Les pochons de cocaïne de Los Zetas

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Les pochons de cocaïne de Los Zetas

Comment ma collection de pochons est devenue une sorte d'archive du cartel le plus dangereux du Mexique.
22.7.15

Cet article a initialement été publié sur Vice Mexique

En 2007, je vivais à Torreón au Mexique – un village situé à 442 km de la frontière américaine. C'était au beau milieu de la sanglante guerre de la drogue qui décimait le pays, et le taux de meurtre de la ville avait été multiplié par 16. À bien des égards, Torreón était une bourgade au charme hollywoodien qui accueillait les barons des cartels de la drogue. Tout était calme : ils avaient leurs maisons, leurs voitures, leurs petites vies avec leurs familles. Mais quand Joaquin « El Chapo Guzmán » – le fameux dirigeant du cartel de Sinaloa qui s'est récemment échappé de prison pour la deuxième fois– a perdu le contrôle de la ville, tout a changé.

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Le cartel de Sinaloa a été chassé hors de la ville par le gang de dealers le plus brutal du pays, Los Zetas — un cartel connu pour planter les têtes décapitées de leurs ennemis sur des poteaux et inscrire la lettre Z sur les corps de leurs victimes.

Pendant cette période, la façon dont les cartels redistribuaient la cocaïne a un peu changé. Par exemple, on ne pouvait plus se la faire livrer, il fallait aller la chercher. Ce n'était pas si différent que d'aller choper des bières.

Avant, ma copine et moi allions chercher de la drogue dès qu'il y avait une soirée de prévue – tout le monde avait trop peur. C'est comme ça qu'on a commencé à se faire appeler « Las Malilas ». « La Malila » c'est cette gueule de bois qui vous attaque après une grosse nuit.

Trouver un point de vente n'était pas super difficile, il suffisait d'aller dans les quartiers connus pour ça, de trouver les quelques types musculeux qui traînaient autour d'un autel dédié à la Vierge de Guadalupe et de leur demander gentiment.

Ça pouvait être risqué, parce des flics sous couverture étaient toujours susceptibles d'être dans le coin. Les transactions devaient être rapides. Parfois ils n'avaient rien quand on se pointait, mais nous renseignaient avec plaisir sur la prochaine livraison du carrito bimbo – le van qui livrait la cocaïne. C'est à ce moment que j'ai remarqué que Los Zetas avaient un packaging très particulier. Ils utilisaient ces petits pochons colorés avec des logos dessus.

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Un jour, en récupérant de la came d'un dealer que je connaissais bien, je me suis interrogé sur ce nouveau marketing de la drogue. Je me demandais combien de designs différents existaient.

Les designs des pochons étaient presque saisonniers. Par exemple, à Noël, il y avait un petit Père Noël, une dinde à Thanksgiving et une couronne pour l'Épiphanie. Parfois il y avait des éditions spéciales, avec des logos de Superman ou des Rolling Stones, des trucs du genre.

Au début, ma collection ne contenait que les pochons que j'achetais moi-même, mais quand les gens ont su ce que je faisais, ils ont commencé à me faire parvenir les leurs. Aujourd'hui encore, des années après, je reçois des messages de gens qui ont des pochons à me donner. Je ne m'attendais pas à ce que ma collection devienne une sorte d'archive du cartel le plus dangereux du Mexique, mais c'est ce qu'elle est finalement devenue.

Voici quelques-uns des pochons qui étaient en circulation à Torreón à l'époque.