 7/10. Dans les deux cas, la persévérance force le respect. Et il y a clairement une volonté de ne pas déranger qui témoigne d'une certaine classe.

TROP BOIRE

Historiquement, des milliers de gens sont morts d'avoir trop bu, qu'il s'agisse d'alcool frelaté, d'alcool tout court, d'accidents bêtes liés à l'ingestion de quantités excessives de Manzana ou de mojito par des élèves de l'un des innombrables lycées Albert Camus ou Karen Chéryl de France, ou encore de Destop pour les plus aventureux d'entre nous. On ne leur jette pas la pierre, car il faut bien que jeunesse se passe et que les gens meurent - Darwin ne dirait pas autre chose. Mais d'autres, plus malicieux, sont parvenus à mourir d'avoir trop bu de choses parfaitement inoffensives en apparence - genre, de l'eau. C'est par exemple le cas de Tina Christopherson, une femme à qui on avait diagnostiqué un QI de 189 - l'un des scores les plus élevés de l'histoire -, ce qui ne l'a pas empêché de boire 12 litres d'eau par jour pendant des semaines entières, presque sans manger, dans le seul et unique but de ne pas mourir d'un cancer de l'estomac comme sa mère. Raté : elle est morte quand ses reins l'ont lâché et que l'eau s'est engouffrée dans ses poumons. Bien tenté, toutefois. Dans le même genre, signalons aussi Jennifer Strange, une jeune américaine de 28 ans qui s'était inscrite en 2007 à un concours organisé par une radio locale pour gagner une Wii. Le but ? Boire un maximum d'eau en se retenant de pisser. Jennifer n'a jamais joué à Mario Kart sur sa Wii toute neuve : elle est morte d'une intoxication à l'eau. Mais l'important, c'est de participer.

Pour le plaisir, rajoutons Basil Brown, un Anglais de 48 ans hyper branché healthy, qui pour prouver qu'une alimentation saine était la clé d'une bonne santé décida de boire 38 litres de jus de carotte en dix jours en 1974. Ce qui est dommage, c'est que s'il était allé au McDo, il ne serait pas mort d'une overdose de vitamine C. On se fera un smoothie en enfer, petit ange parti trop tôt.

Morale de l'histoire : À la limite, faites plutôt comme Bear Grylls.

Originalité : 6/10. Bel effort, surtout chez notre ami anglais, mais il manque un facteur X ; on eut par exemple apprécié que l'un d'entre eux se change en flaque façon Alex Mack.

Spectacularité : 1/10. Concrètement, ces gens sont juste morts dans un lit, au final.

Élégance : 2/10. D'abord, ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes ; ensuite, on peut imaginer qu'il y a bien eu un moment où ils ont pissé un peu partout juste avant de rendre l'âme.

MOURIR D'UNE BARBE TROP LONGUE

Bon, de toute façon vous avez compris le principe : on peut mourir d'absolument n'importe quoi. Alors mourir d'une barbe trop longue, pourquoi pas ? En 1567, Hans Steininger était le maire de la ville de Braunau, à la frontière germano-autrichienne. Il ne le sait pas encore, mais sa ville deviendra quelques siècles plus tard le lieu de naissance d'Adolf Hitler. Le destin étant capable de punir rétroactivement –c'est toujours bon à savoir -, il a décidé de se faire le pauvre Hans, en le faisant marcher sur sa propre barbe, longue de plus d'un mètre quarante. Cou brisé instantanément. Et donc mort. Est-ce pour cette raison qu'Hitler a toujours conservé une moustache, mais jamais une barbe ? Probablement pas.

Dans un autre genre, on citera également un certain Duprat, évêque de Clermont au XVIème siècle, qui préféra se laisser mourir plutôt que de couper sa barbe, et dont on saluera la persévérance - qui, au passage, l'a fait entrer dans l'Histoire plus que sa carrière au sein de l'Église.

Morale de l'histoire : Les hipsters vivent dangereusement.

Originalité : 10/10. Chapeau, fallait y penser.

Spectacularité : 4/10. Pas d'explosion, pas de sévices sexuels, pas d'animal dévoreur de chair humaine. Petit joueur.

Elégance : 2/10. Un potentiel plus comique que tragique, un air de mauvaise vanne de mauvais one-man-show français : copie à revoir.

"TÉMA LA VACHE"

Situons la scène : vous êtes tranquillement au lit avec votre conjoint(e), occupé à ronfler et tirer la couverture vers vous. Quelques dizaines de mètres plus loin, une vache fait ce qu'elle fait la majorité du temps : elle broute. Par une succession improbable d'évènements – humidité de l'herbe, perte d'équilibre de la vache, décalage de colline, maison construite en pente, toit insuffisamment solide, lit placé au mauvais endroit -, la vache termine sur vous. Je ne sais pas si vous avez déjà reçu une vache de plus d'une tonne sur le corps, mais en général, ce genre de chose vous tue – immédiatement, ou quelques heures plus tard à l'hôpital, avec multiples fractures et hémorragies internes.

