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Il est désormais possible d'imprimer en 3D les artefacts détruits par Daech

L'histoire se répète, encore une fois.
18.2.16
Image : Andy Wood

L'année dernière, des combattants de Daech ont mis à sac le musée de Mossoul, en Irak, à l'aide de marteaux et de perceuses. Ils étaient là dans un but précis : détruire les artefacts millénaires d'une valeur inestimable qui y étaient stockés. Hélas, ils ont réussi leur coup.

Désormais, n'importe qui possèdant à la fois une connexion Internet et une imprimante 3D peut répliquer les statues sacagées par Daech, grâce à l'artiste et militante iranienne Morehshin Allahyari. Durant ces derniers mois, Allahyari a travaillé à modéliser les oeuvres d'art détruites ou endommagées afin de les imprimer en 3D sous forme de figurines en plastique.

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La semaine dernière, elle a dévoilé pour la première fois sa collection de modèles, intitulée "Spéculation matérielle," au Trinity Square Video de Toronto, un espace consacré à l'art numérique et à la technologie. Ce lundi, Allahyari a uploadé le premier blueprint de la série sur Internet. Les autres suivront bientôt, quand elle aura trouvé un musée capable d'archiver les fichiers numériques selon ses souhaits. Il serait quand même dommage que ces modèles soient perdus une seconde fois à cause d'une erreur technique. "Je suis persuadée que plus le nombre de gens qui a accès à ces informations est grand, moins l'histoire risque d'être oubliée," explique-t-elle. "Si les blueprints sont téléchargés en masse et conservés sur des milliers d'ordinateurs de par le monde, même si les modèles ne sont jamais imprimés, l'histoire que Daech a tenté d'occulter sera préservée, renforcée."

Image: Andy Wood

Les figurines sont basées sur les modèles 3D d'une sélection de statues ; ces modèles ont été réalisés à l'aide de photographies, dont les informations manquantes ont été complétées par des logiciels appropriés. Une tâche longue et ardue, selon Allahyari, car si certaines statues ont été photographiées des centaines de fois avant leur destruction, d'autres sont peu documentées. Dans chaque statue exhibée par l'artiste se trouve une clé USB contenant l'ensemble de ses recherches sur l'oeuvre, ainsi qu'un blueprint. Il faut bien sûr creuser la statue avant de pouvoir la retirer. Les visiteurs de l'exposition peuvent également brancher leurs clés USB dans des ports insérés dans les murs du bâtiment afin de récupérer les fichiers en question.

En dépit de tous ses efforts pour diffuser les artefacts anciens auprès du public sous forme d'impressions 3D, Allahyari explique qu'elle n'est pas une fanatique de l'impression 3D, le genre de personne convaincu qu'il faut désormais tout imprimer en 3D jusqu'aux maisons et aux bâtiments publics. Elle a seulement trouvé là un outil commode pour diffuser des éléments historiques qui lui semblent essentiels.

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"Je ne fais pas la publicité de l'impression 3D, je demande seulement aux gens de l'utiliser d'une façon créative, qui apporte quelque chose de plus que ce que nous avons déjà. Il n'y a pas grand intérêt, en soi, à imprimer un cube en 3D. Cela contribue seulement à nous encombrer de quelque chose dont nous n'avons pas besoin, et nous sommes déjà entourés de bibelots inutiles," ajoute Allahyari. "Je pense que ce projet montre qu'il est possible d'utiliser l'impression 3D à des fins politiques. Le design, ça va cinq minutes."

Image: Andy Wood

Pourtant, utiliser l'impression 3D comme outil dans un but militant présente quelques paradoxes. D'une part, Allahyari utilise du plastique pour combattre Daech ; comme chacun le sait, le plastique est fabriqué à partir de pétrole, une source de revenus essentielle du groupe terroriste. D'autre part, l'imprimante 3D n'est pas exactement un joujou que l'on retrouve dans toutes les classes sociales. Elle est plutôt réservée aux classes supérieures de la population, ou du moins aux personnes possédant un accès aux institutions qui en prêtent. Allahyari dit qu'elle se contente, pour le moment, d'essayer de "déconstruire" ces paradoxes.

"La plupart des projets qui mettent en valeur les cultures du Moyen-Orient sont en fait portés par des start-ups qui s'amusent à aller scanner des oeuvres à droite et à gauche au Moyen-Orient ou en Afrique, sans que l'on sache vraiment où vont ces fichiers et qui les possède," explique-t-elle. "Je pense que cette nouvelle technologie soulève un gros problème : sommes-nous de nouveau colonisés, de manière numérique cette fois ?"

Il est très difficile de préserver l'ancien monde avec les outils du nouveau. Des outils, qui, en dépit de leurs promesses futuristes, nous posent de nombreux problèmes éthiques.