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Culture

Une introduction aux films d'horreur, par Alexandre Aja

Le maître français de la terreur nous a parlé de ses films préférés – qui sont aussi les vôtres.
2.10.14

Depuis l'apparition conjointe du pop-corn en sachet micro-ondable et de la critique Internet pour tous, n'importe quelle personne sur Terre est en mesure de dresser une liste de ses films d'horreurs préférés et de la soumettre au reste du monde. Si le reste du monde a généralement tendance à s'en moquer, on se demande fréquemment ce que les réalisateurs spécialisés dans l'horreur peuvent eux-mêmes regarder pour que leurs cerveaux malades accouchent régulièrement de bonnes idées.

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Alexandra Aja est un réalisateur français connu pour avoir mis en scène des tueurs en série armés de rasoirs, des mutants victimes d'irradiations nucléaires et des piranhas préhistoriques. Cette semaine marque la sortie de son nouveau film Horns, dans lequel Daniel Radcliffe interprète Ignatus Perrish – un type accusé du viol et du meurtre de sa copine, qui décide de se mettre en quête du vrai coupable à l'aide de ses nouveaux pouvoirs maléfiques et de la paire de cornes qui lui est soudainement poussée sur la tête.

On en a profité pour s'entretenir avec le réalisateur et lui demander de nous parler de ses films d'horreurs préférés, qui s'avèrent être exactement les mêmes que tout le monde. Voici donc une liste de dix classiques d'horreur – plus un hors-compétition – et sa critique éclairée de chacun d'entre eux.

SHINING, STANLEY KUBRICK (1980)
Il y a plusieurs niveaux de lecture sur ce film, c'est une œuvre qui mélange les genres. Pour beaucoup de gens, c'est un long-métrage absolument terrifiant, mais pour moi c'est surtout extrêmement drôle. Il y a une dimension d'humour noir dans la performance de Jack Nicholson, à chaque fois qu'il se met à parler, à rire, à poursuivre quelqu'un en hurlant. Ses dialogues sont savoureux, tout est empreint d'un cynisme absolu et atroce. La façon dont il se moque de sa femme tout en la terrorisant, c'est digne d'une comédie.

L'EXORCISTE, WILLIAM FRIEDKIN (1973)
Truc impensable (impossible?) aujourd'hui : se permettre de construire un film dans lequel il se passe absolument rien pendant plus d'une heure, le « héros » non plus n'est pas du tout là… avant d'enchaîner, d'escalader encore et encore et de repousser TOUTES les limites de l'époque. C'est ce qu'on appelle le slow-build.

ROSEMARY'S BABY, ROMAN POLANSKI (1968)
Polanski ne peut pas s'empêcher de charger ses films d'humour noir. Même quand ça n'a rien à faire là, c'est présent partout, il est incapable de faire autre chose. Le plan final, quand l'héroïne a compris qu'elle avait donné naissance à un démon, elle s'approche du berceau et d'un coup l'instinct maternel prend quand même le dessus…  Malgré tout, elle va le prendre dans ses bras et le bercer, comme une maman. Je trouvais ça super drôle et décalé. Mais peut-être que je suis un mec tordu.

HORS COMPÉTITION 1 : SCANNERS, DAVID CRONENBERG (1981)
C'est un film fleuve, d'ailleurs je travaille actuellement sur une adaptation du film en série télé que je vais écrire et réaliser. En réalité, David Cronenberg voit des années en avance tout ce dont on est témoin maintenant : la fin de la vie privée, les écoutes… Tout est anticipé. C'est exactement l'idée que je me fais de la vraie science-fiction.

ALIEN, RIDLEY SCOTT (1979)
C'est idiot, mais c'est parce qu'Alien est parfait que Prometheus est décevant. Tu savais en allant le voir que ça servait à rien d'espérer quoi que ce soit du niveau de l'autre, qui est extrêmement simple dans sa structure. Et le film a été déjà pompé par tout le monde depuis plus de 30 ans, donc aucun intérêt de toute façon.

MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE, TOBE HOOPER (1974)
Attention, je parle du 1er, celui de Tobe Hooper. Il amène un réalisme à l'horreur. Chose incroyable, la plupart des gens qui l'ont vu gardent une idée extrêmement gore du film. Alors qu'il y a très peu de sang, quasiment pas. Mais il y a une violence, une brutalité et un réalisme qui sont implacables. Rien, aucun remake, reboot ou toutes ces bêtises, n'est arrivé au doigt de pied de Tobe Hooper.

LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE, WES CRAVEN (1972)
C'est pour moi une sorte de révolution dans l'horreur. Tout d'un coup Wes Craven, réalisateur et monteur de documentaires, se voit confier une commande : un film d'horreur pornographique. Finalement ça n'a pas été porno, mais peut-être que ça aurait été plus acceptable si c'était le cas. En tout cas, ça aurait été un tout autre film que j'aurais été très curieux de voir. Bref, dans la version qui existe, Craven se dit soudainement qu'il va filmer cette histoire glauque (sorte de faux remake de La Source de Bergman) comme si c'était un documentaire. C'est en ayant cette approche qu'il décuple la peur et le malaise. Ça donne un film super difficile à regarder, malsain mais extrêmement intense.

LES GRIFFES DE LA NUIT, WES CRAVEN (1984)
Je ne serais pas honnête si je mettais pas Les Griffes de la nuit. C'est ma première peur, mon premier traumatisme. C'est ça qui m'a fait le plus flipper quand j'avais 10 ans. C'est un monument parce que le concept est incroyable : la peur ne s'arrête pas avec la fin du film. C'était la première fois. Le générique ne concluait rien : on rentrait chez nous et on avait peur de dormir ! On pensait que Freddy Krueger viendrait nous tuer dans nos rêves. C'était un tour de force incroyable de réussir un film où la peur nous suit comme ça.

THE THING, JOHN CARPENTER (1982)
Les effets spéciaux de Rob Bottin sont tarés. Encore aujourd'hui, je me demande comment la moitié ont été faits ! La première scène avec la poursuite du chien sur la glace par l'hélicoptère : tout est là. Quand on pense que le film n'a pas été un succès à la sortie, c'est à la fois dingue, frustrant et incompréhensible : pourquoi ? Qu'est-ce qu'il vous fallait de plus, sérieux ?

SIXIÈME SENS, M. NIGHT SHYAMALAN (1999)
C'est toujours délicat, de choisir le dernier. J'aimerais mettre L'Orphelinat, mais j'aime énormément Sixième Sens. Je sais que c'est facile à dire vu le succès énorme qu'il a eu, mais c'est vrai. Tout d'un coup, alors que tout le monde partait dans une mise en scène ultra-clippée, un réalisateur décide de revenir à un classicisme absolu. Un minimalisme de plan, une action qui se déroule graduellement… Il a réussi à faire un film qui dépasse le cadre du fantastique, qui parvient à faire peur mais qui va beaucoup plus loin que ça dans l'émotion. Je trouve qu'en le remettant en perspective au moment où il arrive, on est forcé d'admettre que c'est un OVNI dans la production qui devient un énorme succès presque « par erreur », c'est un anachronisme, une anomalie.

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