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Vice Blog

ON A DISCUTÉ AVEC TODD SOLONDZ

28.4.10

En 1998, Happiness, la comédie dramatique de Todd Solondz, a fait polémique parce qu'elle traitait notamment de ce thème controversé qu'est la pédophilie. Le réalisateur américain vient de réaliser la suite du film, et a retrouvé la même famille, dix ans après. Life During Wartime est un excellent long-métrage dans lequel Solondz défie les fans du premier volet en changeant entièrement le casting. On trouve donc, entre autres, Charlotte Rampling, Michael Kenneth Williams (Omar de The Wire), et Paul (Pee-Wee Herman) Reubens. Le film sort aujourd'hui au cinéma.

*Vice : J'ai vu Life During Wartime hier et, coïncidence, ma copine vient de m'acheter une poupée Pee-wee Herman. C'était cool de voir Paul Reubens dans le film, et surtout, j'adore votre façon de le mettre en scène.*
Todd : Ouais, moi aussi je l'adore. Même si je n'ai pas chez moi de poupée Pee-Wee Herman emballée dans du papier cadeau, j'ai toujours adoré Pee-Wee. J'ai toujours trouvé l'univers de Pee-Wee à la fois triste et inquiétant et j'ai pensé que grâce à ça, son rôle dans le film serait plus poignant. Je me suis dit que personne ne l'avait jamais vu dans ce genre de rôle et j'ai trouvé ça touchant.

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Ouais, ça m'a donné envie de le découvrir plus encore. Je pense que votre film montre bien qu'il méritait une autre carrière que celle qu'il a eue.
Oui, on réalise probablement qu'il y a beaucoup de choses en lui qu'on a pas encore vues. Mais en ce moment il joue toujours son spectacle live, Pee-Wee Show. Il viendra peut-être même à Londres.

Je croise les doigts. Alors, est-ce que cette suite de Happiness sort un peu de nulle part ou est-ce que c'est le fruit de plusieurs années de réflexion sur les personnages ?
C'est dur de répondre à cette question, parce que de toute évidence, je n'ai pas de plan de carrière défini. Si j'en avais eu un, je n'aurais jamais réalisé Happiness en premier. Écrire la suite de Happiness était beaucoup plus flippant qu'écrire Happiness lui-même, puisque je savais très bien que les gens compareraient les deux films. Mais j'ai essayé de me sortir ça de la tête, et le film est vraiment conçu pour se suffire à lui-même et se défendre tout seul, même dans le cas où vous n'auriez jamais rien vu de ce que j'ai fait avant.

J'ai lu que vous aviez été perturbé que les gens aient trouvé votre portrait de Bill (le pédophile dans Happiness) trop compatissant. Je suppose que ce n'est pas le cas de tous les gens qui ont apprécié le film, et que beaucoup ont compris que vous vouliez surtout montrer l'aspect tridimensionnel que l'étude d'un personnage implique.
Les gens utilisent des mots comme « compatissant » pour parler de ma vision du pédophile : je n'ai pas seulement fait ce film pour dire ce que je pense du personnage, mais faire ce film a sans doute été une opportunité de clarifier ce que je pense de lui. La difficulté avec mon travail, c'est qu'il touche les gens de façons très différentes. Il y a des gens qui l'envisagent comme une immersion sérieuse dans ce que l'humanité veut réellement dire, mais il y en a d'autres qui le perçoive comme une manoeuvre psychologique misanthrope. Le comique et le pathos sont tellement intriqués dans mes films qu'il est dur de prévoir les réactions des gens. C'est trop simpliste et réducteur de me qualifier de misanthrope. C'est facile d'aimer les hommes et de diaboliser un personnage comme Bill ; mais ça l'est beaucoup moins d'essayer d'embrasser l'humanité entière en ne niant pas l'existence de personnages comme Bill. C'est une plus grande tentative alors d'explorer ce que c'est vraiment que d'être un humaniste, d'être capable d'accepter complètement ce que l'on est et qui on est. Mes films se proposent d'explorer ça, mais les interrogations que je formule vont au-delà de notre capacité à y répondre.

Les tabous culturels, surtout dans le cinéma, ont beaucoup évolué ces dix dernières années. Pensez-vous que Happiness ferait moins polémique s'il sortait aujourd'hui ?
Je ne pense pas que Happiness pourrait être réalisé aujourd'hui, sauf si d'autres films du même genre étaient sortis il y a dix ans. Je pense vraiment que le film a actionné certains leviers chez les gens, et une fois ces leviers actionnés, tu ne peux pas revenir en arrière. On vit dans une période d'hystérie. Lorsque j'étais gamin et que j'allais au parc, je me souviens d'une pancarte « Interdiction aux enfants d'entrer non-accompagné d'un adulte », et aujourd'hui, la même pancarte dit « Interdiction d'entrer aux adultes non-accompagnateurs d'un enfant mineur ». C'est un autre monde. Quand on en arrive à devoir considérer les relations entre enfants et adultes de cette façon, c'est qu'on a atteint un degré de paranoïa immense.

J'allais vous demander si vous vous voyiez ré-exploiter vos personnages encore dans dix ans. Mais en fait, je réalise un truc : j'adorerais voir Happiness, la série télévisée.
Ah ! Le truc, c'est que je devrais envisager la télé, parce que c'est comme ça que je pourrais vraiment gagner ma vie. Mais je pense aux films et à la sensation d'être dans une salle obscure avec un grand écran, et c'est ça que j'aime. J'ai déjà un script tout prêt, avec d'autres personnages que ceux que j'ai déjà mis en scène, mais je ne dis jamais « jamais ». J'aurais été hyper surpris, il y a dix ans, si on m'avait dit que je ferai une suite de Happiness, et je serais encore plus surpris si on me disait que j'en ferai un 3e volet. Mais oui, je ne dis jamais « jamais ». On verra bien dans dix ans.

ALEX GODFREY