Santé

Pourquoi les antidépresseurs provoquent des rêves vraiment chelous

« Je suis chez mon grand-père, six hommes baraqués l'accusent de leur devoir de l'argent et Glenn Close le découpe en morceaux sous mes yeux. »
Sandra  Proutry-Skrzypek
Paris, FR
5.3.21
rêve anormaux antidépresseurs
Illustration : Helen Frost

« Je tente d’échapper à une tornade, comme si ma vie en dépendait », me dit Tom, 36 ans. Il a commencé à prendre du citalopram il y a quelques années, après la mort de son frère. Depuis, il souffre de cauchemars récurrents qui tournent autour des tornades. « Je regarde par la fenêtre ou dans le ciel et j'en vois une qui se forme, comme si elle me tourmentait, poursuit-il. C’est quelque chose de sinistre, de présent, mais pas d’immédiatement menaçant. » 

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Les antidépresseurs sont connus pour leurs nombreux effets secondaires désagréables. Qu'il s'agisse d’une perte de libido ou de goût, les personnes qui prennent ces médicaments n'ont certainement pas la vie facile. Mais il y a un effet sur la santé mentale que peu de gens semblent connaître : les rêves anormaux. Pour certains, ces rêves touchent à des sujets tabous, de sorte qu’ils hésitent à parler de leurs expériences dérangeantes.

Si vous n’avez jamais pris d’antidépresseurs, il peut être difficile d'imaginer à quel point un rêve peut devenir surréaliste, comme l'a découvert Rufaro, 30 ans. « Ces rêves sont tellement intenses que lorsque je me réveille, je crois parfois que ce qui s'est passé dans mon rêve est vraiment arrivé, dit-elle. Il m’arrive même d’appeler mes amis et de leur parler de cette fausse réalité. »

Pour les patients comme Rufaro, le plus difficile est de faire la distinction entre les rêves et la réalité. Pour d'autres, ce sont les rêves eux-mêmes qui sont les plus dérangeants. Sunita, 38 ans, prend des antidépresseurs depuis des années. « J'ai commencé à déprimer à la fin de la vingtaine, dit-elle. Puis j’ai eu un cancer des ovaires. J'ai dû faire face à la perte de mes ovaires, à la chute des cheveux, à de multiples opérations, à la ménopause et à d'horribles symptômes de chimio. »

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Pour aggraver les choses, Sunita a également contracté le Covid-19 alors qu'elle recevait un traitement pour son cancer. Cette expérience traumatisante, combinée à sa prescription d'antidépresseurs, lui a provoqué des cauchemars terrifiants. « J'ai fait des rêves inquiétants où l'on m'opérait alors que j'étais éveillée, où l'on me prenait mes ovaires, où les chirurgiens mangeaient mes organes et me poursuivaient, dit-elle. J'ai aussi fait des rêves où je me trouvais dans des pays magiques, avec des zombies et des cannibales qui essayaient de me terroriser et de me manger, et des extraterrestres qui voulaient faire des expériences sur moi. » 

Sophie*, 22 ans, fait aussi des rêves récurrents qui tournent autour de son traumatisme. « Je fais souvent des rêves de rédemption, dans lesquels mon ex, qui m’a violée, vient s'excuser, dit-elle. Ces rêves sont si vivants que je me sens très déprimée le lendemain. » Elle fait aussi des rêves étranges qui n'ont rien à voir : « J'ai récemment rêvé que j'étais dans un épisode de Desperate Housewives et qu'un prêtre en scooter électrique me harcelait. »

L'absurdité pure et simple est une autre caractéristique commune des rêves sous antidépresseurs. Bella*, 22 ans, en a également fait l’expérience. « Dans un rêve, je suis chez mon grand-père quand une flotte de voitures noires s’arrête devant la maison. Je décide de me cacher. Et puis Glenn Close arrive avec le gros manteau de fourrure qu'elle portait dans les 101 Dalmatiens et six hommes baraqués lui ouvrent la porte, se souvient-elle. Ils accusent mon grand-père de leur devoir de l'argent et Glenn Close le découpe en morceaux à la hache, sous mes yeux. »

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Riley*, 23 ans, a également fait des rêves incroyablement détaillés. « J'ai rêvé que je travaillais dans un café avec Gale de Hunger Games. Mais je n’ai vu les films qu'une seule fois, il y a des années, et je ne connaissais même pas le nom de cet acteur, donc je ne sais pas pourquoi il s’est pointé dans mon rêve, dit-elle. Mais il m'a proposé un date et j'ai dit oui, bien que je sois lesbienne et pas du tout attirée par ce type. Ensuite, nous avons fait une sorte de parcours d'assaut au-dessus du Grand Canyon, et au bout de celui-ci se trouvait une cabane en bois. Je suis entrée et il y avait un vieil homme courbé qui disait être un cannibale. J'ai tiré un rideau et derrière, il y avait Gale attaché à une table. Le vieil homme m'a dit que je devais le cuisiner… et puis je me suis réveillée, hyper confuse. J’ai cherché sur Google quel acteur interprétait Gale : c'était Liam Hemsworth. »

Alors, pourquoi les antidépresseurs déclenchent-ils des rêves de cannibalisme et de Cruella d'Enfer ? De nombreux antidépresseurs, y compris les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), ont pour effet de supprimer le sommeil paradoxal. Lorsque votre sommeil paradoxal est supprimé, vous êtes plus susceptible de vous réveiller fréquemment pendant la nuit, ce qui entraîne des rêves plus courts.

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Ces rêves plus courts sont généralement plus intenses parce que votre cerveau essaie de compenser le manque de sommeil paradoxal en se concentrant autant que possible quand il le peut. Selon le psychiatre Raheel Karim, il y a une autre explication. « Les ISRS affectent les neurotransmetteurs, dont la sérotonine. Et l’augmentation des niveaux de neurotransmetteurs peut provoquer des changements dans vos rêves », dit-il.

La bonne nouvelle, c'est que les rêves étranges que vous faites sous antidépresseurs n'ont rien d'inquiétant. Le Dr Karim souligne que c'est « l'un des effets secondaires les plus courants » des ISRS. Cela dit, si ces rêves vous provoquent une anxiété excessive en faisant resurgir des souvenirs traumatisants ou en affectant votre sommeil, vous devriez en parler à votre médecin pour discuter d'autres options. Le Dr Karim suggère de prendre vos médicaments le matin si vous ne le faites pas déjà, mais il réitère qu'« il est important de parler à votre médecin généraliste [car] il pourrait être utile de réduire la dose » si vos problèmes persistent.

En bref, ne vous inquiétez pas. Ce n'est pas parce que vous rêvez que vous dévorez Liam Hemsworth que vous réprimez des sentiments cannibales (désolé, Freud).

*Les noms ont été modifiés.

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