Culture

William Friedkin : « Le mal est là, tapi en chacun de nous »

Le réalisateur de « L’Exorciste » et « Sorcerer » nous a parlé de sa part d’ombre, de ses nouveaux projets et de l’état désastreux de l’industrie cinématographique.

par Lelo Jimmy Batista; photos William Lacalmontie
11 Octobre 2017, 5:15am

Photo : William Lacalmontie pour VICE

« Messieurs, vous êtes ma dernière interview de la journée, j'ai donc tout le temps de discuter avec vous. Gardez tout de même un œil sur l'heure, je ne voudrais pas que vous ratiez votre train. »

Impeccablement coiffé, une main suspendue dans le vide comme s'il était constamment sur le point de donner une consigne ou de demander des éclaircissements, William Friedkin ressemble, avec son anorak et son pantalon remonté 20 centimètres au-dessus du nombril, aux retraités flegmatiques qui cancanent dans les tascas lisboètes ou à ces vieux renards de la Petite Italie de Montréal, capables de soliloquer des journées entières devant un guéridon où s'empilent les tasses d'espresso vides.

À 82 ans, le réalisateur semble détendu, souriant – ravi, en tout cas, d'être au Festival Européen du Film de Strasbourg, où, invité pour une master class, il est venu seul, sans équipe ni assistant, et a spontanément proposé au festival de présenter tous ses films diffusés pour l'occasion, de French Connection à Killer Joe en passant L'Exorciste, Sorcerer, Cruising et Police Fédérale Los Angeles.

Mais une fois l'entretien commencé, très vite, le brouillard rentre. William Friedkin a beau avoir une exceptionnelle qualité d'écoute – aucune allusion ne lui échappe – et être incroyablement vif et précis dans ses réponses, il donne cette impression étrange de ne pas être tout à fait là, comme si son esprit était plongé dans quelque surnaturelle réminiscence. On est alors face à Friedkin, la chose insaisissable, ce personnage à l'histoire trouble, pleine de tumultes et de secrets, ce type qui, en 55 ans de carrière, a réussi à ne quasiment rien dévoiler de lui – Friedkin Connection, son autobiographie, en est une parfaite illustration : 600 pages où à peu près tout est évoqué mais où l'on n'apprend strictement rien.

Il faut se faire à cette idée : le mystère Friedkin ne sera sans doute jamais levé. Pire, il risque de gagner encore en épaisseur avec The Devil and Father Amorth, son 20e film, qui s'apprête à débarquer sur Netflix et dans quelques salles à travers le monde, et qui a pour sujet un exorciste – un vrai, cette fois. Après une heure passée en compagnie du réalisateur, on repart avec l'impression assez déroutante d'en savoir enfin un peu plus et toujours un peu moins sur William Friedkin. « Le Mal est là, tapi en chacun de nous », dira-t-il, à un moment de l'interview. Pendant un instant, on jurerait l'avoir vu, tenu entre ses mains. Et puis, comme toujours, il a filé.

Photo : William Lacalmontie pour VICE

VICE : Je voudrais tout d'abord parler de votre dernier film, The Devil And Father Amorth, que je n'ai malheureusement pas encore vu, étant donné qu'il n'a été diffusé, à ce jour, qu'une seule fois, au festival de Venise.
William Friedkin : Oui, je ne l'ai montré qu'à Venise pour le moment. Mais il sortira en novembre, dans quelques salles, pas beaucoup, et en VOD un peu partout. Il sera ensuite disponible sur Netflix, pendant un an. Et il y aura, plus tard un Blu-Ray et un DVD, et très probablement de nombreuses versions pirates sur YouTube ou ailleurs, dans l'intervalle.

Comment a démarré ce projet ?
Je connaissais le travail du père Amorth, qui est un père paulin, de l'ordre de Saint-Paul-Premier-Ermite, mais qui est surtout l'exorciste du diocèse de Rome et une personnalité religieuse très connue dans le monde.

