L'Urban Death Project veut transformer votre cadavre en compost

Les tombes prennent trop de place, la crémation n'est pas très écolo. Et puis quoi de plus emo que de nourrir un saule pleureur après la mort ?
Sébastien Wesolowski
Paris, France
27.10.16

Que prévoyez-vous de faire de votre dépouille ? Allez-vous la faire enfouir dans un lopin de terre privé pour deux, trois ou cinq décennies moyennant quelques centaines, milliers ou dizaines de milliers d'euros ? Peut-être prévoyez-vous de la faire incinérer, de la congeler tout ou partie, de la jeter à la mer ou de l'envoyer dans l'espace ? Si vous êtes altruiste et peu attaché au concept de sépulture, sans doute projetez-vous d'offrir votre cadavre aux mains maladroites des médecins de demain. De l'autre côté de l'Atlantique, vous pourriez même faire déposer vos restes dans une ferme des corps ou les prêter à l'entraînement de chiens détecteurs de cadavres. Si rien de tout ça ne vous convient, croisez les doigts pour que l'Urban Death Project de l'architecte Katrina Spade voie le jour. Grace à lui, vous pourrez peut-être faire transformer votre enveloppe mortelle en compost.

L'objectif de l'Urban Death Project est de faire ouvrir des "centres de recomposition" au sein desquels les dépouilles humaines seront transformées en engrais naturel. Katrina Spade a imaginé ces bâtiments hauts d'une quinzaine de mètres comme des transformateurs verticaux. Dix jours après la mort tout au plus, le corps est placé en haut du centre de recomposition sur un lit de copeaux de bois. Les proches rendent un ultime hommage au mort, le recouvrent d'une couche de sciure et referment la trappe au fond de laquelle il a été placé. Dès lors, la transformation commence. Le processus de décomposition est favorisé par des ouvertures percées dans les parois du bâtiment : grâce à elles, la dépouille peut être aérée par des ventilateurs et aspergée d'une solution aqueuse sucrée. Très vite, le cadavre se désagrège et s'enfonce dans les copeaux de bois sur lesquels ils repose. Quatre à six semaines plus tard, il finit sa course au rez-de-chaussée du centre de recomposition sous la forme de compost.

Un prototype de centre de recomposition. Image via Wired

Si tout se passe bien, le premier centre de recomposition de Katrina Spade ouvrira ses portes du côté de Seattle en 2023. L'architecte estime que trente à soixante corps pourront y être placés simultanément et que chacun d'entre eux produira près d'un mètre cube de compost moyennant 2 500 dollars de frais d'obsèques. Bien sûr, toutes ces dépouilles risquent de se mêler les unes aux autres au cours de leur traversée. Qu'importe, répond la jeune femme : "Ce qui est magique, c'est que nous cessons d'être humains au cours du processus, a-t-elle expliqué au magazine en ligne Wired. Nos molécules se réorganisent en d'autres molécules". Malheureusement, l'engrais obtenu à l'issue de cette transformation devra sans doute être utilisé avec précaution. La contamination aux métaux lourds et la résistance au compostage de certains agents pathogènes sont des menaces bien réelles, rappelait le New York Times en 2015. Après tout, que préférez-vous ? Manger des tomates nourries par les restes de votre grand-mère ou prendre soin du parterre de fleurs qu'ils auront permis de faire pousser ? A vous de voir. Au pire, la dalle de marbre gris est toujours très à la mode.