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Des bombardiers américains déployés en Australie pour surveiller la Chine ? Minute papillon

Un officiel américain se serait « mal exprimé » lorsqu’il a annoncé que des bombardiers B-1 allaient être déployés en Australie. La polémique pourrait être un aperçu du futur géopolitique de l’Australie, coincée entre la Chine et les États-Unis.
18.5.15
Photo by Brett Clashman via Wikimedia Commons

Les Australiens ont appris par la voix d'un officiel du Département de la Défense américain que des bombardiers B-1 seraient déployés en Australie pour contrer l'effet « déstabilisant » de la Chine sur la région. Rapidement, la Chine s'est dite « préoccupée » par cette annonce. Le Premier ministre australien, Tony Abbott, a déclaré que l'officiel américain s'était « mal exprimé, » et le Pentagone a retiré ses commentaires et déclarations.

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« Nous allons envoyer un nombre significatif de Marines à Hawaï, Guam, et en Australie afin d'avoir une forte présence, » a expliqué David Shear, sous-secrétaire du Département de la Défense pour les questions de sécurité dans la région Asie-Pacifique, lors comité sénatorial des Affaires étrangères qui s'est tenu à Washington ce mercredi. « Nous allons aussi installer des appareils supplémentaires de l'Air Force en Australie, notamment des bombardiers B-1 et des avions de surveillance. »

Une vidéo de présentation du B-1 par son constructeur.

L'Australie est un allié militaire de longue date des États-Unis et soigne une relation économique toujours plus importante avec la Chine. Ce récent raté de communication met en lumière la difficulté de faire cohabiter ces deux impératifs pour l'Australie, comme le note l'International Business Times. Au cours des six prochaines années, les investisseurs chinois devraient injecter près de 60 milliards de dollars (53 milliards d'euros) dans le marché immobilier australien, selon une étude du Crédit Suisse.

Les États-Unis ont maintenu une garnison de Marines dans la ville de Darwin, dans le nord du pays, depuis un accord passé en 2011. Mais l'Australie n'accueillait pas de bombardiers longue-distance comme le B-1, sur du long terme.

Le ministère des Affaires étrangères chinois s'est dit, par le biais d'un porte-parole,« sérieusement préoccupé, » tout en ajoutant que la Chine « défendrait fermement sa souveraineté territoriale. »

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Dans la matinée de vendredi, le bureau du ministre de la Défense australien, Kevin Andrews, a diffusé un communiqué qui précisait qu'il était « au courant des propos tenus par un officiel américain lors d'une audience sénatoriale tenue la veille, » mais spécifiait que « le gouvernement américain nous a contacté pour nous assurer que l'officiel s'était mal exprimé. »

Cette position a pris du poids lorsque Abbott a déclaré, lors d'une conférence de presse, « Les États-Unis n'ont pas pour projet d'installer ces avions en Australie. »

L'ambassade américaine en Australie a confirmé à VICE News, par le biais d'un communiqué, que l'officiel du Pentagone s'était « mal exprimé » déclarant, « Les États-Unis n'ont pas l'intention de faire tourner des bombardiers B-1 ou des avions de surveillance en Australie. »

Le communiqué ne réfute cependant pas la potentialité de voir les bombardiers B-1 et autres avions de surveillance basés en dehors de Darwin. « Les États-Unis et l'Australie continuent d'explorer des pistes pour renforcer notre alliance et pour répondre aux challenges régionaux et mondiaux, » a déclaré un porte-parole de l'ambassade. « Les spécificités de cette future coopération doivent encore être finalisées. »

Le professeur Kerry Brown, de l'Université de Sydney, est un ancien diplomate britannique basé à Pékin. Il explique à VICE News que les remarques faites depuis Washington pourraient « trahir une idée partagée parmi les officiels américains. L'Australie est un allié si solide qu'on pense qu'elle se pliera à n'importe quel type de déploiement américain. » Il précise que les officiels américains reconnaîtraient sans mal que l'Australie est dépendante d'un point de vue commercial de la Chine.

« Des officiels plus compatissants et moins bellicistes au sein de l'administration américaine comprennent que l'Australie est dans une position régionale et géopolitique moins confortable que celle des États-Unis, » explique Brown. « On ne saura sans doute jamais si l'officiel s'est effectivement mal exprimé ou bien si cela a été rapidement repéré et glissé sous le tapis. »

« Mais en l'Australie, c'est peut-être le moment pour les responsables politiques de commencer à réfléchir à des solutions. Ces dilemmes vont être de plus en plus denses et vont se multiplier pour l'Australie. Pour éviter de se retrouver écrasée entre les deux géants, l'Australie va devoir trouver des réponses, » conclut le spécialiste.

Photo via Wikimedia Commons