Crime

Une famille soupçonnée d'avoir détourné des millions du chômage partiel

Pour siphonner les aides de l'État, les suspects avaient créé pas moins de 3 600 sociétés fantômes.
Pierre Longeray
Paris, FR
24.6.21
Arnaque chômage partiel
Bloomberg via Getty Images

Lorsque la crise sanitaire due au Covid s’apprêtait à devenir une crise sociale et économique au printemps 2020, l’État français a essayé de parer au plus pressé, suivant le précepte du « Quoiqu’il en coûte ». Dans une certaine urgence, le chômage partiel s’est alors déployé sur le territoire, abondé par des milliards d’euros débloqués par le gouvernement. Or, certains ont cherché à profiter de l’impossibilité de contrôler toutes les demandes afin d’engranger des millions sans trop se fouler.

Plus d’un an après le début de la crise, les services de la gendarmerie nationale ont récemment arrêté plusieurs membres d’un groupe criminel du genre organisé, soupçonné d’avoir siphonné près de 12 millions d’euros en créant pas moins de 3 600 sociétés fantômes. 

À la tête de ce groupe, on retrouve un Franco-Israélien (des arrestations ont aussi eu lieu en Israël) de 30 ans, domicilié à Pantin dans la banlieue parisienne. Cet homme et sa femme ont été arrêtés à Replonges dans l’Ain à 5 heures du matin, ce 16 juin, alors qu’ils s’apprêtaient à rentrer sur le territoire suisse. Le couple, accompagné de leurs deux enfants, comptait embarquer à l’aéroport de Genève en direction de Tel Aviv avec des billets réservés à la dernière minute, révèle Europol, l'agence européenne spécialisée dans la répression de la criminalité, dans un communiqué publié ce mercredi 23 juin. 

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Quelques heures avant son arrestation, le principal suspect s’était aperçu que ses comptes en banque avaient été vidés et gelés. Les services de police le suivaient en réalité depuis plusieurs jours, révélait Le Parisien en fin de semaine dernière. Une heure après l’interception du groupe, d’autres membres de la famille du suspect ont été interpellés dans le XIXème arrondissement de Paris et à Pantin. Les gendarmes de l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI) sont aussi à la recherche d’une cache, où une partie de l’argent siphonné serait entreposé. 

Le soir des arrestations, les gendarmes se sont rendus dans un parking privé du XIXème arrondissement et sont tombés sur une partie du butin : 1 765 630 euros et 3 420 dollars dissimulés dans des sacs étanches et ignifuges. Une pochette renfermant 3 montres de luxe (d’une valeur estimée à 230 000 euros) est aussi récupérée, ainsi que 30 000 euros de bijoux. En plus de ces saisies, les autorités françaises ont pu récupérer 6,2 millions d’euros déposés sur des comptes en banque ouverts au nom du groupe. Enfin, Europol a donné un coup de main pour dévoiler un complexe circuit de blanchiment d’argent via des crypto-monnaies.

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En créant quelques 3 600 sociétés fantoches, le groupe obtenait ainsi de l’État français les aides destinées au chômage partiel, directement versées sur des comptes en banque français. Puis, l’argent état immédiatement transféré à l’étranger et bougé à travers l’Europe avant d’être échangé en « monnaie virtuelle », indique Europol. De son côté, Le Parisien informe que le principal suspect, son père et sa femme ont été mis en examen pour « escroquerie en bande organisée, blanchiment, association de malfaiteurs et recel de biens », indiquant que la famille avait tenté de siphonner près de 40 millions d’euros d’aides publiques. 

À l’autre bout de la Méditerranée, un proche du père du suspect a aussi été appréhendé. Un centre d’appel de Netanya (située à 40 minutes de voiture au nord de Tel Aviv), qui pourrait avoir servi dans le cadre de cette arnaque d’ampleur, a aussi été perquisitionné. Des téléphones et du matériel informatique ont été saisis, complète Europol. 

Ce n’est pas la première fois que les services français mettent au jour ce type d’escroqueries de plus ou moins grande envergure. La même semaine de l’arrestation de la famille en direction de la Suisse, une DRH passait devant la justice à Bordeaux pour avoir détourné près de 500 000 euros d’aides d’État au chômage partie. Elle rêvait « de verdure et d’une maison dans les Pyrénées », relatait Sud Ouest. En février, la PJ de Lyon démantelait elle un réseau de sociétés fictives qui aurait empoché 2,4 millions d’euros d’aides. Ce réseau s’était fait attraper à partir de la découverte d’une première société installée dans la Loire, qui disait employer 49 salariés, payés 4 000 euros par mois – alors qu’elle n’en comptait aucun – lui permettant de recevoir la coquette somme de 400 000 euros. 

Et des histoires comme celles-ci, il y en a encore sans doute quelques unes à découvrir, puisque les services de l’État estiment à 225 millions d’euros le montant de la fraude au chômage partiel. La moitié de cette somme aurait déjà été récupérée ou bloquée. En avril, le ministère du Travail communiquait quelques chiffres dans cette lutte contre la fraude : 50 000 contrôles débouchant sur 9 500 suspicions et 440 procédures pénales en cours. 

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