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Interview

10 questions que vous avez toujours voulu poser à une autiste

« Un jour, l'un de mes ex m'a dit qu'il m'aimait pour la première fois. Je lui ai répondu : “Je vais y réfléchir.” »

par VICE Staff
04 Septembre 2017, 4:15am

Photos fournies par Marlies Hübner

Pendant de longues années, Marlies Hübner s'est engueulée avec tout un tas de gens sans vraiment le vouloir. Elle finissait toujours par dire quelque chose de méchant sans s'en rendre compte. Vers 25 ans, elle en a eu marre et a consulté plusieurs spécialistes, qui lui ont appris qu'elle souffrait de « troubles du spectre autistique ».

Aujourd'hui âgée de 33 ans, elle fait face à un trouble du développement qui toucherait plus de 400 000 Français. Elle a décidé d'évoquer directement cette question dans ses mémoires, intitulés Verstörungstheorien – car, oui, Marlies est autrichienne. Après nous avoir expliqué à quel point il pouvait lui être difficile de discuter avec quelqu'un au téléphone – « Quand est-ce que je suis censée parler ? » – elle a choisi d'échanger avec nous par e-mail. Voici ce qu'elle nous a écrit.

VICE : T'est-il difficile de nouer des relations amicales ?
Marlies Hübner : Oui, tout à fait. En fait, je n'ai jamais compris comment les gens parvenaient à se « rencontrer ». Après s'être croisés pour la première fois, comment font-ils pour passer d'étrangers à amis ? Quand êtes-vous supposé prendre des nouvelles ? Et pour dire quoi ? Les gens que je côtoie sont toujours très francs à mon égard, ce qui est très important pour moi. Je n'arrive jamais à comprendre quand quelqu'un me ment, ou me dissimule quelque chose.

Tu ne comprends donc pas l'ironie ?
Je ne suis jamais sûre d'avoir affaire à de l'ironie. Il me faut du temps pour connaître les gens et être en mesure de comprendre que telle ou telle personne est ironique. Quoi qu'il en soit, je ne cherche jamais à dissimuler mon autisme. Quand je ne suis pas sûre, je pose des questions.

As-tu du mal à comprendre l'humour d'autrui ?
Tu sais, les autistes sont des gens aussi marrants que les autres. La seule chose que je ne sais pas faire, c'est faire semblant d'apprécier une blague qui se révèle nulle. Pour résumer ma situation, je pourrais dire que j'ai un peu de mal à comprendre comment les gens fonctionnent.

T'arrive-t-il de « suranalyser » des situations ?
Mes pensées sont en général très « intenses » – elles m'empêchent souvent d'agir, d'ailleurs. Un jour, l'un de mes ex m'a dit qu'il m'aimait pour la première fois. Je lui ai répondu : « Je vais y réfléchir. » Forcément, ça étonne la personne en face. En réalité, il me fallait réfléchir à un tas de facteurs : savoir si je ressentais la même chose, comment je pouvais répondre, s'il était logique d'être amoureux au bout de X mois, s'il était risqué de dire une telle chose, si je serais en mesure de revenir sur cette déclaration une semaine plus tard, etc. Ça fait beaucoup d'éléments, sachant que ce mec attendait une réponse en face de moi.

Être amoureuse est-il si compliqué que cela ?
Je ne parle qu'en mon nom, mais je dirais que non. La seule différence réside dans notre façon de communiquer avec notre partenaire. De mon côté, je m'en tiens souvent aux faits, et je suis toujours honnête et directe.

Es-tu déjà sortie avec quelqu'un sans lui dire que tu étais autiste ?
Non, pourquoi le ferais-je ? Je n'ai pas à le cacher, et ça permet de dégager les idiots.

Est-il impossible de déceler un trouble autistique en discutant avec quelqu'un ?
C'est parfois très difficile à déceler. Ça peut être quelque chose de très léger : du genre, une absence de contact visuel. Parfois, c'est plus évident : la personne va beaucoup trop parler, ou se taire pendant de longues minutes.

Souffres-tu de troubles obsessionnels compulsifs en parallèle ?
Non, pas vraiment – même si je déteste quand des gens prennent des livres à un endroit et les reposent à un autre. Ça me met mal à l'aise. Pour moi, certaines choses doivent être faites d'une manière précise. J'arrange mes livres et mes couverts d'une manière précise. Ça me donne l'illusion de la sécurité, et ça me fait du bien.

T'arrive-t-il de croiser des gens qui pensent que tu es comme le héros de Rain Man – un être aux capacités intellectuelles extraordinaires ?
Pas vraiment. Je ne suis pas plus intelligente que la moyenne. Après, les autistes ont la capacité à intégrer beaucoup d'informations très rapidement lorsqu'ils sont intéressés – c'est pour cela que certaines personnes pensent que nous sommes très intelligents.

Vis-tu dans ton propre monde ?
Non. Je suis parfaitement consciente de mon environnement, et des gens qui évoluent à l'intérieur.

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