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Musique

Chateau Marmont sont en Amérique pour la toute première fois

Une petite rétrospective de leurs errances sur l'autoroute, coincés quelque part entre la voiture d'un US Marshall et un plein de super sans plomb.
22.3.11

Nos potes de Chateau Marmont sont en tournée aux États-Unis en ce moment même, et pour la première fois de leur carrière ils peuvent s'adonner aux plaisirs de la nourriture à base de bacon et de la vulgarité tous azimuts sans risquer de se faire engueuler par leur meuf. Ils nous ont écrit une petite rétrospective de leurs errances sur l'autoroute, coincés quelque part entre la voiture d'un US Marshall et un plein de super sans plomb.

Lundi

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On doit prendre l'avion en début de soirée. Fort de nos connaissances en décalage horaire, nous décidons de dormir tout de suite, histoire de se réveiller de l'autre côté du globe comme un matin après une bonne nuit, mais sept heures plus tôt. Comme l'une des hôtesses semble avoir dépassé la date de péremption, il nous paraît légitime de faire la blague à propos de ses nombreuses « heures de vol ». Malgré nos efforts pour détendre l'atmosphère, le trajet nous semble extrêmement long. La bouffe est sans surprise, à ceci près que ce que l'on croyait être de la mozzarella dans nos sandwiches est en réalité du beurre. Nous descendons enfin. Le stress à l'immigration américaine est palpable puisque nous sommes ici en semi-légalité. C'est même, pour certains d'entre-nous, la première visite sur le continent américain. Nous suons.

À la surprise générale, le van loué par notre structure managériale nous attend comme prévu à la sortie, et sa conductrice ressemble étrangement à Kiefer Sutherland. Ce neuf places Dodge laisse présager de bonnes heures de décontraction estampillées Claude Chasle : énormes sièges en cuir inclinables type business class, wifi, télé et Xbox 360. L'arrivée à l'hôtel laisse moins présager de choses, car il a tout du pied à terre sordide implanté à proximité de l'aéroport. On s'occupe en jouant à deviner les marques des pneus des avions qui passent au dessus de nos têtes.

Première balade nocturne en ville sur le port, premier burger, le début d'une triste série de 223 toujours pas interrompue. Tout le monde est crevé, on rentre donc au bercail à 19h, heure locale. Heureux hasard, l'enseigne voisine est un bon vieux Hooters ; on décide d'aller boire un dernier verre, et comble du fun, de se le faire servir par des petites américaines vêtues de shorts oranges et dont les seins ont été consolidés par un tierce matériau. C'est aussi notre premier contact avec le concept de « tip ». On a mis du temps avant de déterminer pourquoi notre serveuse demeurait hyper souriante, nous posait des questions, mettait un point d'honneur à prendre soin de nous, jusqu'au moment où, prise au piège par une commande d'oeufs brouillés, elle n'a plus réussi à nous cacher son visage meurtri par le professionnalisme. Le grand moment de la soirée demeure celui où Matthieu, notre manager, lui refuse une dernière carafe de bière en se servant de cette vieille marotte contre laquelle on ne peut rien, la fatigue. Ça faisait quelque chose comme, « I'm sooorry, I'm so tiiiired », le tout déclamé sur un ton à la fois plaintif et emprunté, clairement forcé. Il est 20h30, on va se coucher.

Mardi

On consacre le lendemain aux questions logistiques. On va voir notre ami César, le mec qui nous loue le « backline ». Son entrepôt est rempli de matériel. Angy choisit son ampli, Julien sa snare. On s'essaye ensuite aux plaisirs du shopping, avant de monter en haut de la tour John Hancock à la tombée de la nuit. Arrivé au pied, on remarque que le lieu est encerclé de nombreux cordons de police ; des morceaux de glace semblent se détacher du toit. Un vieux crackhead vient quémander quelques pièces en nous menaçant avec ses mains sans pouce. On prend ensuite l'ascenseur, 94 étages de domination architecturale américaine, de quoi se dépressuriser les oreilles violemment. La vue est magnifique, un 360° de lumière sur la ville endormie qui irradie nos pupilles Européennes. Notre cerveau est littéralement hypnotisé. On commande une énorme pizza pour fêter ça.

Mercredi

On joue ce soir pour la première fois depuis notre arrivée. La salle n'est pas mal du tout, perdue dans un ghetto périphérique. Le concert est extrêmement bizarre car la foule est constituée en majorité de gens plutôt âgés, des vieux couples ricains, des types en costume bien vilains qui sortent probablement du travail, mais aussi de quelques branchés qui ont tout l'air d'être propriétaires d'un blog. On partage la scène avec nos compatriotes de Tahiti 80, ainsi qu'un groupe local abominable revendiquant fièrement l'héritage musical de Tom Petty. L'atmosphère est bon enfant, c'est la première fois que l'on voit des camionneurs danser sur notre musique. L'un de nos perspicaces compagnons dira même que la scène est « ubuesque ».

