assomptionnistes bruxelles
Toutes les photos sont de Madeleine Petit
Société

La vie derrière les murs des communautés assomptionnistes de Bruxelles

« Je pensais vraiment que les résident·es menaient une vie rangée avec des idées arrêtées. Mais j'ai rencontré des gens drôles, ouverts d'esprit et généreux. »
8.6.21

Si l'on en croit les films et les séries, on se fait bien chier dans les communautés religieuses. Les gens prient, mangent et passent leurs journées en silence. Mais cette image est-elle fidèle à la réalité ? 

Madeleine Petit (23) a emmené sa caméra dans deux communautés religieuses assomptionnistes à Bruxelles, les Augustins de l’Assomption à Woluwe (communauté masculine) et les oblates missionnaires Watermael Boitsfort  (communauté féminine). L’assomptionnisme est une congrégation au sein de l'Église catholique qui se concentre principalement sur l'organisation de l'éducation, des missions et des pèlerinages. De nos jours, les assomptionnistes sont principalement actif·ves dans le travail paroissial (local).

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Madeleine a capturé des moments de leur vie quotidienne et nous raconte ce qui se passe réellement derrière les murs de ces communautés. 

VICE : Hey Madeleine. Qu’est-ce qui t’a amené à réaliser cette série ?Madeleine : Un ami est récemment devenu très religieux, et son entourage a plutôt mal réagi. Ses potes et sa famille ont fait comme s'il était devenu fou. Il m'a dit que c'était vraiment bizarre de vivre dans un monde où il est normal de faire la fête, se droguer et se bourrer la gueule, mais où quand tu décides de te tourner vers la spiritualité ou la religion, tout le monde pense que t’es fou. Je pense que c'est un paradoxe très intéressant. 

« Ces communautés vivent en marge de notre société actuelle par choix. »

D'une certaine manière, ces communautés vivent en marge de notre société actuelle par choix. Pour mieux comprendre ce choix, j'ai décidé d'en faire une série. Je voulais déconstruire mes propres aprioris sur la religion, la foi et la spiritualité. Je voulais montrer les similitudes entre les personnes dites lambda et celles qui décident de consacrer leur vie à Dieu. Avec une touche d'humour, du moins je l'espère. 

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Gauche : Moments de détente pour les soeurs, Rue Middlebourg , Watermael-Boisfort. Droite : Détails de la vie des prêtres dans leur maison, collé à la Chapelle Marie-La-Misérable, à Woluwe Saint-Lambert.

Mon objectif principal était d'humaniser les résident·es. Je pense que beaucoup d'entre nous ont tendance à alimenter les clichés et les fantasmes autour de ces personnes et les choix qu'elles ont fait dans la vie. En montrant des petits détails de leur vie quotidienne, comme leur lien avec la technologie par exemple, je voulais mettre en lumière la vie qu'elles mènent réellement. 

Ta série a eu une influence sur ta propre foi ?
Je ne suis pas religieuse, mais je crois en quelque chose de plus grand. Et je dois dire que le fait de passer beaucoup de temps dans une communauté comme celles-ci et d’entendre les membres chanter ensemble à l’aube, ça a presque quelque chose de méditatif. Mon idée de ce que signifie la spiritualité a complètement changé. Je pensais vraiment que les résident·es menaient une vie rangée avec des idées arrêtées. Mais j'ai rencontré des gens drôles, ouverts d'esprit et généreux. Ma façon de voir les membres d'une communauté religieuse a donc complètement changé. 

« On est bombardé·es de mauvaises nouvelles tous les jours. J'ai l'impression que la jeune génération cherche des moyens d'y faire face. »

Religions, astrologie, méditation… Ces dernières années, de nombreuses personnes - comme ton ami - semblent être de plus en plus attirées par la spiritualité. T’expliques ça comment ? 
Pour mon ami, c'était juste trop. On vit dans un monde de plus en plus compliqué. C’est difficile de le comprendre, et encore plus difficile d'y fonctionner. La religion ou la spiritualité peuvent être un moyen de se centrer sur soi et de rechercher la paix et le réconfort. Ce n'est pas surprenant : on est bombardé·es de mauvaises nouvelles tous les jours. J'ai l'impression que la jeune génération cherche des moyens d'y faire face. Et la foi ou la spiritualité est une option plus saine que la fête et l'alcool, par exemple. 

Tu serais capable de rester toi-même dans une telle communauté ?
Non, probablement pas. J'ai trouvé la confiance qui règne dans ces communautés vraiment belle, peut-être même touchante, mais je ne pense pas que je pourrais prier cinq fois par jour, par exemple. Je pourrais vivre dans une communauté, mais peut-être pas une communauté religieuse.

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Des frères pendant la prière du matin. Chapelle Marie-la-Misérable, Woluwe Saint-Lambert, Bruxelles.

Tu peux me décrire une journée type dans une telle communauté ?
Ça dépend des communautés. J'ai passé la plupart de mon temps avec les hommes, les Assomptionnistes de Woluwe. Ils étaient six ou sept. J'arrivais vers 7 heures du matin et ils priaient pendant une demi-heure. Après la prière, il y avait un repas, puis une autre prière. Certains résidents ont organisé des ateliers de menuiserie, d'autres ont joué de la musique et il y avait aussi des moments où les étudiant·es pouvaient venir prendre un repas gratuit - cette initiative a été mise en place durant la pandémie. Y’a beaucoup d’activités différentes. La majeure partie de la journée est très structurée, car la prière exige un certain rythme. 

