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Peut-on sauver le monde de la surpopulation en faisant payer chaque naissance ?

Beaucoup de gens peuplent cette planète. Et selon les dernières prévisions de l’ONU, le nombre d’êtres humains n’est pas prêt de diminuer.
26 juin 2013, 9:32am

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Beaucoup de gens peuplent cette planète. Et selon les dernières prévisions de l’ONU, le nombre d’êtres humains n’est pas prêt de diminuer. La population mondiale devrait atteindre les 7,2 milliards le mois prochain et on estime qu’elle atteindra les 11 milliards en 2100, ce qui devrait peser sur la quantité déjà limitée de ressources naturelles de la planète. Le fait que la pollution accrue, que le réchauffement climatique soit de plus en plus intense et la certitude qu’il y aura encore plus de personnes autour de vous (ou plus raisonnablement, vos enfants) devrait vous assurer que le futur ressemblera, comme prévu, à la planète Mars dans Total Recall.

Mais en dépit des risques qu’elle représente, la surpopulation est un sujet sensible. L’expression « contrôle de la population » fait instantanément resurgir le fantôme des régimes autocratiques qui avaient pour habitude de chier sur le droit inaliénable de l'homme à se reproduire. Et sérieux, même un régime autocratique n’a jamais eu l’air de vouloir faire ça. Mais parce qu’on est sûrement les seuls animaux de la planète à pouvoir choisir sciemment d’avoir des enfants par bus entiers, est-il le temps d’envisager des options qui aideront à maîtriser la courbe de croissance de la population afin de protéger l’environnement et l’espèce humaine dans son ensemble ? J’ai parlé avec Michael E. Arth, urbaniste, militant écologiste et ancien homme politique, qui a écrit sur la surpopulation et les options qu’il nous reste si l’homme ne veut pas cesser d’exister d’ici le siècle prochain.

Michael E. Arth, en train de serrer la main de ses partisans, du temps où il était candidat au poste de gouverneur de l’État de Floride, en 2010. (Photo via)

VICE : Que pensez-vous de ces prévisions ? Doit-on s’attendre à un futur sinistre ?
Michael E. Arth : Ces prévisions oublient surtout deux points. D’abord, elles n’incluent pas l’effet terrible de la croissance de la population sur l’environnement. Ensuite, elles ne traitent pas de la probabilité de l’extension radicale de la durée de vie.

Vous parlez des recherches qui visent à allonger la durée de vie des gens ?
Oui. Beaucoup de chercheurs, dont Aubrey de Grey du projet Stratégies pour la sénescence négligeable machinée (SENS), sont en train d’étudier comment prolonger la vie indéfiniment. On trouvera probablement comment résoudre les problèmes liés au vieillissement et à la mort au cours des prochaines décennies. Mais le problème, c’est que ralentir la croissance de la population sera encore plus compliqué.

Alors si les gens se mettent à vivre de plus en plus longtemps, comment traitera-t-on la surpopulation ?
C’est pour cette raison qu’il faut s’y mettre dès aujourd’hui. Attendre ne fait qu’aggraver le problème. La population mondiale augmente de 220 000 personnes par jour, après avoir compté les 155 000 qui décèdent. Ce problème est un genre d’Hydre, dans le sens où plus de deux naissances remplacent immédiatement chaque décès. C’est comme si l’on ajoutait les populations combinées de l’Angleterre, de l’Irlande et de la Nouvelle-Zélande chaque année à la population mondiale. Les élites politiques ne parlent pas de la surpopulation parce qu’elles se concentrent sur des questions qui les feront réélire sur le court terme, pendant que les intérêts commerciaux qui les influencent souhaitent, de leur côté, voir toujours plus de consommateurs.

Un panneau à Nanchang, en Chine, sur lequel est écrit : « Pour le bien de notre pays, utilisez des contraceptifs ». (Photo via)

Personne n’en parle à part la Chine.
La Chine compterait deux milliards d’habitants aujourd’hui si elle n’avait pas mis en place la politique de l’enfant unique. Néanmoins, il y a 350 millions de Chinois supplémentaires depuis que la Chine a mis en œuvre des mesures de planification familiale strictes en 1978, pour contrecarrer « l’élan démographique ». À cause de l’explosion démographique sous Mao, l’âge moyen de la population a chuté. Jusqu’à ce que ces nombreuses jeunes personnes aient leurs propres enfants, la population a augmenté plus rapidement que si la démographie avait été distribuée équitablement. De fait, même la limitation à un seul enfant par couple n’était pas assez pour ralentir la croissance démographique chinoise.

Mais grâce à la politique de l’enfant unique – qui, d’ailleurs, compte beaucoup d’exceptions – la population vieillissante de la Chine ne va plus trop croître désormais, du moment qu’ils conservent ces restrictions.

La Chine, ainsi que le reste du monde, se porterait mieux si elle mettait en place des plans de permis de naissance commercialisables et basés sur le libre choix, ou des « crédits de naissance », qui pourraient mettre un terme ou inverser les croissances démographiques du jour au lendemain. Les crédits de naissance permettent aux gens d’avoir autant d’enfants qu’ils le souhaitent et peuvent gérer et récompenser ceux qui sont prêts à renoncer à ce droit.