Grâce à ses nombreux livres, notamment.
Tout à fait. Dans son premier livre, il y a un passage où il parle de moi et de mon film [ L'Exorciste]. Il y raconte que les effets spéciaux sont impressionnants et que le film a permis aux gens, partout dans le monde, de comprendre son travail. Ce qui était une bonne chose pour lui car l'exorcisme est une pratique qui a toujours été très controversée, y compris au sein même du Vatican – même si on m'a dit que le Pape François y croyait énormément. J'ai eu la chance, un peu par hasard, de rencontrer le père Amorth, et il s'est avéré qu'il avait, lui aussi, très envie de s'entretenir avec moi. On s'est retrouvés chez lui, à Rome et j'ai trouvé que c'était un homme absolument extraordinaire. Il m'a permis d'assister à l'un de ses exorcismes. Et, un peu au culot je dois l'avouer, je lui ai demandé s'il me laisserait le filmer dans son travail. Il a accepté à condition qu'il n'y ait aucune équipe technique. Pas d'éclairages, pas de prises de son, juste moi avec une petite caméra digitale, une Sony A7, qui m'a permis de tourner à un mètre de lui et de la femme qu'il devait exorciser.

J'ai lu que vous avez, par la suite, montré ces images à des scientifiques aux États-Unis.
Oui, des neurochirurgiens et des psychiatres, principalement.

Qu'en ont-ils pensé ?
Aucun n'a compris de quoi souffrait cette femme. Aucun n'a estimé qu'une opération aurait pu la sauver. Contrairement aux médecins, les psychiatres reconnaissent aujourd'hui l'exorcisme, grâce, justement, au travail du père Amorth. Un groupe de psychiatres italiens a eu accès aux archives du père Amorth, à ses nombreux exorcismes, et ils en ont tiré un article qui a permis à la possession et à l'exorcisme d'entrer dans le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux, qui est l'ouvrage de référence mondial en matière de psychiatrie. Il est désormais admis qu'une personne puisse être considérée comme possédée. Il n'y a plus de déni, plus de refus. Bien sûr, il y a l'aspect religieux. Quand on pense qu'on est possédé, ça implique généralement qu'on est catholique. Un juif ou un musulman ne croiront pas qu'ils sont possédés. Mais c'est possible, car les cas de possessions sont multiples et que chaque religion a ses esprits. Ce sera en revanche plus dur avec une personne athée. Un athée se rendra dans un institut psychiatrique mais il n'ira pas plus loin. Il n'ira pas voir un prêtre.

Photo : William Lacalmontie pour VICE

Quelle est votre position, à vous ?
Je me dis que tout est possible. On ne sait rien. On ne sait rien sur les vérités éternelles. Elles ne nous ont pas été révélées. On sait comment dépenser de l'argent, écrire des livres, prendre des photos ou faire tourner une usine. Mais on ne sait rien des mystères éternels. Personne ne sait rien, même les plus grands philosophes ont vécu dans l'ignorance à ce sujet. Tout ce qu'on peut avoir, ce sont des opinions, des avis subjectifs. J'ai lu des textes brillants écrits par des croyants, comme Les Confessions de Saint Augustin, qui est un des plus beaux livres religieux qui existe. Et j'ai lu des textes brillants écrits par des athées, comme ceux de Christopher Hitchens, qui a écrit une tribune très virulente contre Mère Teresa au moment de sa canonisation par le Vatican. Je ne suis pas d'accord avec ce qu'il dit, mais c'est un texte puissant et extrêmement bien écrit.

Quand avez-vous commencé à vous intéresser à ces phénomènes ? Je me demandais par exemple si vous aviez vu ce film de Brunello Rondi, Il Demonio, sorti en 1963. Un ami me l'a montré pas plus tard qu'hier, en apprenant que j'allais vous interviewer.
Non, je ne l'ai jamais vu.

C'est l'histoire d'une jeune femme possédée dans l'Italie rurale des années 1960. C'est un mélange de cinéma réaliste italien et de cinéma fantastique et on y trouve beaucoup de similitudes avec L'Exorciste, notamment une scène où le personnage principal, Purif, interprétée par Daliah Lavi, marche à l'envers, sur les mains, comme Regan dans la fameuse scène coupée de votre film.
Voilà qui est extrêmement intéressant et intrigant. Je connais Brunello Rondi, il écrivait pour Fellini, je crois.