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Le concert terminé, on décide de plier bagages et de tracer direct en direction de Toronto, parce qu'on a 10h de route + les douanes à passer (on est toujours semi-illégaux), puis les balances à 16h. Ce qui est un peu bourrin pour notre relation au travail typiquement française, il faut l'admettre.

Jeudi (noir)

On roule dans la nuit noire sous une tempête de neige. Au lever du jour, on s'arrête faire notre premier plein. On est perdu face à la gamme monumentale de carburants ; on demande donc au pompiste de nous aider. Le mec est assurément membre du KKK, comme en témoigne sa dégaine influencée par le catch, la Bud et l'histoire de la xénophobie. Plus tard, le van se met à « toussoter », jusqu'à ce que l'accélérateur ne réponde plus. Le fourgon nous lâche finalement à 8h43. Il s'avérera que l'on a mis du super dans un diesel. Ça tue.

On est donc perdus dans le blizzard, au fin fond du Michigan. On ne sait pas trop quoi faire, on jongle entre les appels à l'assurance, et les recherches d'un hypothétique garage à proximité. Le fait d'avoir des iphones et du wifi est un poil rassurant. Tout à coup, on voit une ombre bouger sur notre droite. C'est un cop, la main sur son arme, visiblement sur ses gardes, qui demande ce qui se passe. On lui explique en trois phrases, composée de mots-signaux qui hurlent « Aidez-nous par pitié », ce à quoi il répond en souriant « OK, amusez-vous bien », avant de se barrer poliment.

Alors que la température baisse continuellement, on subit le même affront 15 minutes plus tard. Cette fois-ci, c'est un US Marshall, dont l'uniforme est surmonté d'un écusson « Pistol Expert ». Ce souvenir momentané des meilleures apparitions de James Woods au cinéma nous remonte le moral. D'ailleurs, dès que l'on sort des villes et des clubs, tout dans ce pays est « comme dans les films ». La journée qui nos attend va le prouver une fois de plus.

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Un remorqueur arrive, sosie de Mark Wahlberg. Le shérif quant à lui, nous fait monter à quatre à l'arrière de sa caisse. On sait maintenant ce que ça fait d'être un malfrat dans ce pays. On débarque finalement dans un garage Dodge, au coeur de l'Amérique profonde. Trois fast-food côté à côté, des pick-ups, et des locaux terrifiants. Les mecs se foutent un peu de notre gueule concernant notre bourde à propos du carburant. On rit jaune, on serre les dents. Bande de trous du cul édentés, c'est votre cousin consanguin qui nous l'a fait, ce plein. On passera six heures sur place, à dormir par terre dans la salle d'attente au milieu des jouets. Un étrange redneck présent dans la salle, victime de troubles spasmodiques, s'émerveillera à la vue de notre engin : ses yeux s'illuminent quand ils nous demande « Vous pouvez vraiment vous mettre debout là-dedans ? ».

Quand on arrive à Toronto, il est 23h02 - notre concert était programmé pour 23h. Le linecheck est bordélique, les problèmes s'accumulent, le concert démarrera finalement à minuit et ne durera que 25 minutes. Guillaume croisera par hasard la première fille dont il a été amoureux lorsqu'il était adolescent dans le sud de la France. Mais il ne s'éternise pas (« I'm sooorry, I'm so tiiiired ») et rejoint les autres dans l'appartement qui leur est alloué au dessus de la salle. Dans la piaule, il fait 56°. Bonne nuit.

Vendredi

Nous démarrons la journée avec une interview menée de main de maître par un bloggueur fébrile, quoique très gentil. Julien s'aperçoit tout à coup que la fourrière embarque le van. D'un commun accord nous courrons après, sans succès. En 48h, on a à peu près niqué notre budget pour les quinze prochains jours. Direction Montréal. On commence à prendre « le rythme de la tournée », on trouve peu à peu nos repères et les instincts primaires resurgissent, aux dépends de notre humour et de nos habitudes comportementales. Burgers et borborygmes - le KFC est l'abomination graisseuse totale. La soirée à Montreal est classique, poutine et errance éthylique, le concert du lendemain s'annonce bien.

Samedi

La date est sold-out, le club est super, le son est bon, l'accueil remarquable. C'est la première fois qu'on est contents sur cette partie du globe. Un speed dating est organisé dans la boîte, entre les balances et le début de la soirée. Comme il s'agit d'une fête gay-amicale, on hésite un peu. Pour couronner le tout, le concert se passe hyper bien. Ce qui inspire à l'un de nos membres une dernière blague d'épuisement, « On peut dire que cette soirée restera dans les annales ! ». Ah, ah.

Rendez-vous la semaine prochaine pour la deuxième partie des aventures de nos frères Français émigrés en ces terres gelées, où tout est gros.