Certains se rendent également dans différentes églises de Bruxelles pour se confesser et suivre l’office. Ensuite, ils retournent à la communauté pour prier et manger. Parfois, je restais à la communauté pendant toute une journée, et d’autres fois, je sortais avec l'un des résidents.  

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Ça a été difficile de trouver des communautés qui voulaient participer à ta série ?
Ça a été extrêmement difficile d'établir un premier contact. Je ne sais pas pourquoi, mais personne ne répondait au téléphone. J'ai finalement trouvé une femme qui travaille pour le vicariat de Bruxelles, et elle m'a mise en contact avec les communautés. Au début, j'y allais pour de courtes visites, genre pendant le lunch.

« Mon intention est de remettre en question le regard que le monde extérieur porte sur les communautés religieuses. »

Au cours de mes visites, j'ai présenté mon projet et j'ai essayé de faire comprendre aux résident·es que mon intention n'était absolument pas de créer une image négative, mais plutôt de remettre en question le regard que le monde extérieur porte sur les communautés religieuses. J’ai rendu visite plusieurs fois sans prendre de photos à celles qui ont accepté de participer à ma série, pour qu'iels puissent s'habituer à ma présence. Lentement mais sûrement, j'ai commencé à prendre des photos et à me rapprocher des résident·es. Tu peux voir que dans les images, je me tiens généralement très près du sujet. Je pense que parfois, iels me prenaient pour une dingue avec mon flash et mes close-ups, mais en même temps, iels étaient très ouvert·es. Plus je me sentais à l'aise, plus iels étaient chill aussi. 

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Une soeur jouant au Scrabble après le déjeuner dans le jardin, Rue Middlebourg, Watermael-Boistfort, Bruxelles.

T’as fait des rencontres inattendues ?
Une des personnes avait une passion pour la photographie et était très curieuse de connaître mes intentions concernant ce projet : pourquoi je l'ai fait, pourquoi j'ai pris telle ou telle photo d'une certaine manière, etc. Il y avait aussi une vieille femme mignonne, la meilleure joueuse de Scrabble que j’ai rencontrée. Elle joue vraiment très vite et bien. Cette femme avait un humour cinglant auquel je ne m’attendais absolument pas. C'est ce qui m'arrivait tout le temps : je me retrouvais dans une interaction et j'avais certaines idées sur la façon dont ça allait se passer, mais ces idées n'aboutissaient jamais.

« Ce sont des personnes avec un passé. Elles ont également eu une vie et des expériences avant de devenir religieuses. »

Une conversation ou une scène qui t’a marquée ?
J'ai eu des conversations sur leurs choix de vie, leurs voyages, ce genre de choses. C’était intéressant en soi, mais je m'en souviens moins parce que je m'attendais plus ou moins à ces réponses. Sauf une fois, quand j'ai demandé à une vieille femme depuis combien de temps elle était sœur : « J'ai attendu d'avoir 35 ans, je voulais d'abord profiter un peu plus de ma vie. » Cette femme était aide-soignante, elle avait probablement eu des histoires avec des hommes aussi. Mais à un certain âge, elle s'est dit : « Ok, j'ai fait mon temps, maintenant je veux consacrer ma vie à Dieu. » Elle semblait vraiment satisfaite de la façon dont elle avait pris cette décision. J'ai trouvé ça drôle parce que, honnêtement, je ne m'attendais pas à ce que ces femmes aient eu une vie sexuelle. Maintenant, je réalise que c'est le cas pour beaucoup. Tu sais, ce sont des personnes avec un passé. Elles ont également eu une vie et des expériences avant de devenir religieuses.

C’est quoi ta photo préférée de la série ?
J'aime beaucoup la photo du Scrabble. Le cadrage, les couleurs et le flou de l’avant-plan font de cette image quelque chose d'intriguant, je pense.  

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Un jeune frère préparant l’office du matin, Chapelle Marie la Misérable, Woluwe Saint-Lambert, Bruxelles.

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Les secrets du Vatican, Watermael-Boitsfort.

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Moments de détente pour les soeurs, Rue Middlebourg, Watermael-Boisfort.

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Détails de la vie des prêtres dans leur maison, collé à la Chapelle Marie-La-Misérable, à Woluwe Saint-Lambert.

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Moments de détente pour les soeurs, Rue Middlebourg, Watermael-Boisfort.

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Une soeur mets du sérum physiologique dans les yeux d’une autre. Rue Middlebourg, Watermael-Boistfort, Bruxelles.

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Le tableau de bord de la voiture des prêtres. Woluwe Saint- Lambert, Bruxelles.

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Les livres de prières à côté de la chaise de la doyenne des soeurs, rue Middlebourg, Watermael- Boistfort.

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Habits, Chapelle Marie la Misérable, Woluwe Saint-Lambert.

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Eglise du Parvis de Saint- Gilles, Bruxelles.

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