Comment les drogues affectent votre sexualité

Des scientifiques et des psychonautes nous ont parlé de l'influence des substances psychoactives sur notre manière de baiser.

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nov. 24 2015, 6:00am

Toutes les illustrations sont de Carly Jean Andrews

« Un nombre important de personnes consomme un nombre important de drogues différentes », m'a récemment expliqué Matthew Johnson, professeur en psychiatrie et en sciences du comportement à l'université Johns Hopkins. « Et un nombre important de gens font l'amour. Nommez n'importe quelle drogue, et les gens vous diront à quel point ils adorent baiser après en avoir pris. »

Si vous avez déjà mis les pieds dans une boîte de nuit, sur internet ou dans une fête étudiante, vous savez que Johnson tient quelque chose. Une bonne partie de l'humanité aime se défoncer. Et à partir du moment où on a découvert comment brûler, fermenter, ou encore synthétiser des substances psycho-actives, de l'alcool à la coke en passant par le LSD, on a aussi trouvé le moyen de les incorporer à notre vie sexuelle.

Si l'on considère depuis combien de temps – et à quelle fréquence – les humains ont mélangé la drogue et le sexe, on pourrait penser que nous comprenons aujourd'hui assez bien les effets de l'un sur l'autre. Mais comme peut en témoigner Johnson – qui dirige des essais cliniques sur les effets des narcotiques sur le comportement humain –, les drogues nous affectent tous de façon plus ou moins différente. Certaines ont un effet pharmacologique direct sur notre manière de percevoir le monde, quand d'autres vont affecter notre cerveau au point de nous empêcher d'avoir une relation sexuelle satisfaisante. Elles peuvent nous permettre d'atteindre une extase totale ou nous faire prendre des décisions risquées et dangereuses qui impacteront négativement notre santé et le bien-être de nos partenaires. Elles peuvent aussi jouer un rôle non négligeable dans les agressions sexuelles. Et ces effets gagnent encore en complexité et en imprévisibilité lorsque l'on mélange différentes drogues.

Afin de comprendre un peu plus l'influence des drogues sur notre sexualité, nous avons écumé des forums de psychonautes, lu les rares études existantes sur le sujet et interrogé autant de personnes que possible. Voici ce qu'il en a résulté.

L'alcool

L'alcool est certainement le désinhibiteur le plus utilisé pour engendrer la baise ou l'améliorer. À en croire plusieurs études, l'alcool est impliqué dans plus de la moitié des interactions sexuelles aux États-Unis, du moins chez les jeunes – bien qu'on ne sache pas exactement s'il s'agit de l'utiliser pour l'enivrement en lui-même ou en tant que lubrifiant social. De façon prévisible, les histoires qui mêlent l'alcool et le sexe se comptent par dizaines. Certaines anecdotes suggèrent que des buveurs voient leur intérêt sexuel, leur excitation, ou encore leurs orgasmes démultipliés lorsqu'ils boivent, tandis que d'autres détaillent différents problèmes liés à tout ça.

« Il n'est pas affirmé que les gens prennent plus de plaisir [lorsqu'ils ont bu ou sont défoncés] », me raconte Johnson. « Il s'agit sûrement davantage de l'effet désinhibiteur. L'anxiété sociale qui apparaît généralement à l'approche d'un potentiel partenaire disparaît. Ou alors il est plus facile de suggérer à votre partenaire une pratique sexuelle que vous ne suggéreriez pas d'habitude, en particulier si ça fait peu de temps que vous êtes ensemble. »

La plupart des choses que l'on fait sous alcool sont le résultat de la manifestation de nos attentes. Si on s'attend à de l'excitation et à de la baise, on a des chances de réaliser cette prophétie.

Quand il est consommé en grande quantité, l'alcool ne fait pas que lever les inhibitions – il agit aussi sur la prise de décision sur le long terme, ce qui augmente drastiquement vos chances d'avoir des rapports non protégés.L'alcool agit sur votre cerveau, votre système nerveux et votre corps et peut causer des problèmes d'érection chez les hommes et des sensations amoindries et des orgasmes plus lents et plus difficiles à venir chez les hommes et les femmes. (Certains couples apprécient effectivement cet effet-là, du fait qu'il pallie aux problèmes d'éjaculation précoce). La déshydratation causée par l'alcool peut aussi causer une sécheresse vaginale chez la femme, ce qui rend la pénétration plus difficile ou douloureuse.

