Tom Hunter a passé les années 1990 dans un van à organiser des free parties

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Tom Hunter a passé les années 1990 dans un van à organiser des free parties

Le souvenir en images d'une époque réprimée et tuée par des connards en costard.
30.1.14

Cette année, on fête les 20 ans du Criminal Justice and Public Order Act de 1994, une loi bannissant les raves et condamnant la scène techno à se prolonger dans des clubs chers, petits et moches, mais légaux. Pour marquer le coup, le photographe Tom Hunter expose sa série « Le Crowbar », un portfolio issu du temps passé sur les routes d'Europe, au milieu des années 1990, parmi un convoi de vans, d'ambulances et d'autobus convertis, à organiser des raves et des festivals impromptus. Si vous passez à Londres du 6 au 26 février, allez jeter un œil à son expo « Life on the Road » au LCC dans le quartier de l'Elephant and Castle.

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À l’âge de 15 ans, Tom Hunter a déménagé de Dorset à Londres. Il a exercé quelque temps le métier d'élagueur dans les Parcs royaux de Londres avant de se payer un voyage d’un an en Amérique. C'est à cette occasion qu'il a commencé à prendre des photos mais, malheureusement, « aucune photo n'était bonne. L'objectif devait être cassé, ou quelque chose dans le genre ».

Malgré tout, Tom a décidé de devenir photographe. En 1991, il s'est inscrit à ce qui était alors le London College of Printing. Au cours de ses études, Tom s'est rapproché de la scène squat de Ellingfort Road, dans le district londonien de Hackney. En 1994, cette communauté prospère de voyageurs en van et de squatteurs de bâtiments abandonnés est devenue le thème central de son projet de fin d'études.

Le Total Resistance soundsystem

Les squats et les teknivals que ces travellers organisaient ont introduit la scène rave à Tom. Et, après avoir rencontré les gens derrière les Spiral Tribe ou Total Resistance soundsystem, il a décidé de fonder « Le Crowbar », un café végétarien mobile qui a suivi la scène rave à travers l'Europe.

« La philosophie était très Do It Yourself, m’a raconté Tom. Les DJ n'avaient pas de nom – pas d’ego, pas de PAF à l’entrée. On adorait vivre dans des squats, aller à des free party et écouter gratuitement de la musique. »

Tom a continué : « On était souvent bien accueillis par les habitants. On se pointait dans un nouvel endroit, où les gens avaient l’habitude de lâcher plein de thunes pour passer la soirée en club, à écouter de la musique de merde ou à se faire jeter par les videurs. Nous, on passait du bon son, on les laissait jouer leurs disques, et c’était gratuit. Les gens pouvaient faire ce qu’ils voulaient – apporter leurs boissons, leurs drogues. C’était excitant pour tout le monde. Dans chaque ville, on allait dans les shops de disques, on rencontrait les gens, on se procurait les nouveaux beats. »

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Malgré leur vision claire de quelle genre de soirées ils voulaient faire, les raves n’étaient pas organisées de façon rigoureuse. « Personne n’avait de rôle précis, m’a expliqué Tom. Si t’étais bon en dessin, tu faisais le flyer, t’allais le photocopier en ville et tu le distribuais, pendant que les autres allaient chercher des bières et s’occupaient des générateurs. »

L’un des vans convertis du convoi de Tom

« On rencontrait des gens de la scène underground de France, d’Espagne, d’Italie, du Portugal… Et c’est devenu de plus en plus gros. C’était incroyable, comme l’excitation se transmettait. Le café était ouvert 24 heures/24 pendant 5 jours, et ensuite on roulait jusqu’à un lac – 20 ou 30 personnes qui se baignaient, qui bronzaient. »

Mais les voyages ne consistaient pas seulement à organiser des teufs. « C’était super chiant d’aller d’un point à un autre, m’a confié Tom. Le van n’allait pas à plus de 60 km/h, et sur l’autoroute en Allemagne, les camions n’étaient pas autorisés à doubler, donc on se traîner un cortège de camionneurs en colère derrière nous. Les voyages en eux-mêmes étaient super ennuyeux, tout comme le fait de passer deux heures au supermarché pour approvisionner le café. »

Avec le temps, le noyau dur de la communauté a commencé à s’effriter. Quand j’ai demandé à Tom ce qui était arrivé à tous les gens impliqués, il m’a répondu : « Le Total Resistance soundsystem est allé en Turquie, au Moyen-Orient, jusqu’en Inde, même. Mais ensuite, la police s’est mis en tête de les traiter comme des menaces pour la société. On ne payait pas d’impôts, certains dealaient et les festivals attiraient des bandes de kids des cités européennes, qui pensaient que tout était gratos. Au début, on amenait du nouveau, mais ensuite ils ont réalisé que les free party suçaient les bénéfices des clubs, donc il y a eu des plaintes. Pareil en Angleterre – Ministry of Sound et tous ces gros clubs se sont mis à faire de l’argent là-dessus. Ils voulaient en profiter, donc ils se sont mis à commercialiser le truc.

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Ils ont ouvert leurs propres clubs, avec des prix d’entrée délirants, jouaient tous la même musique, ont embauché des videurs baraques et sont rentrés dans la légalité. C’est là que ça a commencé à dériver en Angleterre. C’est super l’été, mais impossible de faire de la thune avec ce qu’on faisait en hiver. Tout est devenu étroitement contrôlé et la police a mis un frein au mouvement. C’était très similaire à l’explosion punk ; toute cette énergie, cette excitation ne pouvait pas durer éternellement. Mais quand c’était là, c’était juste incroyable. »

Photo by Dave Fawcett

Photo by Dave Fawcett

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