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Culture

La poésie du voile selon le photographe belge Rami Hara

« Les femmes qui portent le hijab sont souvent assimilées à des personnes opprimées qui n'ont pas la liberté de faire leurs propres choix. Je voulais briser cette stigmatisation avec mes photos. »
25.8.20

Des couleurs vives, des tissus brillants, et des bijoux éclatants. Pour Rami Hara, 26 ans, originaire de Bruxelles, il était grand temps de mettre en avant la beauté du hijab. Ce photographe belgo-somalien, passé par les Beaux-Arts de Gand, a grandi dans un foyer où la culture et la religion occupent une place centrale – ce qui n'a pas toujours été bien compris par son entourage.

Avec sa série de photos « Hooyo », il s'est aventuré dans un projet étroitement lié à son histoire personnelle. Le voile joue un rôle particulier dans la série, non seulement parce qu'il le relie à ses propres racines somaliennes, mais aussi parce que ça lui permet autant de montrer le beau côté de la foi, et à la société de se familiariser avec ce qui est « différent ». 

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VICE : Dis-moi Rami, pourquoi tu te concentres sur le voile ?
Rami : Je voulais donner à mon travail une touche perso, et je cherchais en même temps quelque chose en rapport avec la société actuelle, quelque chose qui revient toujours. Le hijab – et le voile en général – est un bon exemple. Il suffit de penser aux débats à ce sujet qui persistent encore et encore ; c'est un thème qui revient tout le temps. 

Le sujet m'a aussi interpellé personnellement ; j'ai trois sœurs et une mère qui portent le hijab, ce qui fait que je suis assez proche de ce sujet. Je me suis dit que c’était le bon moment pour faire un projet qui montre que les gens ne doivent pas toujours croire tout ce qui est dit dans les médias. Les gens pensent généralement que le hijab est un élément d’oppression, mais en réalité c’est bien plus complexe. Quand je regarde ma mère, par exemple, le voile représente pour elle une certaine sécurité. La femme ne veut pas forcément se cacher, c'est plutôt une sorte de révérence et d'humilité envers sa foi. Bien sûr, il y a des pays où la situation est différente, mais honnêtement, c'est plus une question culturelle que religieuse. Les gens se concentrent trop sur les aspects négatifs, alors qu'il y a aussi de très beaux éléments qui se rattachent au port du hijab. 

Ma mère a été mon modèle principal pour ce projet, ma muse. Parce que oui, en tant qu'homme, je ne peux pas complètement témoigner de cette situation. Je ne suis pas vraiment en mesure d'en parler donc j'ai interviewé ma mère, mais aussi des amies et certaines personnes de ma famille pour savoir ce qu'elles ressentaient sous leur hijab et comment elles étaient perçues par leur environnement.

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Qu’est-ce qu’elles t’ont dit ?
Qu’on prête généralement attention au hijab uniquement lorsqu'il s'agit de quelque chose de négatif. Mais les gens doivent savoir que les femmes qui portent le hijab sont aussi des personnes, des individus, qui vivent leur propre vie. Elles sont souvent assimilées à des personnes opprimées qui n'ont pas la liberté de faire leurs propres choix. Je voulais briser cette stigmatisation avec mes photos, pour montrer qu'on ne peut pas enfermer toutes ces femmes dans des stéréotypes négatifs.

« Les gens se concentrent trop sur les aspects négatifs, alors qu'il y a aussi de très beaux éléments qui se rattachent au port du hijab. »

Comment t’as voulu rendre compte de tout ça ?
Je voulais travailler sur un style éditorial : prendre des photos telles qu'elles apparaîtraient dans des magazines. Je voulais mettre l'accent sur le côté mode. C'est un style de photographie qui attire l’oeil et que les gens connaissent bien. Le Vogue britannique, par exemple, a mis un modèle avec un voile sur la couverture pour la première fois dans l’histoire il y a quelques années. Ça montre que le monde de la mode s'ouvre progressivement et tente d'être plus inclusif. C'est pour ça que je voulais travailler avec ce style.

Les tissus ont évidemment joué un rôle important. Pendant l'été 2018, j'ai rendu visite à mes grands-parents en Somalie, avec ma mère. Elle a acheté beaucoup de tissus et de vêtements là-bas. Quand j'ai commencé mon projet, on a ressorti tous ces tissus pour voir s'il y en avait avec lesquels je pouvais travailler. J'ai demandé à ma mère : « Si tu devais exprimer ta personnalité à travers un tissu, ce serait lequel ? » Elle en a choisi quelques-uns, et j'ai finalement opté pour cette sélection. J'ai appelé mon projet « Hooyo », qui veut dire « maman » en somali. 