Au stade le plus bénin, on peut dire que l'effet « le monde est plus beau après trois pintes » existe réellement. Au stade le plus malin, l'alcool joue un rôle important dans les agressions sexuelles, violences physiques, et les viols en inhibant la conscience de l'individu et son consentement.

La coke et les amphétamines

Vous avez sûrement déjà entendu une tonne d'histoires qui parlaient de partouzes alimentées par de la coke ou de la meth, et peut-être impliquaient-elles d'anciens hommes politiques. C'est parce que les amphétamines et la coke font partie des quelques drogues dures qui ont de véritables qualités aphrodisiaques. Et selon Steven Shoptaw, professeur et psychologue spécialiste des drogues à UCLA, certaines amphétamines sont utilisées au sein de catégories démographiques diverses, ce qui est inhabituel pour la plupart des drogues. Il parle ainsi des motards, mais aussi des femmes au foyer qui veulent maintenir un certain appétit sexuel malgré leurs tâches quotidiennes, et qui tournent à la crystal et à la blanche.

Plusieurs récits de parties de jambes en l'air sous coke évoquent les termes « bestial » ou « invincible ». Il est possible de voir ça dans The Casual Sex Project (CSP), une série de témoignages recueillis par la chercheuse à NYU Zhana Vrangalova, qui étudie la sexualité en dehors des relations monogames traditionnelles. L'un des sujets, « Aslan », une femme de 34 ans qui vit au Panama, raconte son récent coup d'un soir sous cocaïne en ces termes :

« C'était une partie de jambes en l'air bestiale avec un bel étranger. C'était presque irréel. Ce n'est qu'après coup que j'ai considéré les possibles effets sur ma réputation et la possibilité de me retrouver enceinte ou avec des MST. »

Cependant, certaines personnes considèrent ces drogues-là comme de simples outils qui leur permettent de rester éveillés et concentrés. Alors que d'autres les voient comme des inhibiteurs et les accusent de causer des dysfonctionnements érectiles. Il y a plein d'opinions différentes, mais la science suggère que la grande majorité des personne qui avalent, sniffent ou s'injectent ces drogues connaîtront des effets à même de rendre leur sexualité plus exaltante.

Selon Soptaw et Larissa Mooney, qui est également professeur sur les problèmes liés aux substances à UCLA, les amphétamines submergent nos cerveaux de dopamine, un booster d'endurance, nous faisant nous sentir incroyablement positifs, pleins d'énergie, et hyper concentrés. Mais elle altèrent aussi la façon dont nous prenons des décisions et peut exacerber nos désirs personnels et nos perceptions sur le court-terme. Elles augmentent aussi le pouls et la pression artérielle, ce qui peut rendre les sensations physiques plus puissantes, alors qu'elles ralentissent aussi l'arrivée des orgasmes.

Il y a quelques petites différences entre ces deux drogues. Les effets de la coke s'atténuent généralement en une heure, alors que ceux de la meth peuvent durer entre 11 et 12 heures. Mais en général, vous vous sentirez comme une sorte de dieu du sexe – tout a l'air génial, et en plus, ça durera plus longtemps.

« Les gens expérimentent le moment où ils baisent, re-baisent et baisent encore mais ne jouissent pas, » a affirmé Shoptaw à VICE à propos des marathons de sexe sous amphétamines.

Mais l'usage de ces drogues s'accompagne aussi de risques fréquents, qu'ils soient sexuels ou non. En encourageant les marathons de sexe intense, elles peuvent amener les gens à repousser les limites de leur corps, provoquant des saignements et des irritations. Si l'on y ajoute un manque de sommeil et une perception atténuée des risques, le désir irrésistible de faire l'amour impliqué par la consommation de coke, meth, ou pilule augmente les chances de contracter des maladies.