Oui, le scénario de 8 1/2, notamment.
Le film s'appelle comment ? Il Demonio ?

Il Demonio en italien, The Demon en anglais [ en France, le film a été retitré Le Démon dans la Chair].
Il faut absolument que je voie ça. Je n'en avais jamais entendu parler. Et c'est Brunello Rondi qui réalise ? C'est fabuleux. Je vais noter ça et tenter de le voir au plus vite. Merci de m'en avoir parlé, vraiment.

« Ce que les gens pensent de mes films, ça ne m'intéresse pas. C'est ce qui m'intéresse moi qui importe. »

Dans une interview que vous avez donnée en France au magazine Starfix en 1988, au moment de la sortie de Sang du Châtiment, vous avez dit cette phrase qui m'a marqué. Le journaliste vous avait demandé pourquoi vous continuiez à faire des films et vous avez répondu : « À cause de ce chien noir qui est au-dessus de ma tête et qui me surveille. »
[ Sourire] Je pense que tout le monde a ce gros chien noir au-dessus de lui qui le surveille en permanence et qu'il a un autre nom : c'est la dépression. Et j'ai souvent eu affaire à la dépression, comme la plupart des gens de mon entourage d'ailleurs. Parfois, cette dépression me donne la force et l'énergie. Mais la plupart du temps, elle me maintient à terre, m'empêche d'avancer.

Et comment combattez-vous cette dépression ?
En travaillant. Quand je travaille, je me sens moins déprimé. Mais pour avoir envie de travailler, il faut que je sois réellement motivé. Et pour être réellement motivé, il me faut un sujet qui me passionne, qui me passionne complètement. Je ne veux pas faire des films pour faire des films.

Cette motivation, vous la sentez ces temps-ci chez d'autres réalisateurs ?
Non. Enfin, il y en a quelques-uns… Mais trop peu.

Il y a au moins Guillermo Del Toro, j'ai vu que vous l'aviez récemment félicité pour son nouveau film, The Shape Of Water.
Il fait partie des exceptions. C'est un réalisateur très intéressant. Récemment, j'ai beaucoup aimé le nouveau film de George Clooney, Suburbicon, qui a été écrit par les frères Coen. J'adore les frères Coen, j'aime tout ce qu'ils font, je les trouve incroyables. Les frères Safdie viennent de sortir un film que j'ai beaucoup aimé aussi, Good Time. Au singulier, attention. Good Times, c'est un film à moi, avec Sony & Cher, et c'est une merde finie. Sinon, Baby Driver d'Edgar Wright m'a beaucoup plu également.

Vous vous êtes souvent présenté, y compris dans votre autobiographie, Friedkin Connection, comme un « esprit subversif ». Vous pensez qu'il y a encore de la place pour des « esprits subversifs » dans le cinéma en 2017 ?
Il est très difficile aujourd'hui de réaliser des œuvres personnelles, surtout aux États-Unis. Hollywood ne produit plus que des films de super-héros, et la raison pour laquelle ces films sont produits, c'est parce que c'est ce que le public demande. Aux États-Unis et dans le reste du monde. Quand j'ai commencé à faire des films, il y avait une plus grande marge de manœuvre, on pouvait expérimenter, prendre le risque de ne pas plaire, de ne pas s'adresser au plus grand nombre. Aujourd'hui, il y a beaucoup moins de liberté. Et les gens vous tombent dessus immédiatement si vous sortez du rang. Par exemple, j'ai vu Mother! de Darren Aronofsky au festival de Venise. C'est un film très osé, qui tente vraiment autre chose, qui plus est avec une énorme star dans le premier rôle, Jennifer Lawrence. Ça ne laisse pas de place à la demi-mesure. Soit les gens adorent, soit ils détestent. Et de toute ma vie, je n'ai jamais vu autant de haine dirigée contre un film. Je trouve que ce que Darren Aronofsky a fait est courageux. C'est un réalisateur compétent et déterminé et je n'en vois pas beaucoup ces temps-ci. C'est triste à dire, mais Mother! aurait sans doute été mieux reçu s'il était sorti dans les années 1970.

