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De « Freaks » à « Paranormal Activity », Rob Zombie a toujours quelque chose à dire sur les films d'horreur

Rassurez-vous, on n'a pas parlé de musique.

Photo - Rob Fenn

Rob Zombie faisait partie de ces gamins qui collaient leur nez à l'écran de la télévision dès qu'un truc un peu étrange était diffusé. « On n'appelait même pas ça des films d'horreur, mais des films de monstres » se souvient Rob, qui cite Frankenstein comme son classique absolu.

Élevé aux films de monstres, Rob Zombie a transformé sa passion en un véritable style de vie, vouant une partie de sa carrière au metal (d'abord avec le groupe White Zombie, puis sous son propre nom), avant de franchir le pas en 2003 en réalisant son premier long-métrage, La Maison des 1000 Morts. Un film descendu par la critique mais qui lui a valu de gagner une fan-base dévouée, qui n'a cessé de grossir depuis, avec ses films suivants : The Devil's Rejects, Lords Of Salem, The Haunted World of El Suberbeasto et surtout les deux parties de son remake très controversé du Halloween de John Carpenter . Rob se rappelle : « Quand La Maison des Mille Morts est sorti, le film d'horreur était donné pour mort. Il y avait des thrillers et des trucs du genre, mais l'horreur pure et dure avait disparu. Moi, j'étais un gamin obsédé par Massacre à la Tronçonneuse et le Rocky Horror Picture Show, ce qu'on a essayé de faire, c'est un mélange des deux. » Zombie a su imposer son propre style de réalisation, cru et direct, et porté par une esthétique volontairement déplaisante. « J'essaie de conserver cette patte même si ce n'est pas un truc que les gens captent. Eux se disent : 'Tu renouvelles le genre, ok, mais pourquoi tu ne le fais pas avec des personnages qui sont plus agréables à regarder ?' » Zombie se marre. « Tout simplement parce que c'est ce que tout le monde fait déjàt. »

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On lui a demandé ce qu'il pensait de quelques films d'horreur récents et d'une poignée de classiques et pourquoi tant de gens ont détesté son remake d' Halloween. Rassurez-vous, on n'a pas parlé de musique.

MORSE
J'ai juste vu l'original, pas le remake. Le film est fantastique, et j'ai entendu dire que la nouvelle version n'était pas mal non plus. Je crois que ce que j'aime le plus avec les films d'horreur étrangers, c'est leur capacité à créer une atmosphère vraiment différente. On est tellement habitués aux films américains, tournés en Amérique, avec des acteurs américains. Il n'y a plus trop de mystère. Tandis qu'un film tourné en Suède, avec les autochtones, leur look, l'architecture, la neige et l'obscurité, ça fait un tout. Voilà pourquoi je crois que les Américains respectent bien plus les films étrangers. Leur vibe est totalement différente. Effrayer les gens est une tâche difficile et c'est plus facile si tu le fais d'une manière inhabituelle.

PARANORMAL ACTIVITY
J'ai vu le premier. J'ai trouvé ça cool, de la même façon que Blair Witch était cool—quand quelque chose est réellement différent, la réaction des gens est toujours très forte. Insérer du found footage dans les films était encore quelque chose d'unique, et puis c'est devenu un genre à part entière, et moi ça m'a saoulé. Je ne suis pas fan de cette technique, mais avant que ce soit usé jusqu'à la corde, c'était cool.

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THE HUMAN CENTIPEDE
Je l'ai vu mais, bordel, je ne m'en souviens pas des masses. C'est un truc auquel les gens faisaient tellement souvent référence que j'ai dû le regarder. C'était OK. Parfois tu mates un film et tu te dis, « Wow, ce film est bien foutu, mais il met mal à l'aise, je ne sais pas si j'aime ça. » Celui-là en fait partie. Je n'ai rien à dire de mauvais dessus, parce que tout est tellement efficace, mais ce n'est pas le genre de film que je regarderais une deuxième fois ! Pourtant il y a un paquet de films que j'ai vu des millions de fois, tu pourrais me demander « mais pourquoi regarder Massacre à la Tronçonneuse un million de fois ? » Eh bien ce film possède un truc unique, il n'est pas si malsain que ça, les personnages, la situation, je trouve tout fascinant. La série Human Centipede est malsaine, mais je respecte le fait que quelqu'un qui fait un truc dans ce délire ne bénéficiera d'aucune attention. Donc de ce point de vue, c'est super. J'ai vu que le film était référencé dans plein de trucs mainstream maintenant, donc être capable de créer quelque chose qui s'insère dans la pop culture, c'est super. Et je crois que j'ai préféré Human Centipede 2, cette idée de personnage fanatique du premier film qui essaie de le copier dans la réalité. C'était brillant.