Bonus : citons, pour la postérité, le cas de Philip McClean, cet Australien de 16 ans qui reste à ce jour le seul cas recensé de personne tuée par un casoar, en 1926. Après avoir vu l'oiseau s'introduire sur sa propriété, il avait jugé pertinent de l'attaquer avec un bâton, ce qui avait passablement agacé l'animal - lequel lui avait alors adressé un violent coup de patte arrière au cou, sectionnant ainsi une artère majeure et tuant presque instantanément le jeune homme. Depuis, les gens se méfient des casoars.

Mais rendons également hommage à Kenneth Pinyan, plus connu sur Internet sous le nom de Mr. Hands, et dont la célébrité macabre n'est pas usurpée : cet ingénieur américain est décédé en 2005 des suites d'un rapport sexuel avec un cheval, qui lui avait notamment perforé l'intestin. S'il est devenu célèbre, c'est parce qu'il avait demandé à un ami de filmer la scène - et la vidéo est évidemment toujours disponible sur Internet, mais on vous laisse chercher. Un cas étonnant, certes, mais pas autant que celui de cette Irlandaise de 43 ans morte en 2008 après un coït contre-nature avec un berger allemand. Point de côlon perforé ici, mais un bel effort d'originalité : le sperme du chien lui avait déclenché une réaction allergique fatale, comparable à une allergie aux arachides. À sa décharge, elle ne pouvait pas deviner.

Morale de l'histoire : Mort aux vaches.

Originalité : 10/10. « Et toi, comment t'es mort ? » « Une vache m'est tombée dessus pendant que je dormais ». Au paradis, João Maria aura une histoire unique à raconter à tous les ex-cancéreux, accidentés de la route, et victimes de guerres.

Spectacularité : 9/10. Franchement, voir une vache dévaler une colline, exploser un toit, et terminer en plein milieu d'un lit, ça doit être quelque chose.

Elégance : 3/10. Le seul point noir d'une mort presque parfaite. Avec un crocodile géant, un dinosaure disparu, ou un pur sang à 600.000 dollars, la scène aurait tout de même eu une dimension classieuse supplémentaire.

CHASSEUR DE PNEUS

Quand on est un chasseur chevronné, on prend le risque de se confronter à des animaux dangereux : lions, ours, crocodiles, pneus… Il y a quelques mois, en Suède, un homme s'est ainsi confronté à un pneu plus fort que lui : après avoir soigneusement percé bon nombre de congénères avec un couteau, l'un d'eux a littéralement explosé, propulsant l'ustensile en direction de l'abdomen du vandale. Touché aux organes vitaux, l'homme succombe à une hémorragie en quelques heures. Le coup porté par le pneu est tellement bien placé que la police enquête plusieurs jours à propos de cette affaire, pensant dans un premier temps être face à un homicide.

Morale de l'histoire : Rubber était peut-être juste un documentaire.

Originalité : 9/10. Un point en moins pour le mauvais comportement. Crever des pneus, c'est moche.

Spectacularité : 7/10. L'action est belle, mais elle manque quelque peu d'ambition, comme le prouve l'absence totale de témoin sur la scène du « crime ». Quelques spectateurs auraient été les bienvenus.

Elégance : 1/10. Quitte à crever en commettant un délit, autant se faire allumer pendant un braquage, au moins des mauvais rappeurs feront un son sur vous.

MOURIR EN TORPILLANT SES PROPRES IDÉES

Alors là, c'est très simple : une manifestation contre l'obligation du port du casque en moto ; un motard qui manifeste sans casque ; une chute mortelle, qui ne l'aurait pas été s'il avait porté un casque. Et une preuve incontestable que le casque est bien nécessaire en deux-roues. Félicitations.

Morale de l'histoire : La sécurité routière, c'est l'affaire de tous. Même des mongols profonds.

Originalité : 1/10. Mourir d'une chute en moto, même si le contexte est rigolo, c'est beaucoup trop commun. Ne mourez pas en moto.

Spectacularité : 1/10. Une moto n'explose même pas. Si vous devez vraiment chuter d'un véhicule, choisissez un camion de transport de TNT.

Elégance : 1/10. Se sacrifier pour défendre une cause, c'est beau. Se sacrifier pour ruiner définitivement son propre combat, un peu moins.

Né pour être sauvage, mon pote.