Photo : William Lacalmontie pour VICE

Certains de vos films ont également été mal reçus ou mal compris à leur sortie. Je pense notamment à Sorcerer ou au Sang du Châtiment.
Bien sûr, mais la différence c'est qu'à l'époque, on n'avait pas à se préoccuper de ça. « Vous n'avez pas compris mon film ? Allez vous faire foutre ! » Ce que les gens pensent de mes films, ça ne m'intéresse pas. C'est ce qui m'intéresse moi qui importe. Parce qu'ensuite je vais devoir intéresser celui qui va produire le film, celui qui va me donner l'argent pour le faire. C'est un pari. On ne sait jamais à l'avance si ça va fonctionner. Tous les studios hollywoodiens ont refusé Star Wars. Tous. Et 20th Century Fox a fini par l'accepter, à contrecœur. Ils n'y croyaient tellement pas qu'ils ont donné à George Lucas les droits sur les suites et sur les produits dérivés. Des droits qui valent aujourd'hui des MILLIARDS ! Si quelqu'un avait vraiment cru en Star Wars, il n'aurait JAMAIS donné ces droits à Lucas. Et Lucas aurait accepté quand même, il aurait accepté n'importe quel deal parce que PERSONNE ne voulait de son film.

Parmi vos films, y'en a-t-il un qui, selon vous, aurait mérité une seconde chance ?
Sorcerer. Je le considère comme mon meilleur film. Ou tout du moins comme celui qui est le plus proche de ce que j'avais en tête, de ce que je cherchais à matérialiser. Je suis très content de sa récente restauration en HD. Cette version colle quasiment à 100 % à ma vision initiale. Notamment grâce au travail qui a été fait sur les couleurs. Il était impossible de restituer certaines couleurs en 35mm, elles étaient trop délavées. Mais la HD a permis de corriger ça. Avec les anciens procédés Technicolor, on y serait arrivés, mais la technologie a changé et, au moment où on a tourné Sorcerer, le 35mm était beaucoup moins fiable. Je considère la HD comme une avancée technologique remarquable. Elle permet une restitution parfaite des couleurs.

« Si j'avais 20 ans aujourd'hui, je ne perdrais pas mon temps dans une école de cinéma. Je n'y suis jamais allé et je pense que personne n'a besoin d'y aller. Prenez une caméra, tournez une histoire à laquelle vous croyez, rentrez chez vous et montez-la. »

Vous avez restauré une grande partie de vos films en HD.
Oui, en plus de Sorcerer, j'ai également fait Cruising, L'Exorciste, French Connection et Police Fédérale Los Angeles. J'aimerais beaucoup faire The Boys In The Band également. On ne le dit pas assez, mais la HD est une véritable révolution. Le 35mm est fini. Mort et enterré ! Bien sûr, certains réalisateurs continuent à l'utiliser. Mais pour moi, utiliser le 35mm aujourd'hui, c'est comme de se déplacer avec une carriole tirée par des chevaux quand on peut conduire une voiture ! Le 35mm ne sert plus à rien, c'est un truc de fétichiste. Vous voulez tourner un film ? Rien de plus simple : achetez une petite caméra digitale, sur laquelle vous pouvez brancher un bon micro, sortez et tournez votre film, votre clip, votre court-métrage ou ce que vous voulez, puis importez les images dans votre ordinateur, montez-les et postez votre film sur un site où les gens pourront le voir, comme YouTube. Et peut-être que quelqu'un qui travaille dans l'industrie cinématographique verra votre film, qu'il l'aimera et qu'il vous proposera d'en faire d'autres !

Si j'avais 20 ans aujourd'hui, je ne perdrais pas mon temps dans une école de cinéma. Je n'y suis jamais allé et je pense que personne n'a besoin d'y aller. Prenez une caméra, tournez une histoire à laquelle vous croyez, une histoire que vous aimez, rentrez chez vous et montez-la. Dans les années 1960, c'était impossible de faire ça. Il fallait gravir les échelons, petit à petit. On commençait à la télévision, pour la plupart. C'est là où John Frankenheimer a démarré, idem pour Sidney Lumet, Franklin J. Schaffner et la plupart des grands réalisateurs américains de cette époque. En France, beaucoup de réalisateurs ont d'abord été critiques, journalistes, aux Cahiers du Cinéma. Et un jour, ils en ont eu marre de critiquer et d'analyser des films, ils ont récupéré de la pellicule 35mm non-utilisée provenant de gros tournages, ils ont loué des caméras et ils ont tourné leurs films. C'est ce qu'a fait Jean-Luc Godard. Et ses films ne ressemblaient à rien de connu !