Sur le long terme, la consommation de ces drogues peut engendrer le symptôme du « coke » ou « crystal dick », c'est-à-dire une bite flasque et molle. Mais la façon dont les amphétamines peuvent ravager vos récepteurs du plaisir est d'autant plus inquiétante du fait qu'elle pourrait simplement tuer votre vie sexuelle quand vous êtes sobre sans parler de votre capacité générale à ressentir de la joie sans vous faire une dose, un problème qui n'est malheureusement pas rare chez les fumeurs de meth réguliers.

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La weed

Après l'alcool, la weed est certainement la drogue la plus utilisée dans la chambre à coucher. Et comme pour l'alcool, les récits de baise sont nombreux et divers. Certaines personnes décrivent la weed comme un aphrodisiaque qui permettrait une érection plus dure ou une meilleure lubrification, ou encore comme un relaxant qui leur permet de se lâcher un peu. D'autres trouvent que la weed tue leur appétit sexuel. Malgré les récits divers, les études portant sur le cannabis et la sexualité montrent que la plupart des consommateurs y trouvent des avantages.

« En général, les deux tiers des utilisateurs les plus expérimentés rapportent une amélioration de leur vie sexuelle », m'a expliqué Mitch Earleywine, un psychologue qui étudie le cannabis à SUNY Albany. « [Des sondages plus anciens] suggèrent que les hommes sont des amants plus attentifs après avoir fumé de l'herbe, et la plupart des personnes affirment penser que cela rend leurs orgasmes plus intenses et augmente leur excitation. »

Il existe de nombreuses théories sur l'action neurochimique de la weed sur notre cerveau. Mais la weed augmente essentiellement nos sensations, ce qui peut augmenter ou diminuer notre excitation en fonction de notre état d'esprit et de l'environnement dans lequel nous nous trouvons.

Comme l'explique Earleywine, « les cannabinoïdes modulent la réactivité aux stimuli de l'amygdale en général, et l'amygdale joue un rôle important dans l'expérience de sentiments forts, notamment en lien avec le sexe. D'une certaine façon, le cannabis peut permettre à l'amygdale de percevoir des stimuli moyens comme plus sexuels qu'ils ne le seraient en temps normal. »

D'un autre côté, la weed peut aussi magnifier la peur et la dépression, et causer une certaine paranoïa. Ceci peut alors vous dissuader de faire l'amour, ou vous distraire de toute impulsion sexuelle. Il est aussi important de noter que certaines études rapprochent la consommation de weed à une fertilité diminuée et à des problèmes d'érection.

Des activistes anti-weed ont récemment tenté d'étiqueter l'herbe comme la nouvelle drogue du viol. Bien que la weed altère nos perceptions, elle ne semble cependant pas augmenter le taux de comportements à risques en termes de sexe comme l'alcool ou les amphétamines. Et étant donné que la weed bénéficie actuellement de législations de plus en plus souples à travers le continent, pour un nombre important d'amants, elle doit sûrement constituer la drogue de cette liste la plus à même d'offrir équilibre et sécurité.

Cependant, du fait d'un manque de recherche et de leur idiosyncrasie, on ne connaît toujours pas bien les effets des cannabinoïdes de synthèse, que nous ne recommandons en aucun cas.

La MDMA

Si l'on s'en tient à la douzaine de récits de baises sous MDMA que l'on peut trouver dans la base de données du Casual Sex Project, on pourrait croire que la MDMA, une drogue dure unique qui allie les qualités des amphétamines et des hallucinogènes, est juste un autre stimulant aphrodisiaque. Voici un extrait du récit de « DJ », un mec de 30 ans qui vit dans le Connecticut et a consommé de la MD avec un plan cul trouvé sur un site de rencontres :

« Il y a eu un certain moment pendant la nuit où j'ai eu l'impression que nous étions dans une autre dimension. Sur le moment, seul notre plaisir avait de l'importance. La nuit a commencé aux alentours de sept heures du soir et on a fait l'amour jusqu'à sept heures du matin. »

À l'entendre, on pourrait penser qu'il s'agit d'un marathon sous amphets. Un marathon de sexe plus tendre que sous meth, mais un marathon quand même. Et dans certaines études, la moitié des utilisateurs ayant répondu aux chercheurs disent avoir expérimenté une libido en hausse, renforçant les stimulations créées par la drogue. Mais cela n'a à vrai dire pas beaucoup de sens si l'on jette un œil aux propriétés pharmacologiques de la MD.

