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Vice Blog

DES VIEUX DISQUES POUR LES VIEUX CONS

26.11.10

Neon Christ

Depuis que j'ai l'âge d'être assez stupide pour acheter des disques, j'ai toujours préféré me procurer ceux qui avaient dépassé leur date d'expiration. Au début, j'étais attiré par leurs prix moins élevés que ceux qui étaient vendus dans leur plastique d'emballage tout neuf. Mais même quand les prix se sont mis à grimper et qu'on a commencé à appliquer le mot « réédition » à toutes les sauces, j'ai continué à vouloir ces albums plus que n'importe quelle merde que le fils de pute maigrichon derrière le comptoir essayait de me refourguer. Je crois que ce que j'aimais le plus avec ces disques, c'est qu'ils possédaient tous une histoire qui n'avait rien à voir avec moi. Comme lesvieux débilesqui jouaient sur ces vieux disques n'avaient jamais paradé devant moi en portant des foulards idiotset en faisant tout pour attirer mon attention, ils étaient considérés comme OK dans le scénario mental que je m'étais créé. En plus, le fait d'acheter ces disques n'encourageait pas leurs auteurs à sortir albums après albums pour payer leur loyer jusqu'à en chier du sang. Dans ma tête, la logique de ma soi-disant théorie fonctionnaitparfaitement.

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Après un certain temps, j'ai réalisé que la logique de ma soi-disant théorie était, au mieux, totalement débile. Tout le monde sait bien que les musiciens sont tous des trouducs, indépendamment d'où ils vivent ou de quand ils ont vécu. Vous encouragez les coupes de cheveux ridicules et l'abus de drogues, peu importe ce que vous faites ou ce que vous en pensez. Alors, tout ça pour dire que si je préfère écouter les vieux disques obscurs et bruyants à la plupart des groupes du moment, c'est pour la simple raison… qu'ils sont bons ? Est-ce que ça peut vraiment être la seule raison ? Ouais, on apprend des nouveaux trucs tous les jours.

Neon Christ était un groupe de Hardcore d'Atlanta du début des années 1980 qui n'a sorti qu'un seul 45 tours par l'entremise de ce que je présume être leur propre label Social Crisis. C'est difficile de savoir si la récente réédition en est réellement une puisqu'il est possible que quelqu'un ait décidé de sortir un bootleg pour tirer profit du fait que le guitariste de N.C. Kip Duvall soit maintenant le chanteur d'Alice in Chains - c'est fin, hein. Quel genre de fric pensez-vous qu'on peut tirer d'une entreprise comme celle-là ? Pas trop, je crois. Derrière toute cette histoire se cache une volonté de distinction de la meute anti-Reaganpar la voie de l'étrangeté pure, comme sur le mid-tempo de « It's Mine » ou dans le prog-core de « Doom/After ». Même si j'aime beaucoup les titres sus-cités, j'ai plutôt décidé de vous filer « Draft Song », histoire de faire dans le « charme de l'époque ». Achetez une copie de ce truc ici.

NEON CHRIST - "Draft Song"

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En parlant du charme de l'époque, il n'y en a pas de plus charmant que la réédition du single de 1981 du Joe Hebert Band « I Don't Wanna Be a Preppy ». Hebert était un genre de sacripant qui a voulu sortir un morceau punk au sujet des « preps » et de ô combien ils craignaient. Je suis conscient que cette présentation ne donne pas spécialement envie, c'est pourquoi je vous conseille plutôt d'écouter le single. Puisque le groupe de Herbert existait avant l'invention de l'enregistrement numérique et de la rubrique « Basement Screams » dans Maximum Rock 'N' Roll, on peut en déduire que tout ce fuzz et cette distorsion étaient voulus du fond du coeur. La maison de disque responsable de cette réédition continue de sortir des trucs du même genre tels que le single « Church » de Freestone, et le « Prison Walls » de The Injections. Allez voir ici.

