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Avec les derniers survivants du vieux Soho de Londres

Ollie Grove photographie les habitants qui fréquentent les derniers pubs traditionnels du cœur de Londres, dans l'espoir de capturer le charme ancien d'un quartier en pleine mutation.

par Ollie Grove; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
29 Mars 2019, 9:47am

Patrick, le nettoyeur de vitres de Soho

Soho, Londres. Un endroit synonyme d’indulgence, de malice et de style. Un endroit où de l'argent a été gagné, perdu et dépensé. Où des corps ont été achetés, vendus et vénérés. Où des vies ont été construites et ruinées. Soho est le dernier village du centre de Londres, là où l’esprit de la ville s’entasse sur un kilomètre carré. Tout le monde – des rockeurs aux gangsters en passant par les skinheads, les romanciers, les poètes et les peintres – a fréquenté ce quartier à la recherche des mêmes choses : divertissement, conversation et oubli.

Londres est en train de changer. Chaque endroit évolue, de même que les personnes qui le peuplent. J'ai toujours pensé que Soho n’avait rien à craindre, mais le quartier, si bien défini par ses frontières – Shaftesbury Avenue, Charing Cross Road, Oxford et Regent Street – n'est pas à l'abri du développement du Crossrail et de la demande d'hôtels de charme.

Les camions, les échafaudages et les travaux routiers qui encombrent chaque coin de rue vont bientôt laisser derrière eux un endroit inconnu, remplaçant les édifices géorgiens par des façades en briques et en plastique bon marché. Le changement n’est pas seulement physique, mais aussi humain : s’en vont les résidents d'origine, les pubs locaux, les plaques d’immatriculation anciennes et les couvents ; arrivent la loi et les rues stériles.

Soho est documenté à travers la photographie depuis des années, mais sur aucune photo il ne semble aussi différent qu’il va l’être à l’avenir. Je suis fasciné par le quartier depuis j’y ai décroché mon premier emploi à l’âge de 16 ans. Je balayais le sol chez un barbier sur Old Compton Street. Il me tenait à cœur d’enregistrer cette période du cycle de vie de Soho. L’hiver dernier, j’ai donc commencé à photographier les personnes qui rendent cet endroit intemporel.

J’aime les gens qui racontent une histoire. Je passe du temps à les regarder, puis à les approcher pour bavarder en espérant qu’ils ne m’envoient pas me faire foutre, ce qui est souvent arrivé. Parfois, comme avec la charmante duchesse de Soho, Dorothea Phillips, nous organisons une journée de tournage où nous passons des heures à boire du gin tonic. Dans ces moments-là, je suis nostalgique d’une époque à laquelle je n’étais même pas encore né. C’est une joie de passer une journée entière à boire, socialiser et faire des portraits, au lieu d’être toujours dans l’instantané. Je photographie chaque personnage dans un lieu qui lui est cher, et j’espère que mes portraits contribueront à préserver une partie de l’ADN original du quartier.

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Dorothea « Dotty » Phillips, la seule cliente du French House à qui l’on sert des cocktails dans des verres à pinte. « Un jour, mon père était dans son bain quand une bombe a été lancée. La maison autour de lui a été détruite, seule la baignoire est restée intacte, retenue par trois tuyaux. Le lendemain, les journaux titraient : "Par la grâce de Dieu". »
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Christopher Howse, auteur de « Soho in the Eighties », qui raconte le vieux Soho qui était autrefois sa maison : ses traboules et ses boucheries, ses méchants et ses gentils. « À l’époque, tout le monde se connaissait. La particularité des gens était accentuée, donc tout cela était très amusant. Avec une note tragique, bien sûr ; tout s'est terminé en mort, en échec et en maladie. Pour moi, Soho était une histoire d'amour dans les années 1980 – une liaison dangereuse. Ce n'était pas un exploit que d’y survivre, car Soho m’a échappé et s'est désintégré. »
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George Skeggs, sans doute l'homme le mieux habillé de Soho. Il n’est pas difficile de repérer George, qui passe une grande partie de sa journée à poser pour des photos. Il conserve la même énergie qu’autrefois. « J'étais ce que vous auriez appelé un débutant absolu. Je suis arrivé à Soho en 1957. J'avais 14 ans… Je suis venu pour une raison particulière : essayer de me faire connaître dans le milieu du skiffle. »
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Le commerce de James Scroggs se trouve dans la même rue que le Sunrise Corner Store, un magasin qui tient le coup depuis très longtemps, insensible aux changements survenus à Soho, mais récemment fermé. « Soho est comme une orange – sans doute un peu impitoyable et dur de l'extérieur (même pour les amateurs de fruits), mais pénétrez à l'intérieur et vous serez inondé de chair sucrée, de jus et de graines occasionnelles. C'est un plaisir salissant. »
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Violet est née sur Berwick Street Market. Elle peut être aperçue dans l'après-midi, assise sur la terrasse du Mediterranean Café avec son chariot et sa cigarette. C’est une femme vraiment charmante qui connaît tout le monde. « Pourquoi ne peuvent-ils pas construire des appartements pour les gens ordinaires ? Ce ne sera pas la même chose ici. Soho sera fini. Il y avait des quincailleries, des bouchers, des fish and chips… Des petites laiteries – une pinte de lait, un centime dans la fente. »
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Ed Tudor-Pole, présentateur de l’émission « Crystal Maze », acteur, chanteur du groupe punk des années 1980 Tenpole Tudor et autrefois le motard le plus rapide de Londres. Ici au French House en train de déguster de la raie au beurre noisette et aux câpres avec un bol d’aligot. « Soho n'est plus comme avant. »
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Bernie est une figure immédiatement reconnaissable : un long imper, une écharpe serrée, savourant généralement une Guinness dans un coin du French House. Il a prêté sa voix aux documentaires de Karel Reisz. « Je suis arrivé à Soho vers 1964. J'ai travaillé comme électricien dans les clubs de strip-tease. Ooooh, c'était une sacrée époque, mon pote, je te le dis ! »
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Je croise toujours Fergus Henderson, le chef et fondateur du restaurant St. John, mais pour une raison quelconque, je n’avais jamais osé l'approcher. Quand je l'ai finalement fait, sous la pluie battante, il m'a offert une cigarette, puis il m'a dit que je marchais sur un sentier battu. « Dean Street, à 200 mètres d’ennuis. D’heureux ennuis. »
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Tom fumait un gros cigare devant Comptons un lundi soir, aussi décontracté qu’on peut l’être. « Samuel Johnson a dit : "Quand un homme est fatigué de Londres, c’est qu’il est fatigué de la vie." Mais on ne peut pas être fatigué de Soho. »

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