« La MDMA pure produit de l'euphorie et un sentiment d'empathie chez la plupart des gens, » explique Karen McElrath, professeure et chercheuse à l'université de Fayetteville qui travaille sur la MDMA. « Un nombre certain de consommateurs de MDMA pure expérimenteront des sentiments de proximité émotionnelle (même avec des étrangers), ce qui peut inclure une certaine sensualité, bien qu'il n'y ait pas de désir de pénétration. »

McElrath, tout comme Zvi Zemishlany, professeur à l'université de Tel Aviv et auteur de l'une des études qui lie la MDMA à des expériences stimulantes, suggère que les torrides escapades des consommateurs sont souvent le résultat de pilules ou de poudres impures – ou du mélange avec d'autres drogues.

Certaines personnes essayent tout de même d'utiliser la MDMA pour améliorer leurs qualités empathiques durant leurs rapport sexuels. Mais la plupart du temps, les soucis impliqués par la consommation de la drogue, comme la perte de désir ou les problèmes d'érection, l'emportent. Tant qu'elle n'est pas à l'origine d'un sentiment d'anxiété (ce qui peut être le cas), la MDMA convient mieux aux câlins qu'aux parties de jambes en l'air.

Il est important de noter que l'on ne sait pas encore si les propriétés émotionnelles et sensorielles de la MDMA s'étendent à ses variantes – comme par exemple les cathinones de synthèse tels que le MDPV (alias sels de bain), qui sont souvent vendus sous le nom de la MDMA dans les rues.

Comme l'explique McElrath, « les cathinones de synthèse ont été reliés à la libido, mais cette relation est très peu documentée. Clairement, les cathinones de synthèse ont des propriétés proches de celles des amphétamines, et comme la plupart des autres stimulants, ils peuvent augmenter le désir sexuel et rallonger l'activité sexuelle » et porter des risques semblables.

Les hallucinogènes

Les psychédéliques et drogues dissociatives (une catégorie assez large qui couvre la DMT et le LSD, en passant par la kétamine et le PCP) font partie des drogues les plus imprévisibles et subjectives sur le marché. Jetons juste un œil aux récits de sexe sous LSD : « Matthew », un mec de 33 ans venant d'Austin, Texas, raconte un trip sous LSD particulièrement chaud lorsqu'il avait 16 ans :

« Je flirtais avec toutes les filles parce que j'avais l'impression de sentir leur désir rien qu'avec un contact visuel... J'ai attrapé une fille par les hanches et l'ai approchée à quelques centimètres de mes lèvres avant de la relâcher. Ensuite, j'ai recommencé en établissant une relation de séduction devant nos deux groupes [d'amis]. Je suis sûr qu'ils disaient des trucs dans notre dos mais nous étions tous les deux dans un monde à part [sic]. »

Mais pour d'autres, le LSD est trop distrayant, les trips trop chelous, pour qu'il y ait une tension sexuelle.

Il en est de même pour la psilocybine, aka les champignons magiques. Certains disent qu'ils créent une sorte d'excitation primaire qui ressemble à celle ressentie sous amphétamines. D'autres les décrivent comme une drogue du câlin proche de la MDMA. C'est le cas d'« Anna », une femme de 35 ans qui vit dans le sud des États-Unis. À l'âge de 18 ans, elle a pris des champis qui lui ont donné un étrange sentiment de proximité avec un garçon qui la laissait indifférente jusqu'ici – sans qu'ils ne modifient ses sensations pour autant.

On peut voir la même variabilité chez toutes les drogues dissociatives et psychédéliques, qu'il s'agisse de DMT de kétamine, de peyotl ou de PCP. Ces drogues sont unies par la même caractéristique : leurs effets sont imprévisibles.