JOE HERBERT BAND - "I Don't Wanna be a Preppy"

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Clint Simonson du label DeStijl ressort tellement de disques géniaux qu'il est humainement impossible de tout suivre. Récemment, il nous a servi un remake du premier LP des Parasites of the Western World, un duo de Portland de la fin des années 1970. Non sans rappeler les autres disques de weirdos réédités par ce label, ce disque est un genre d'exorcisme très extrême ; ça parle d'un truc qui devait absolument être fait, sans quoi quelqu'un aurait fini par grimper au clocher le plus proche pour flinguer des gens. Voilà. Certains des titres ressemblent à du Hawkind en plus « liquides » et d'autres sont des compositions électroniques à la recherche du soleil couchant exécutées merveilleusement malgré la qualité du mix primitive. Le dernier morceau de la face A « Funeral for a Mouse » me fait penser à une démonstration loupée de synthés Casio dans un centre commercial par un clown nain, et j'imagine bien des enfants en admiration devant lui pendant que leurs mères sont à côté, hilares et en larmes en même temps.

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PARASITES OF THE WESTERN WORLD - "MO"

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Les singles sortis par Modern Warfare, groupe punk californien du début des années 1980, ont tous les deux été difficiles à trouver, et à comprendre. Le premier, sorti en 1980, sonne comme le genre de surf-goth qu'ont essayé de faire T.S.O.L. quelques années plus tard, mais en mieux. Le deuxième, de 1981 - récemment ressorti par le label Pederast Prophet - est le plus bizarre des deux. Je me suis toujours demandé si cet album n'était pas en quelque sorte une façon de se foutre de la gueule de la scène qui commençait à se former autour d'eux à l'époque, ou bien s'ils adhéraient totalement à ce qu'ils faisaient. Écoutez le démentiel « Nothing Left » et tirez-en vos propres conclusions. Moi, j'ai autre chose à foutre.

MODERN WARFARE - "Nothing Left"

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Le seul et unique album des Français du Rob Jo Star Band est sorti en 1975 et a toujours été un peu passé sous silence par les collectionneurs snobs du monde entier. J'emmerde ces gens, d'ailleurs. Parce que quelqu'un a enfin eu la générosité de ressortir le disque, pour nous les gens normaux qui ont arrêté de dépenser des fortunes en vinyles après avoir découvert que le savon et les rasoirs étaient indispensables à la survie d'un homme. Comme la plupart des Français, ils ont la langue bien enfoncée dans l'anus de Lou Reed, mais il y a tellement de notesdébiles et de bruits de synthé bizarres par dessus, qu'au final, on leur pardonne.

ROB JO STAR BAND - "Lovings Machine"

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Il n'y pas de groupe qui me fait plus chaud au cœur que les « Brainbombs », originaires de ce délicieux pays qu'est la Suède. Si vous me permettezun petit dérapage, je me souviens d'une période pendant laquelle je me démenais pour trouver tous leurs albums, et durant laquelle je jouais souvent des titres comme « Lipstick on my Dick » et « Die You Fuck » pour faire évacuer tous les gens durant les fêtes de Noël - et ça marchait à chaque fois. Aujourd'hui, n'importe quel ancien fan de Floorpunch peut mettre la main sur ce truc, se frapper la poitrine, et prétendre être un fils de pute cinglé et ça, ça a tendance à me faire chier. Est-ce que je devrais blâmer Load Label d'avoir diffusé à la masse des airs si intemporels ? Bien sûr que non, puisqu'ils ont été assez gentils pour nous envoyer de jolies nouvelles versions vinyle de la collection des Singles, ainsi que leur album Urge to Kill, tous les deux sortis dans l'anonymat absolu en '99. M'asseoir sur mon canapé avec une bière potable dans la main et laisser les accords de ces chansons me percuter tel un bélier gay est l'une des seules choses qui me permettent encore de tolérer la vie. Si vous vous procurez ces disques, que vous les écoutez, et que vous y trouvez quelque chose à redire, je veux votre mort. C'est aussi simple que ça.

