Plus personne ne veut se souvenir de « Bouge ! »

Nous avons posé quelques questions à Jérôme Cornuau, réalisateur du film sur la génération Dance Machine, sorti en juin 1997, et depuis effacé de la mémoire collective française.

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04 Juillet 2017, 4:45am

12 juillet 1998. La France « black-blanc-beur » est en liesse sur les Champs-Elysées. Nous venons de gagner la Coup du Monde de football pour la première fois depuis la création du trophée en 1930. Plus qu'une simple victoire footballistique, c'est une victoire du cosmopolitisme (du moins tout le monde fait semblant de le croire) et l'expression aux 3B, « une approche qui dérange aujourd'hui », est reprise partout dans les journaux. Ce que l'on sait moins, c'est qu'elle avait déjà servi de base au scénario d'un film sorti pile un an auparavant, et que tout le monde fait aujourd'hui semblant d'avoir oublié. Le 25 juin 1997 sort dans les salles de cinéma Bouge !, un film de Jérôme Cornuau qui choisit d'immortaliser la génération Dance Machine. Et un film qui à l'époque fait peur aux Cahiers du cinéma, parfaitement :

« A priori, une fois sa projection terminée, Bouge ! devrait définitivement sortir des mémoires, tant ce film – un croisement entre Flashdance et un téléfilm type Cœur Caraïbes – ne raconte rien. Cependant le film inquiète par ses conditions de production : cette fois, la télévision, en l'occurrence M6 commanditaire et co-productrice du film, s'offre littéralement le cinéma pour un long et coûteux clip auto-promotionnel. (…) Tout cela ne serait que désespérant si, par l'effet loupe du cinéma, le film tendait à grossir la bêtise et la veulerie des trois quarts de la programmation (et de la création originale) de la chaîne : une politique musicale qu'on qualifiera au mieux de pauvre, une vision sociale des plus simplistes (le groupe finira par s'offrir son ignoble pitbull), et surtout un typage sociologique pour le moins suspect (il suffit de voir comment sont mis en scène les beurs et les blacks, évidemment rappeurs et danseurs). Bouge ! réussit l'exploit d'être en même temps un cauchemar de cinéma et de télévision. »

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