Life

Pourquoi j’ai arrêté de suivre mes influenceurs préférés

Il est normal de changer de fréquentations avec le temps, que ce soit dans la vie réelle ou numérique.
Vincenzo Ligresti
Milan, IT
Sandra  Proutry-Skrzypek
Paris, FR
15.9.21
influenceurs
Photo : AdobeStock

Qu’on les adore, qu’on les déteste ou qu’on adore les détester, jamais les influenceurs n’avaient autant fait parler d’eux que pendant la pandémie. Au début de l’année 2020, alors que le cauchemar commençait tout juste, certains prédisaient que la bulle des influenceurs allait éclater, le contenu aspirationnel devenant de plus en plus insupportable pour les humbles masses.

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Selon le Global Digital Report de 2021, 4,2 milliards de personnes utilisent les réseaux sociaux aujourd’hui, ce qui représente une hausse de 13 % par rapport à l’année dernière. Le rapport indique également que l’usage des réseaux sociaux s’est « nettement accéléré » depuis le début de la pandémie de Covid-19. Dans une autre étude menée en 2021 en Italie par le cabinet d’études de marché Ipsos, 70 % des participants ont dit qu’ils aimaient les influenceurs tout autant qu’avant la pandémie, et 18 % ont dit qu’ils les aimaient encore plus. 

Étant un pur produit de ma génération, je passe bien trop de temps sur les réseaux sociaux. Mais dernièrement, je me suis senti oppressé par les publications prolifiques et constantes des influenceurs, en particulier sur Instagram. Chaque fois que j’ouvrais l’appli, j’avais l’impression de zapper devant la télé à la recherche de quelque chose d’intéressant. En même temps, je culpabilisais de perdre autant de temps. 

Au début, j’ai commencé par masquer certains contenus postés par mes influenceurs préférés, puis j’ai progressivement arrêté de les suivre. Le processus a été long et il est toujours en cours. Mais cela ne veut pas dire que ce n’est pas important. J’en ai discuté avec Marilena Iasevoli, une psychologue basée à Rome qui étudie nos relations avec les réseaux sociaux. Selon elle, nous avons souvent tendance à sous-estimer et à minimiser l’importance de nos expériences en ligne, alors même qu’elles font désormais partie intégrante de notre quotidien.

« Tout comme dans la vraie vie, il est important de s’entourer des personnes qui nous font du bien et de ne pas s’embêter avec celles qui nous épuisent », dit Iasevoli. Mais sur les réseaux sociaux, il est difficile de savoir qui se cache réellement derrière l'écran et à quoi ressemble sa vie. « Certaines études ont montré que le fait de suivre des gens qu’on ne connaît pas sur Instagram peut provoquer ou exacerber des sentiments négatifs, poursuit Iasevoli. C’est d’autant plus vrai si la vie qu’ils nous dépeignent au quotidien semble bien meilleure que la nôtre. »

Même si de plus en plus d’influenceurs dévoilent leurs imperfections et leurs astuces de montage, je n’arrive pas à me débarrasser de mon sentiment d’infériorité. « Instagram est conçu pour la comparaison sociale constante, dit Iasevoli. Si vous voyez un influenceur à une soirée d’inauguration exclusive, vous allez penser qu’il fréquente de meilleurs spots que vous, alors qu’il n’y prend peut-être aucun plaisir. » Bien que je puisse comprendre à quel point il est difficile et chronophage d'avoir un feed Instagram impeccable, cette profonde peur de manquer quelque chose est toujours là. 

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J’ai demandé à mes amis s’ils avaient déjà arrêté de suivre un influenceur qu’ils aimaient beaucoup avant. La plupart de ceux qui ont répondu oui m’ont dit que c’était parce que l’influenceur avait en quelque sorte changé. Peut-être qu’il faisait trop de collaborations ou de contenus sponsorisés. Ou peut-être qu’il partageait une opinion que mes amis n'approuvaient pas et qui n'est devenue évidente qu'après un certain temps. Tout semblait renvoyer à une sorte d’accord tacite entre l’influenceur et ses abonnés : ces derniers continueront à soutenir le premier à condition qu’il ne change pas trop. Mais bien sûr, ce n'est pas réaliste – tout le monde change dans la vie, même les influenceurs.

Par ailleurs, trouver un équilibre entre divertir et gagner sa vie n'est pas facile. Si vous travaillez trop souvent pour des marques, les internautes risquent de ne pas vous aimer, mais la capacité à attirer la sympathie est la principale source de revenus d'un influenceur. C’est pourquoi l’industrie est connue pour pousser beaucoup de créateurs de contenu au burn-out. « Une plateforme de réseau social est comme une scène, dit Iasevoli. Si vous montrez une version idéalisée de vous-même à une large audience, cela vous fatiguera à la longue. Il y aura un décalage : êtes-vous l'acteur ou la personne derrière le rôle ? Ou peut-être n'êtes-vous qu'une intersection des deux que vous ne reconnaissez plus ? »

Si une personne que vous suivez sur les réseaux sociaux commence à vous irriter, Iasevoli conseille de traiter cette relation de la même manière que vous traiteriez une relation avec quelqu’un que vous connaissez vraiment. Vous vous sentirez peut-être coupable, voire triste, de ne plus soutenir cette personne, surtout si vous l’avez suivie pendant des années et que vous l’avez vraiment appréciée à un moment donné, mais vous ne devez pas lutter contre ces sentiments. « Au cours de notre vie, comment et avec qui nous passons notre temps évolue, dit Iasevoli. C’est juste que nous n’appliquons pas encore cette logique à notre vie numérique. »

De mon côté, ma relation avec Instagram s’est améliorée depuis que j’ai arrêté de suivre certains de mes influenceurs préférés. Avant, mon feed était sursaturé d’avis et de conseils d’inconnus. Je pensais que cela m’enrichirait en tant que personne, mais j’en ai surtout tiré un sentiment de chaos intérieur dont je me serais bien passé. 

S’il y a bien une chose que j’ai retenue, c’est que derrière chaque profil, il y a une personne dont on ne sait pas grand-chose. Et si le peu que vous voyez ne vous plaît plus, il est temps de passer à autre chose.

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