28 JOURS PLUS TARD
J'ai trouvé ça bien. J'aime le fait que Danny Boyle -et je ne sais pas tout le crédit qu'on doit lui accorder pour ça- ne se se soit pas contenté de recracher tout ce que George Romero avait fait, comme beaucoup d'autres réalisateurs. Les gens ne savaient pas vraiment quoi faire avec les films de zombies. Et c'est lui le premier à avoir rafraîchi le genre.

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SHINING
J'adore Shining. Dès que Stanley Kubrick s'aventure dans un genre comme la science fiction avec 2001 ou Orange Mécanique, c'est brillant. Et c'est le cas de Shining. Aujourd'hui, c'est un classique, personne ne peut contester ça, mais quand le film est sorti, tout le monde l'a défoncé ! Tous ses films sont comme ça, ils recevaient des critiques terribles. C'est étrange.

LA CABANE DANS LES BOIS
Pas vu. [Rires] C'est un de ces films où quelqu'un te dit : « T'emmerdes pas, de toute façon tu vas détester ! »

THE THING
J'adore la version originale, et celui de John Carpenter est fantastique. On dirait que le remake a éclipsé l'original d'ailleurs. Les gens rabâchent tout le temps qu'ils détesent les remakes souvent sans réaliser que ce film en est un. C'est génial. J'ai toujours été fan de John Carpenter. C'est un des ces réalisateurs que tu commences à capter très jeune. J'ai vu qu'il avait été interviewé par Robert Rodriguez, on dirait que toute notre génération a grandi avec lui, c'est un des premiers réalisateurs dont on se souvenait du nom. Dès que tu voyais un film avec inscrit « John Carpenter » tu fonçais ! Mais encore une fois, c'est amusant de voir que The Thing a été descendu par les critiques à sa sortie.

LE CARNAVAL DES ÂMES
Ouais, un super film, j'ai beaucoup aimé. A l'époque, on jouait souvent au Salt Air Palace, où le film a été tourné. C'était toujours cool de se retrouver là-bas, même s'il le lieu avait été reconstruit après un incendie. C'est un super film. J'adore quand les films se concentrent sur l'atmosphère et arrivent à s'en sortir même sans budget.

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FREAKS
Freaks est un film phénoménal. J'adore Tod Browning, il a fait tellement de bons films. Si jamais on faisait un biopic sur lui, je voudrais le réaliser. Il a signé tellement de classiques, surtout à l'époque du muet, et je suis un grand fan des films muets. Surtout ceux de Lon Chaney et de Tod Browning. Tous ces films sont à la fois courts et puissants. Ça va peut-être paraître stupide, mais aujourd'hui les films sont bien trop longs putain. Chaque fois que je vois un nouveau film je me dis : « Bordel, J'aurais adoré ce film s'il avait fait 20 minutes de moins. » [Rires]

J'aime les trucs de chez Universal parce que la plupart tournent autour de 69/70 minutes. Ça va droit au but, boom, un corps qui sort d'une tombe, faisons-en un monstre ! Après 90 minutes, je commence à avoir des fourmis dans les pieds. Surtout quand tu vois des choses bateau… Ça ne m'intéresse pas de mater un film de superhéros de 2h30… Coupez une heure, bordel ! Je crois que plus le film est long, plus les gens ont l'impression d'en avoir pour leur argent, et ça paraît plus épique… Ça n'a jamais été mon cas. J'aime quand les choses sont concises. J'étais en avion l'autre jour, je regardais The Thrill Killers, qui est un film complètement cheap. Et je me demandais pourquoi ce truc me divertissait plus que n'importe quel blockbuster actuel ? Un jour de catering sur le tournage de The Dark Knight a dû coûter plus cher que ce film. J'ai toujours aimé les propositions très simples, comme The Sadist.