D'après Johnson et Michael Kometer, neuropsychologue spécialiste des états d'altération qui étudie les psychédéliques et la conscience à l'université de Zurich, tout ceci est influencé par les effets qu'ont ces drogues sur le cerveau humain. Chacune va frapper des récepteurs un poil différents. Le LSD tape large, ce qui le rend particulièrement imprévisible. La DMT tape fort, donc vous serez certainement trop HS et défoncé pour faire l'amour. Et le PCP et la kétamine frappent dans notre encéphale profond, ce qui rend ces drogues particulièrement destructrices et risquées – elles peuvent stopper la respiration, par exemple.

Selon le type de personne que vous êtes, l'endroit où vous vous trouvez et votre état d'esprit, vous aurez une expérience de sexe sous hallucinogènes très variable. Tout ça est entièrement idiosyncratique et terriblement sous-documenté. Mais d'après ce qu'il a vu des études sur la psilocybine, Jonhson suspecte que la perte de l'ego causée par les hallucinogènes puisse être à l'origine d'un sentiment d'empathie – ce qui est particulièrement efficace pour raviver la flamme chez les couples de longue date. Cela suppose également que vous avez plus de chance de vivre une expérience agréable avec quelqu'un que vous connaissez bien, plutôt qu'avec un inconnu avec qui vous avez pris des drogues en espérant baiser.

Vous avez aussi plus de chances d'avoir un trip sous hallucinogènes positif si vous cherchez au préalable à savoir quelles substances, quels dosages et quels circonstances marchent le mieux pour vous. Pour ceux qui voudraient mélanger les champignons ou la kétamine au sexe, souvenez-vous que les petites doses sont la clé : vous aurez plus de chances d'être d'humeur pour baiser à la fin du trip (à en croire les preuves anecdotiques rapportées par Johnson), et il y a plus de chances que vous preniez du plaisir dans un environnement rassurant.

Les nitrites

Connus sous le nom de poppers, les nitrites sont certainement les drogues le plus fréquemment affiliées au sexe. Le poppers peut servir à vous détendre, et on dit souvent qu'il est à l'origine d'une montée brève mais intense qui vous rend extrêmement excité. Un anonyme de 19 ans non cis-genre de New York parle de ses propriétés relaxantes au cours du récit de sa rencontre avec un mec de 41 ans rencontré sur Grindr.

« [Il] m'a offert du poppers... et j'ai senti que mon corps était plus détendu, ce qui a rendu [le sexe] plus agréable. »

« Peter », un homme blanc hétéro de 33 ans qui vit au Royaume-Uni et a voulu tenter d'avoir une relation avec un autre homme pour la première fois, se concentre sur les effets de la montée intense qui s'est passée dans sa tête :

« La sensation était si intense que j'ai pensé que ma tête allait exploser. C'était comme si nous étions tous les deux possédés. On s'est rapprochés et j'ai eu l'impression que j'avais tellement envie de lui que je mourrais si ça n'arrivait pas. C'était vraiment intense et irrésistible... Je ne me souviens pas de grand-chose, si ce n'est que je me sentais vraiment super excité. »

Même si cela a l'air extrême, le poppers a une composition physiologique très simple. La plupart du temps sous forme de nitrites d'amyle, mais aussi sous forme de solutions d'isobutyle, cyclohexyle, isopentyle, ou de nitrites d'isoamyle, le poppers est en fait un vasodilatateur : il contient des substances qui dilatent les vaisseaux sanguins. Ces substances permettent de détendre les vaisseaux sanguins, mais aussi les tissus mous, qui comprennent l'anus et le sphincter – un combo qui a rendu la drogue historiquement célèbre pour tous les amateurs de sodomie.

Le poppers peut être particulièrement dangereux s'il n'est pas bien conservé. Il peut aussi vous brûler la peau. Et bien que son effet agréable et stratégique soit compatible avec pas mal de médicaments, il est très dangereux de le mélanger à des traitements contre le dysfonctionnement érectile – la chute de la tension artérielle pourrait provoquer des évanouissements, ou même la mort. N'oublions pas non plus qu'une sodomie plus détendue peut aussi être plus violente, allant jusqu'à causer des déchirures et des saignements, ce qui facilite la transmission de MST.

