Une autre catastrophe s’annonce en Syrie, elle est environnementale

Un rapport s’alarme des conséquences environnementales et sanitaires à long terme de la guerre civile et critique le manque d’attention porté par la communauté internationale sur ce problème.

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06 Novembre 2015, 4:35pm

Photo par Hosam Katan/Reuters

Les destructions colossales d'infrastructures causées par la guerre civile en Syrie, ainsi que les années passées à utiliser des munitions et à jeter des armes, tout cela va certainement constituer un héritage pesant et dangereux pour le pays. Un héritage qui pourrait rendre ses citoyens malades pendant plusieurs années. C'est ce que dénoncent de nouvelles recherches.

Dans un rapport publié ce mercredi, l'organisation néerlandaise à but non lucratif PAX affirme que le conflit aura probablement « un impact désastreux sur l'environnement et la santé publique », mais prévient que pour établir un bilan définitif, il faudra recourir à un effort commun pour retracer les destructions.

L'auteur du rapport, Wim Zwijnenburg, a rassemblé des données à distance, en utilisant des images satellites, certains rapports des Nations unies et les réseaux sociaux. La majorité du parc de logements du pays a, dit-il, été démoli. Les débris peuvent présenter des substances dangereuses, comme des métaux lourds et de l'amiante, en plus de ce qu'il reste d'explosifs et de munitions dans les décombres.

Le chercheur affirme qu'un nombre inconnu d'usines produisant des balles et des explosifs rudimentaires ont recours à des enfants pour tourner. Or ces jeunes travailleurs sont particulièrement vulnérables aux matières toxiques présentes dans ces environnements. Plus largement, les femmes enceintes sont particulièrement vulnérables aux restes toxiques de la guerre.

« Il y a eu beaucoup de problèmes de pollution à cause de l'accumulation de métaux lourds et de substances explosives, qui se répandent dans la nature », dit-il en parlant des essais militaires qu'il y a pu avoir dans les pays occidentaux. Il prédit des résultats similaires mais à une bien plus grande échelle en Syrie.

Panne totale des services environnementaux

Mais Zwijnenburg ajoute qu'il n'y a presque pas eu de collecte d'information sur les dégâts de cette guerre sur le plan environnemental. Il note que même dans le pays voisin qu'est l'Irak, les conséquences écologiques et sanitaires de l'invasion américaine — dont l'utilisation de munitions à l'uranium appauvri — étaient loin d'être compilées.

Le rapport décrit une panne totale des services environnementaux en Syrie, une absence qui selon lui pourrait mener à une pollution des eaux souterraines à long terme et au mélange entre les déchets industriels et médicaux. Les attaques ciblant des infrastructures dangereuses, des puits de pétrole et des sites industriels ont et vont certainement continuer à produire des fuites de produits chimiques, avec des conséquences imprévisibles.

Avant le début de la guerre en 2011, la grande majorité de l'industrie pharmaceutique syrienne était par exemple concentrée dans trois zones — Alep, Homs et la périphérie rurale de Damas — qui toutes trois ont été les épicentres de combats. Les frappes aériennes, qui incluent désormais les frappes russes en plus des attaques du régime et de la coalition menée par les États-Unis, pourraient continuer à répandre des polluants si elles sont dirigées vers des infrastructures comme des usines ou des centrales.

Même si la menace de pollution par la production de pétrole à petite échelle de l'organisation État islamique — et ses fréquentes destructions — est moindre que celle des incendies de puits de pétrole déclenchés pendant la première guerre du Golfe, la PAX estime que les volumes de pétrole brut contiennent potentiellement plus de substances nocives, constituant des « polluants particulièrement problématiques pour le sol et l'eau. »

Pratiquement aucune des parties impliquées dans le conflit n'a émis des inquiétudes concernant l'impact environnemental à long terme des combats.

En septembre de l'année dernière, un porte-parole du Pentagone, John Kirby, interrogé sur les dangers écologiques des frappes sur les installations de pétrole, a répondu en disant qu'il n'était « pas un spécialiste environnemental », mais il concédait la « possibilité qu'il puisse encore y avoir quelques feux de pétrole en train de brûler ».

Zwijnenburg a comparé le mélange de débris répandu à travers les zones peuplées de la Syrie à ceux des attaques du 11 Septembre à New York. Les premières personnes intervenues sur les lieux et celles qui ont creusé dans les décombres des tours du World Trade Center ont développé des problèmes de santé graves, dont des cancers.

« En Syrie, cela pourrait mener à une exposition à long terme à des particules toxiques qui font partie des débris du conflit, particulièrement les poussières fines, qui sont facilement inhalées », dit-il.

Sur un plan plus immédiat, le système de gestion des déchets a déjà mené à l'irruption de maladies, dont le choléra. Si les Syriens brûlent leurs déchets — comme ils le font dans beaucoup de situations — la fumée toxique pourrait conduire à d'autres problèmes de santé, a écrit la PAX.

Zwijnenburg explique qu'il faudrait lister les lieux représentant des dangers environnementaux : « Nous sommes essentiellement à la recherche d'un organisme de contrôle international qui pourrait collecter toutes ces informations et les diffuser », dit-il. « Rien n'a été partagé jusqu'à présent. »

Suivez Samuel Oakford sur Twitter : @samueloakford