Aujourd'hui, on peut commencer directement, sans attendre. On a le matériel pour ça ! Il y a des réalisateurs confirmés qui tournent avec juste un iPhone, un bon objectif et un bon micro, rien de plus. Et leurs films sont techniquement parfaits. J'ai fait The Devil and Father Amorth avec une Sony A7, une GoPro et un iPhone. Et une caméra professionnelle pour les interviews, une Red. Mais c'était par pur confort, j'aurais pu tout faire avec les petites caméras digitales. Le rendu est aussi bon. Et quand vous rentrez les images dans votre ordinateur, vous pouvez régler les couleurs, rattraper les écarts à l'étalonnage, pas de soucis ! Quand j'ai commencé, je n'avais pas de caméra, personne n'en avait, personne n'avait les moyens de s'offrir une caméra 35mm. Mais aujourd'hui, tout le monde peut se payer une petite caméra et tourner des images avec une qualité optimale.

Vous avez toujours affectionné les personnages extrêmement ambigus dans vos films : Richard Chance et Eric Masters dans Police Fédérale Los Angeles, Killer Joe Cooper dans Killer Joe, les quatre protagonistes de Sorcerer, le tueur en série du Sang du Châtiment… Y'a-t-il des personnages ou des acteurs qui vous ont inspiré dans le domaine ?
Oui. Javier Bardem dans No Country For Old Men. C'est un des personnages les plus sinistres et malfaisants que j'aie jamais vu dans un film. Voyons, qui d'autre… Pas Anthony Hopkins, c'est certain. J'aime le personnage de Bardem parce que j'y crois. Je ne crois pas une seconde en revanche à Hannibal Lecter, à cette idée d'un serial-killer fin gourmet, qui cuisine des sauces très sophistiquées, connaît tous les grands vins et a un goût prononcé pour l'art. Les meurtriers sont, pour l'essentiel, des dégénérés. James Cagney, voilà un grand acteur qui savait donner corps à des personnages malsains et ambigus ! Il est exceptionnel dans White Heat. En France, il y avait Lino Ventura, que j'adorais. Un acteur qui pouvait incarner le bien et le mal à la fois, dans un seul et même personnage. J'ai bien connu Lino et j'aurais adoré travailler avec lui. Mais il n'y a pas de personnage ou d'acteur idéal, chacun a sa particularité… Le seul qui a pu incarner le mal absolu, à la perfection, c'est Adolf Hitler ! Lui, il était au-dessus de tout le monde. Je pense toutefois que nous sommes tous concernés par cet équilibre, cette dualité, entre bien et mal. On arrive à le contrôler, la plupart du temps. Mais il suffit d'être confronté à une situation inhabituelle pour que cet équilibre vacille. Imaginons par exemple que survienne un énorme tremblement de terre ou une tempête. Certaines personnes iront porter secours aux blessés. D'autres iront dévaliser les maisons, les cadavres. Le mal est là, tapi en chacun de nous.

Vous l'avez déjà expérimenté ?
Oui, quand j'étais plus jeune. J'ai ressenti le désir de tuer. J'ai eu envie de tuer quelqu'un. Je comprends pourquoi certains passent à l'acte. J'ai connu cette sensation, moi aussi. Et j'ai failli y succomber. Je suis passé très près de tuer un type à l'âge de 13 ans.

Qu'est-ce qui vous en a empêché ?
La main de Dieu. Sans ça, j'aurais franchi le pas.

Lelo Jimmy Batista est le rédacteur en chef de Noisey.

William Lacalmontie est parfois sur VICE mais surtout sur Noisey.

Remerciements spéciaux à Lucie de Dark Star Presse, au Festival Européen du Film de Strasbourg, à Clovis Goux et à Fred Travert.