Shoptaw insiste aussi sur le fait que les poppers présents sur le marché ne sont pas nécessairement conçus à base de nitrites.

Les opiacés

Les opiacés, une catégorie à laquelle appartiennent l'héroïne et un nombre important de calmants et de sédatifs, sont peut-être les drogues les moins sexy de ce guide. Ça fait plutôt sens, si l'on considère que les opioïdes sont à l'origine de l'augmentation au niveau national du nombre de morts par overdose. Le seul récit présent dans la base de données du CSP incluant un type d'opiacé est celui d'une femme de 32 ans venant de Seattle, qui s'est retrouvée dans le lit d'un surfeur en vacances à Oahu après avoir souffert d'une légère blessure – et qui s'est accidentellement endormie sur lui après avoir mélangé antidouleurs et alcool. Des témoignages anonymes issus de forums consacrés à la drogue disent que les opiacés diminue toute excitation sexuelle.

Les opiacés font partie des narcotiques les moins étudiés lorsqu'il s'agit de sexe. Selon Johnson, leur utilisation au cours des rapports sexuels est si rare qu'il s'agit d'un phénomène négligeable au sein de la population.

« Il s'agit d'une catégorie qui se différencie des sédatifs classiques comme les barbituriques », a-t-il expliqué. « Mais intrinsèquement, ils ont un effet sédatif. Vous avez plus de chances d'être somnolent et de vous assoupir, et il faudrait être réveillé pour qu'il y ait un rapport [consentant]. »

McElrath ajoute : « Une large proportion de personnes dépendantes à l'héroïne ont tendance à avoir une faible libido. »

Cela semble lié à la nature pharmacologique des opiacés, qui s'accrochent apparemment à certaines parties du cerveau de manière à inhiber la production des substances neurochimiques associées au désir sexuel. Cela vaut aussi bien pour la codéine que pour l'héroïne – certains opiacés sont peut-être plus addictifs que d'autres, et certains font l'objet d'un meilleur contrôle médical, mais aucun ne se distingue suffisamment de la composition pharmacologique des autres pour avoir des effets différents sur la sexualité.

Ceci étant dit, on trouve tout de même quelques personnes qui disent aimer faire l'amour sous opiacés, qu'il s'agisse de petites doses qui modifient leur notion du temps, rallongent l'expérience sexuelle (en particulier pour les personnes souffrant d'éjaculation précoce), ou parce que cela peut améliorer la détente et le confort, ou les faire se sentir légèrement défoncés mais toujours éveillés. Mais pour la plupart des gens, les opiacés ne sont pas de très bonne drogues pour baiser.

Et maintenant, on fait quoi ?

Prendre des drogues peut-être assez dangereux et lorsqu'il s'agit de sexe, on ne sait jamais vraiment sur quoi on va tomber, en particulier si on se fournit sur le marché noir. Même si vous avez déjà essayé une de ces drogues par le passé, rajouter le sexe dans l'équation rajoute aux facteurs de l'expérience à prendre en compte, donc soyez prudents. Ou alors vous pouvez juste faire l'amour en étant sobre – ce qui est déjà assez risqué comme ça si l'on considère le nombre de MST et de partenaires collants déjà existants.

Il y a un réel manque de recherche scientifique sur la façon dont les drogues affectent la sexualité, ce qui rend le fait de se défoncer puis de baiser encore plus dangereux. Une chose que l'on peut affirmer cependant, c'est que chaque expérience est unique en fonction des personnes. Donc ne prenez pas au mot les anecdotes des autres quand il s'agit de ce que vous foutrez dans votre organisme, et n'oubliez jamais que votre partenaire pourrait ne pas ressentir la même chose que vous sous l'emprise de telle ou telle drogue. Si vous vous posez de sérieuses questions sur les drogues, le sexe, et votre corps, parlez-en à un professionnel médical.

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