LE SUICIDE LE PLUS GLAUQUE DU MONDE

Bon, ok, tous les suicides sont forcément glauques. Mais celui de Richard Sumner est particulièrement sombre. Schizophrène en pleine crise de démence, il décide un jour de mettre fin à son existence. Seulement, Richard est un artiste. Il ne peut pas se suicider comme Monsieur-tout-le-monde, d'une balle dans la tête ou d'une corde autour du cou. Richard part donc en randonnée, choisit l'endroit le plus isolé possible, et s'enchaine à un arbre, pour y attendre la mort. Comme tout bon schizophrène, il a évidemment fini par changer d'avis, et après quelques heures de lutte acharnée, a réussi à se libérer.

Mais Richard est un homme déterminé. Quelques années plus tard, dans une nouvelle crise de démence, il retente l'expérience, mais cette fois avec un cadenas réputé incassable. Et malheureusement, la réputation du produit n'était pas usurpée. Après avoir retrouvé ses esprits, il passe des jours à essayer de se libérer, lacérant l'arbre auquel il est attaché. Son squelette est retrouvé trois ans plus tard par une randonneuse. Une magnifique légende urbaine, malheureusement bel et bien réelle.

Petit bonus : David Phyall, un Anglais de 50 ans, qui se suicida en se décapitant avec une tronçonneuse en 2008 pour protester contre la démolition programmée de sa résidence. Elle fut démolie peu après.

Morale de l'histoire : Si vous faites énormément d'efforts et que vous êtes prêt à souffrir, vous pouvez avoir une mort si horrible que tout le monde croira à un fake. Bon courage.

Originalité : 8/10. Gros efforts d'imagination et de mise en oeuvre pour ne pas se contenter d'un suicide classique.

Spectacularité : 9/10. On pourrait faire un film de deux bonnes heures sur la vie et le calvaire de Richard.

Elégance : 7/10. On note que le mec fait quand même l'effort de trouver un coin tellement isolé que la randonneuse qui le découvre ne se retrouve que face à un squelette – ce qui est extrêmement galant, sachant la plupart des hommes se seraient contentés de proposer leur corps en pleine décomposition, puant et rempli de vers.

QUELQUES CHAMPIONS FRANÇAIS

Parce que la France n'a jamais rien eu à envier à personne en matière d'absurde, on s'efforcera ici de rendre hommage au génie de certains de nos compatriotes, illustres ou anonymes, sous la forme d'un pot pourri, quelque part entre le bouquet final d'un feu d'artifice et la séquence des acteurs disparus lors de la Cérémonie des César. Citons donc, pêle-mêle :

- L'abbé Prévost, auteur de Manon Lescaut, qui fut retrouvé étendu au pied d'un arbre par des paysans en 1763. Lorsqu'un chirurgien appelé sur place décida l'autopsie et planta sa lame dans le pauvre homme d'Église, celui-ci poussa un cri - trop tard, hélas.

- Antoine de Navarre, père d'Henri IV, tué d'une balle d'arquebuse en 1562 alors qu'il urinait contre les remparts de la ville lors du siège de Rouen.

- Le maréchal de Montrevel, tellement effrayé par la chute d'une salière en 1716 qu'il déclara lui-même qu'il en mourrait de peur. Il ne mentait pas : pris d'une fièvre, il mourut 4 jours plus tard.

- Le roi Philippe de France, tué par son cheval, tombé après avoir été effrayé par un cochon sauvage apparu soudainement dans la rue alors que le monarque s'y promenait sur sa monture. Écrasé par le cheval, le roi alors âgé de 15 ans mourut 2 jours plus tard, et les porcs furent interdits dans Paris.

- Un autre roi, Charles II de Navarre, dit "Charles le Mauvais", qui mourut dans des circonstances aussi drôles qu'affreuses en 1387 : le roi étant fortement épuisé, les médecins recommandèrent de l'envelopper dans un grand drap imbibé d'eau-de-vie, censée lui redonner des forces. C'était sans compter sur la maladresse d'un simple valet, qui mit accidentellement le feu au drap et entraîna donc la combustion rapide du pauvre monarque.

- Augustin Trébuchon, soldat français, décède d'une balle en pleine tête le jour de l'armistice de 1918, dans les Ardennes, cinq minutes avant le cessez-le-feu. C'est triste, mais un peu moins qu'Henry Gunther, un soldat américain combattant lui aussi dans les tranchées dans la Meuse, tué le même jour de cinq balles de mitrailleuse à 10h59, soit une minute avant le cessez-le-feu.

- René Goscinny, le célèbre auteur d'Astérix - entre autres -, qui se rendit en 1977 chez le cardiologue pour un test d'efforts. Il ne ressortit jamais de son cabinet : il fut frappé d'une crise cardiaque sur le tapis d'entraînement où il se livrait au test.

***

On pourrait poursuivre cette liste encore longtemps, et d'autres l'ont fait à notre place. Mais on se contentera de conclure ce panorama de l'absurdité morbide par ce cri du coeur lancé par le grand industriel italien Rizzoli, sur son lit de mort : "Mais je ne peux pas mourir ! Je suis l'homme le plus riche d'Europe !"