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BRAINBOMBS - "Ass Fucking Murder"

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L'idée même du White Boy and the Average Rat Band fait tellement travailler mon cerveau que parfois, je dois me concentrer uniquement sur la musique pour ne pas laisser mes errances mentales de nerd s'interposer quand je les écoute. L'histoire derrière la sortie de ce disque reste encore un peu boiteuse, même en cette époque où il est possible de retrouver sur Facebook tous les membres des Snotbaggs. Produit à Baltimore à peu près au moment où les années 1970 embrassaient les années 1980, l'enregistrement a l'air d'avoir été fait par une seule personne, malgré le fait qu'il y ait quatre durs à l'air benêt sur la pochette. Si l'on oublie toutes ces imprécisions, on découvre un album heavy metal au son très désorientant, très DIY, dont on ne comprend à peu près rien. Est-ce que ces mecs savaient à quel point ils étaient des paumés anormaux ? Vous pensez qu'ils espéraient secrètement faire la première partie d'Aerosmith ou un truc du genre ? Je veux dire, sérieux ?

WHITE BOY AND THE AVERAGE RAT BAND - "Sector 387

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Pour terminer en beauté, je voulais faire un petit retour sur tout le metal incroyable que le label Shadow Kingdom a ressorti au cours des derniers mois. Premièrement, les deux CDs qui rassemblent tout le matériel de Crisis, un groupe de l'Utah du début des années 1980. Avant même de faire des recherches sur ce groupe, je m'étais toujours imaginé, en me basant sur leur look et leur son, qu'ils venaient d'Angleterre, mais lorsque j'ai découvert qu'ils venaient de ce trou pourri qu'est l'Utah, je dois admettre que je me suis un peu pissé dessus. Crisis aurait pu sortir des disques à l'aise sur des labels de l'époque comme Neat ou Heavy Metal. Connaître la façon dont ces mecs réussissaient à capter les ondes anglaises jusque dans l'Utah est l'un de ces mystères qui vont me garder en éveil pendant ces nuits froides et solitaires, quand le Nyquil refuse de faire effet.

Je dois admettre que je reste complètement désorienté, même après plusieurs écoutes de la réédition de Nine Inches of God, le seul et unique album produit par Deep Switch, un groupe inconnu de Norwich. Peut-être que vous les adorez déjà, mais si ce n'est pas le cas cette photo du groupe pourrait vous y aider. C'est juste une hypothèse, mais je n'ai pas l'impression qu'ils se prenaient trop au sérieux, ou du moins je l'ose l'espérer si l'on en croit leur juxtaposition de titres pro-exécution des handicapés (« Poor Bastard ») sur des ballades rock pleines d'amour et d'honnêteté. Complètement ridicule en effet, mais tout aussi génial.

Mon favori du lot est le disque Just as The Dust Had Settled de Jameson Raid. Créé vers le milieu des années 1970 mais réellement « actif » à partir de 1979, ce groupe anticipait un peu la courbe de progression de la New wave of heavy metal du début des années 1980. Est-ce pour cette raison qu'on ne parle pas d'eux comme on le fait d'autres groupes du même moment/époque ? D'un façon ou d'une autre, c'est une putain de honte parce ce truc est franchement exceptionnel. Si vous avez passé autant de temps à écouter les premiers disques de Maiden, de Wishbone Ash, ou de Rush, vous êtes non seulement une personne très attirante intellectuellement (simple supposition) mais vous aimerez aussi beaucoup ce putain de disque.

La prochaine fois, je promets de mettre plus de nouveautés dans ma sélection (au moins une), alors s'il y a quelque chose que vous aimeriez voir ici même, envoyez le à Vice et/ou à moi et on fera de notre mieux pour nous soumettre à vos exigences. À plus.

TONY RETTMAN