Financièrement ?
Oui. Le marché déterminerait le prix d’un crédit de naissance. Dans tous les cas, le coût d’un crédit de naissance représenterait une fraction minuscule du coût réel d’élever un enfant. Les crédits de naissance fonctionneraient très bien parce que c’est une manière de peu payer pour résoudre un problème énorme – et l’idée de choix demeure bien présente. Chaque personne obtiendrait un demi-crédit de naissance, qu’elle pourrait associer à un partenaire afin d’avoir un enfant, et en suivant cette idée, chaque personne pourrait vendre son demi-crédit au taux du marché. Chaque enfant supplémentaire coûterait un crédit en plus. Le non-respect de la règle serait sanctionné d’une amende plus forte que le prix du crédit, et il y aurait des sanctions sur les pays qui refuseraient d’y participer.

Les États-Unis ont historiquement toujours eu des politiques qui encourageaient les familles nombreuses, même chez des gens qui ne pouvaient pas se le permettre. Pour toucher plus d’allocations, tout ce qu’on a à faire, c'est d’avoir plus d’enfants, et cela encourage bien entendu la sur-reproduction.

Le mathématicien Bertrand Russell, qui écrivait sur la surpopulation à une époque où la population mondiale était la moitié de ce qu’elle est aujourd’hui, a dit : « L’humanité préférerait se suicider que d’apprendre l’arithmétique ». Les hommes ont appris à prêter attention aux désastres locaux – tornades ou les tremblements de terre – mais on ignore le lent désastre mondial que représente la surpopulation. On commence à parler de ses conséquences – le réchauffement climatique, la pollution, l’épuisement des ressources, les guerres et l’immigration – mais nous devons impérativement prendre le problème à la racine.

(Photo via)

Mais n’est-ce pas immoral de dicter aux gens combien d’enfants ils peuvent avoir ?
La liberté des uns s’arrête là où l’exercice d’un droit individuel commence à empiéter sur les droits que nous partageons. L’un des aspects de la tragédie des biens communs est cette croyance selon laquelle les gens devraient pouvoir se reproduire sans se soucier des autres.

La plupart des enfants sont mort-nés et la nature a cruellement disséminé le troupeau avec des maladies, des famines et des guerres. À présent que nous prolongeons la qualité et la durée de nos vies, nous devons respecter ces réalités. La mise en œuvre des crédits de naissance est le meilleur compromis entre les droits individuels et collectifs, parce que d’une part, le choix est préservé et de l’autre, les biens communs ont plus de chances d’être conservés.

Vous avez parlé d’immigration. Quel rôle joue-t-elle là-dedans ?
La solution à la pression de l’immigration n’est pas de sécuriser les frontières, mais d’aborder la surpopulation dans les pays en voie de développement, où les problèmes économiques et écologiques font que les habitants émigrent. Les gens qui consomment peu et migrent vers des pays riches, amènent leur modèle reproductif – un fort taux de naissance, donc – avec eux.

Je vois.
L’éducation des femmes, l’amélioration du niveau de vie et l'accès aux moyens de contraception participent tous à baisser le taux de naissances. La mise en place des crédits de naissance favoriserait ces améliorations. Si on s’était occupés de ces problèmes dès 1985, deux milliards de personnes qui vivent aujourd’hui avec moins de deux dollars par jour, ne seraient jamais nés.

Existe-t-il une croissance démographique optimale ? Tout ça m’a l’air un peu fasciste.
On a excédé sept milliards de personnes en 2012, c’est-à-dire que nous sommes deux milliards de plus qu’en 1987. Il faut viser le zéro croissance démographique, très bien, mais une croissance démographique négative nous aiderait à préparer le terrain pour l’avenir, lorsque les gens vivront indéfiniment plus longtemps. On ne devrait pas prendre de risques avec la seule planète que nous avons, surtout lorsque la solution est simple et ne requiert aucune nouvelle technologie.

Pensez-vous qu’il y ait une chance que, si jamais ces politiques ne sont pas mises en place, la famine et la guerre augmentent en nombre et suppriment la population d’une manière bien plus agressive.
On voit déjà les effets de la surpopulation lorsqu’on observe la pauvreté, les guerres, les épidémies, la surconsommation des énergies fossiles et les famines de masse. Lors du tremblement de terre à Haïti en 2010, 220 000 personnes sont mortes, principalement à cause des conditions de vie insalubres causées par la surpopulation. La surpopulation a déboisé et dévasté un pays autrefois appelé « la Perle des Antilles ». Ces 220 000 personnes ont été remplacées le jour-même par de nouvelles naissances dans le monde. Compter sur des désastres causés par la surpopulation pour résoudre la surpopulation, c’est stupide et pire, cruel. Parfois, il faut savoir prendre des décisions sensées.

Merci, Michael.

Joseph est sur Twitter : @josephfcox

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