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Crime

« C’est des conneries » : Pour Edward Snowden, le FBI sait très bien comment déverrouiller un iPhone

Le lanceur d’alerte — qui avait révélé l’étendue du programme de surveillance de la NSA — s’est immiscé dans le débat concernant l’iPhone de l’un des auteurs du massacre de San Bernardino.

par Tess Owen
10 Mars 2016, 10:30am

Photo par Gage Skidmore

Le FBI continue de dire qu'il ne peut pas accéder aux données de l'iPhone 5c de Syed Farook, l'un des tireurs de San Bernardino, tant qu'Apple n'ouvre pas une brèche dans ses protocoles de sécurité, ce que l'entreprise refuse de faire. Pourtant, des sources familières des logiciels d'Apple et du cryptage estiment que le FBI sait d'ores et déjà comment s'introduire dans ce téléphone.

Edward Snowden, le lanceur d'alerte qui avait révélé l'étendue du programme de surveillance de la NSA, s'est immiscé dans ce débat, et il ne croit pas du tout aux déclarations du FBI.

« Le FBI dit qu'Apple a "l'exclusivité des moyens techniques" pour déverrouiller ce téléphone », a déclaré Snowden ce mardi, via un appel vidéo diffusé lors d'une conférence sur la démocratie. Snowden vit à Moscou, en Russie, depuis qu'il a fui les États-Unis suite à ses révélations sur la NSA.

« Avec tout mon respect », a-t-il ajouté, « c'est des conneries ».

En février, l'équipe juridique du FBI a convaincu un juge fédéral qu'Apple devrait lui fournir un code permettant de contourner ses propres normes de sécurité ainsi que la fonction d'auto-effacement du téléphone. Cette fonction est une particularité d'Apple, destinée à protéger les données et la vie privée d'un client — un iPhone étant automatiquement remis à zéro si le mot de passe n'est pas rentré en moins de 10 tentatives. La juge Sheri Pym a indiqué qu'Apple devrait fournir une « assistance technique raisonnable » au FBI dans le cadre de l'enquête sur Farook — ce qui inclut le contournement de la fonction d'auto-effacement.

Farook et sa femme, Tashfeen Malik, avaient tué 14 personnes lors d'une attaque terroriste dans le sud de la Californie en décembre dernier. Les deux tireurs avaient été tués par la police suite à l'assaut.

Apple conteste actuellement cette décision de justice, en faisant part de ses craintes à propos de la création d'un précédent qui pourrait être cité dans de futures affaires aux États-Unis et ailleurs. Le FBI a répondu en critiquant avec virulence le manque de coopération de la part d'Apple, le qualifiant de coup marketing bas de gamme. 

Le consensus global de l'industrie technologique est contre le FBI. Pourquoi ? Voilà un exemple.

Snowden a posté ce mardi un message sur Twitter avec un lien vers un billet publié sur le site Internet de l'Union américaine des libertés civiles (ACLU) afin d'illustrer son propos. Ce billet, écrit par Daniel Kahn Gillmor, un chercheur en technologie de l'ACLU, indique que « La vérité, c'est que même si cette fonction est activée sur l'appareil en question, le FBI n'a pas à s'inquiéter, parce qu'ils peuvent déjà la contourner en sauvegardant une partie du téléphone (qui est appelée le « Stockage Effaçable ») avant d'essayer de composer le mot de passe. »

D'après Gillmor, la fonction d'auto-effacement ne fait pas vraiment disparaître tout le contenu du téléphone. À la place, elle supprime la « clé du système de dossier » qui est gardée dans le stockage effaçable de l'iPhone, un dossier enregistré sur de la mémoire flash.

« Le FBI veut que nous faire croire que cette affaire concerne seulement un téléphone, utilisé par un terroriste », a écrit Gillmor. « Mais c'est une prise de pouvoir : les forces de l'ordre font face à une dizaine d'autres affaires pour lesquelles elles adoreraient être capables de forcer les fournisseurs de logiciels et de matériel à créer, fournir et approuver des codes volontairement plus faibles. »

Dans le même temps, il semble que le FBI et la NSA — deux agences fédérales normalement créées pour travailler indépendamment l'une de l'autre — se sont apparemment rapprochés sans que personne ne s'en rende compte.

En 2014, d'après un rapport annuel publié par le Groupe de surveillance des libertés civiles et de la vie privée (PCLOB), le FBI aurait bénéficié, à l'abri des regards, d'un accès presque illimité aux fichiers de la NSA, qui contiennent un très grand nombre de metadonnées — emails internationaux, messages, appels téléphoniques. Ce groupe de surveillance avait été créé par le président américain Barack Obama suite aux révélations de Snowden, afin d'apaiser les craintes populaires concernant la surveillance de masse.

Des responsables américains ont confirmé cette coopération au journal The Guardian cette semaine. Ces règles auraient permis aux cadres du FBI de faire défiler ces données pour des enquêtes « de routine » qui n'avaient rien à voir avec la sécurité nationale, sans que les autorités ne soient tenues de communiquer ou d'enregistrer l'objet des recherches et l'identité des enquêteurs.

Le rapport annuel du PCLOB a plusieurs fois exprimé des craintes concernant le fait que le FBI a apparemment un accès illimité aux communications privées des Américains.

Toujours d'après ce rapport, la cour secrète qui gère le dispositif de surveillance aurait soumis « des révisions de procédure afin de minimiser l'accès du FBI » en réponse aux craintes du PCLOB.

« Des changements ont été apportés, sur la base des recommandations du PLCOB, mais nous ne pouvons pas commenter davantage à cause de la classification [de ces informations] », a indiqué au Guardian Christopher Allen, l'un des porte-parole du FBI.

Les détails des changements concernant l'accès du FBI aux données de la NSA n'ont pas été rendus publics. Ils devraient toutefois être communiqués d'après Timothy Barret, porte-parole du bureau des renseignements américains (NIB), même si aucune date n'est connue pour le moment.


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