Zika et relations sexuelles : l'OMS recommande 8 semaines d'abstinence ou de relations protégées

Si la période recommandée d’abstinence ou de sexe protégé a doublé pour passer de 4 à 8 semaines, c’est parce que le virus persiste plus longtemps que prévu dans le sang et d’autres fluides corporels.

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01 Juin 2016, 10:26am

Photo via Salvatore Di Nolfi/EPA

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a multiplié par deux la période d'abstinence sexuelle, ou du moins de relations sexuelles non-protégées, recommandée pour les personnes qui reviennent de régions où le virus Zika fait rage.

Ces nouvelles recommandations surviennent trois jours après le refus de l'OMS de suivre l'avis de certains experts qui souhaitaient reporter les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro, du fait de la prévalence du virus dans la ville brésilienne.

Le virus transmis par les moustiques est lié à de sérieuses malformations de nouveau-nés. Il peut se transmettre par voie sexuelle.

L'OMS avait précédemment conseillé, à ceux qui reviennent d'un pays où le virus est présent, de faire preuve de la plus grande précaution en matière de rapports sexuels — et ce pendant 4 semaines.

Si la période d'abstinence — ou du moins de précaution — a doublé pour passer à 8 semaines, c'est que des scientifiques se sont aperçus que le virus persiste plus longtemps que prévu dans le sang et d'autres fluides corporels, a indiqué le porte-parole de l'OMS, Christian Lindmeier. Il a ajouté que la période d'abstinence ou de sexe protégé devrait être de 6 mois pour un couple qui souhaite un enfant, si le partenaire masculin présente des symptômes du virus Zika.

Les nouvelles règles à suivre « reflètent ce que nous avons appris du Zika et de ses complications, » a dit Lindmeier.

Interrogé sur l'influence de ces nouvelles règles au Brésil, où le virus est apparu pour la première fois il y a un an, Lindmeier a indiqué que « notre conseil est de différer les grossesses, bien que cela soit compliqué pour certaines populations. »

Le porte-parole a aussi précisé que les spécialistes étudiaient encore combien de temps le virus peut être tracé dans la salive. Mais ces tests se sont révélés peu concluants pour le moment.

Samedi dernier, une centaine d'experts avait enjoint l'OMS de reporter les JO de Rio ou de les délocaliser à cause de la menace posée par l'épidémie de Zika. Dans une lettre publique, les experts en santé publique, dont de nombreux bioéthiciens, ont assuré que le risque d'infection du virus était trop élevé pour les JO se déroulent sans danger.

La lettre, envoyée à la directrice générale de l'OMS Margaret Chan, propose que les Jeux soient reportés ou délocalisés.

« Cela crée un risque non-nécessaire que de faire venir 500 000 touristes étrangers, qui risquent d'être contaminés par le virus, de le ramener dans leur pays d'origine, et de [le rendre] endémique, » peut-on lire dans la lettre.

Mais l'OMS a refusé cette possibilité, arguant que le virus est présent dans des dizaines d'autres pays et que les gens continuent de se s'y rendre pour un ensemble de raisons.

« D'après les données actuelles, le virus circule dans près de 60 pays dans le monde et 39 sur les deux continents américains. Il n'y a pas de raison de santé publique de reporter ou d'annuler les Jeux, » a déclaré l'OMS dans un communiqué. « La meilleure manière de réduire les risques est de suivre à la lettre les conseils de santé publique délivrés aux voyageurs. »

L'un des signataires de la lettre, le spécialiste des lésions cérébrales, le Dr Ford Vox, a estimé que la décision de l'OMS était « défaitiste, déprimante, et un peu hâtive » estimant que l'organisation internationale n'avait pas sérieusement examiné leur demande.

Le comité international olympique (CIO) s'est ensuite invité dans le débat estimant que l'OMS a répondu à la lettre sans consulter le CIO. Le corps olympique a aussi mis fin à toute rumeur voulant que l'OMS et le CIO partagent un protocole d'accord « secret ».

Le CIO a précisé suivre l'évolution et le développement de Zika avec l'OMS, afin d'ajuster les normes et conseils, mais a répété à l'envi que le virus ne fait pas courir de menace sur les Jeux.

La communauté scientifique est divisée sur la menace Zika à cause des Jeux de Rio. De nombreux experts estiment que l'appel pour un report ou une délocalisation est injustifié.

« Nous vivons dans un monde terriblement interconnecté. Les échanges et voyages à travers le monde sont autant d'activités quotidiennes qui donnent à Zika l'opportunité de se propager, » explique Jonathan Ball, professeur de virologie moléculaire à l'université de Nottingham (Grande-Bretagne). « En comparaison avec cette routine quotidienne, le risque posé par les JO est une goutte d'eau dans l'océan. »

Avant les recommandations de ce début de semaine, l'OMS avait déjà demandé aux femmes enceintes de ne pas se rendre dans les zones où le virus est présent, dont Rio de Janeiro. L'OMS a aussi demandé à tout le monde de porter des manches longues, d'utiliser de l'anti-moustique, et d'avoir des relations sexuelles sans risque.

Le comité des JO de Rio a annoncé la semaine dernière que 450 000 préservatifs seront distribués au cours de l'olympiade — soit trois fois plus qu'au cours des derniers JO d'été, à Londres en 2012.


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