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Le résultat est magnifique.
Merci. J'étais un peu nerveux avant que ça prenne forme. J'ai été sélectionné pour Nightwatch - un programme de coaching de la FoMu qui permet à de jeunes artistes d'exposer leurs œuvres un soir - et j’avais eu l'idée d’occuper un espace du musée avec une vingtaine de mannequins portant une burqa. Je voulais provoquer un ressenti fort chez les gens : ce qu’ils peuvent éprouver face à un groupe de femmes en burqa, c'est ce que ces femmes ressentent quand tout le monde les regarde. J’étais donc conscient que les mannequins pouvaient paraître menaçants au début, mais à la fin de la journée, ils auraient toujours été là et n’auraient fait de mal à personne. Par contre, mes coachs ont trouvé qu’un nombre aussi important de burqas était trop extrême et intimidant, alors que c'était mon intention en quelque sorte. Je voulais juste essayer de combler le fossé. Finalement, j’ai laissé tomber les mannequins et j’ai décidé de concrétiser l’idée par le biais d’une série photo. Le résultat est forcément différent, mais le message reste le même.

Sur certaines photos, les visages des femmes ne sont pas visibles, sur d'autres, ils le sont. C’est un choix conscient ?  
Pour la nuance, j'ai alterné les burqas avec les hijabs. On a peur de ce qu’on ne connaît pas. En rapprochant les deux cultures, on peut faire face à ce malaise, car c'est comme ça que les gens apprennent à mieux se connaître. Bien sûr, ça peut vous mettre mal à l'aise. C’est normal parce que c’est inconfortable au début. Lorsque vous essayez quelque chose de nouveau pour la première fois, c'est souvent inconfortable, voire frustrant. Mais on finit par le comprendre et par s'y habituer. L'inconfort n'est pas nécessairement mauvais. 

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En Belgique, beaucoup de personnes entrent en contact avec des personnes d'une autre ethnie uniquement par le biais des médias et de ce qu'elles voient à la télévision. Évidemment, ça affecte complètement la perception générale. 

T’as déjà vu des gens se sentir mal à l'aise en ta présence ?
Oui, souvent… Les plus gros clichés c’est les gens qui prennent leur sac à main, ou qui n'osent pas monter dans l'ascenseur avec moi ou qui changent tout simplement de trottoir. Souvent, c'est de l'ignorance, je sais que ce n'est pas personnel. Mais quand on vit ce genre de choses au quotidien, on se rend compte qu'il s'agit d'un problème structurel. 

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Comment t’espères résoudre ce problème avec tes photos ?
Je veux montrer que le voile n’est pas effrayant et que c'est à la femme de choisir si elle veut les porter ou non. Par exemple, j'ai pris une photo dans laquelle la modèle pose sur un conteneur. J'ai consciemment choisi cette position parce qu’une forme de domination se dégageait du modèle. Je voulais lui donner le sentiment d'être autonome, lui montrer qu'elle n'est pas du tout soumise. 

Il existe certaines règles concernant le port du hijab ou du voile, mais en fin de compte, c'est entre la femme et sa foi ou sa culture. Elle le porte comme elle le veut. Une femme laissera apparaître ce qu’elle veut tandis qu’une autre se couvrira complètement. Sur certaines photos, je laisse les voiles jouer avec le vent pour montrer cette flexibilité. 

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« Je remarque souvent que les gens sont mal à l’aise en ma présence. Les plus gros clichés c’est les gens qui prennent leur sac à main, qui n'osent pas monter dans l'ascenseur avec moi ou qui changent de trottoir. »

Qu’est-ce que tu penses de l'interdiction du voile dans les écoles belges ?

C'est ridicule. On cueille une fleur avant qu'elle éclose. Ce que je veux dire c’est, qu'est-ce que ces filles vous font ? Elles ne blessent personne, ne menacent personne, ne forcent personne. Vous interdisez tout un mode de vie sans aucune raison valable. Je ne comprends pas pourquoi les gens font ça. C'est bizarre, non ? Il y a tellement de temps et d'efforts investis dans un si petit problème, alors qu'il y a un tas d'autres choses plus importantes qui se passent dans notre pays et qui méritent de l'attention. 

Ces photos font partie du projet « Hooyo » de Rami. D'autres de ses pièces sont visibles sur ses chaînes Instagram et YouTube.

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