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PSYCHO
Évidemment phénoménal. [Rires] Encore une fois, l'atmosphère prédomine, ce qui fait défaut à la plupart des films d'horreur modernes. Il ne se passe rien, mais ça fout la frousse quand même. C'est ce que j'ai fait dans Lords Of Salem, le film est volontairement lent et il ne s'y passe rien. Et ça a divisé les gens puisque certains pensent que c'est mon meilleur film et d'autres que c'est le pire. C'est marrant, ce sont surtout les Américains qui l'ont détesté, contrairement aux Européens. Ils ont une vision différente. C'est OK de ne pas toujours savoir ce qu'il se passe dan s un film, mais c'est très mal vu dans le cinéma américain. Je ne blâme pas le public, je crois qu'ils sont devenus le produit de ce qu'ils ont alimenté pendant des années. Les producteurs te sortent : « Je regarde ce film depuis 4 minutes et putain, je ne sais toujours pas ce qu'il se passe. Expliquez-moi ça. » [Rires] On me demande pourquoi j'ai opté pour ce choix. Mais, dans la vraie vie, si quelqu'un est possédé par le démon, comment pourrais-tu expliquer ces choses ? C'est vraiment débile, tu crois qu'un type serait là pour commenter chaque scène ? J'aime être dans la confusion.

SCREAM
Eh bien, j'adore Wes Craven, tout ce qu'il a fait avant, mais je n'ai pas compris Scream. Je me souviens très bien être allé le voir, et c'est comme si j'avais débarqué au milieu d'une fête où je ne connaissais personne. J'aurais probablement dû faire marche arrière et le regarder en entier, ce film a engendré un phénomène, mais c'est un de ces trucs bizarres ou tu te dis : « Ce truc n'est pas pour moi. ». Il y a des tas de groupes qui sont énormes, que les gens adorent, je peux apprécier ce qu'ils font aussi, mais voilà…

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UNE NUIT EN ENFER
Je n'ai jamais réfléchi en profondeur au cas Une Nuit en Enfer. Je l'ai vu au ciné et j'étais à fond à l'époque. Parce que le film était coupé en deux, j'avais adoré la première partie, et puis pendant la seconde, je me suis demandé si ce n'était pas un peu trop lourdingue. Je n'ai jamais été fan de goofy horror, ça n'a jamais été mon truc. Donc j'ai perdu le fil mais j'ai vraiment aimé la première partie, et dans l'ensemble, il y avait de bonnes choses. Enfin, je sais plus. La première partie était super en tous cas.

ZOMBIE
C'est probablement le film que j'aime le plus et que j'ai le plus regardé. Je l'ai vu au ciné quand j'étais au lycée, et il était déjà sorti depuis un an. C'était une séance de minuit et le public était déchaîné. Je n'ai jamais revu un public comme ça depuis. J'avais ramené un rencard ce soir là et la fille m'a fait une scène. Je lui ai répondu : « Moi je ne bouge pas d'ici ! Tu devras m'attendre dehors, ou rentrer chez toi… mais y'a pas moyen que je loupe ce film. »

J'ai vu La Nuit des Morts-Vivants un paquet de fois, et à l'époque ce n'était pas évident de voir tous ces films. Il n'y avait pas encore de VHS ni rien de tout ça, « Ils passent Zombie au cinéma, on y va ! ». On faisait 3 heures de route pour voir le Dracula d'Andy Warhol, des trucs comme ça. Je me souviens qu'on roulait sur l'autoroute avec un pote et à la radio un mec avait fait une annonce comme quoi Frankenstein de Warhol passait le soir-même. Paf, gros coup de frein, demi-tour, et direction la ville à l'opposé en fonçant pour arriver à temps pour le film. On ne l'aurait jamais vu autrement. Mais pour revenir à Zombie, il m'a vraiment mis une claque. C'est un de ces trucs que tu chopes sur VHS et que tu te mates tous les jours. Même en fond, tu le laisses tourner, le son est très apaisant.

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Voilà pourquoi j'ai toujours voulu bosser avec Ken Foree, j'ai adoré Ken dans ce film, et tous les autres aussi d'ailleurs. Quand j'ai commencé à tourner avec mon groupe, je n'avais qu'une hâte, c'était d'aller à Monroeville pour visiter ce fameux centre commercial.

Le remake n'était pas dégueu non plus.
Ouais il était cool. Mais c'est dur de faire un remake. Je l'avais trouvé bien mais aussi parce que j'avais vu l'original des milliers de fois, le remake une seule fois, donc je ne peux pas trop trancher. J'ai ressenti ce truc un peu drôle quand il est sorti : « Hey, on va te donner des nouveaux parents ! Tu préfères cette nouvelle maman ou l'ancienne ? » « Eh bien, j'étais plutôt habitué à ma vieille maman. » [Rires]

Tu as du ressentir une pression énorme quand tu t'es lancé dans Halloween, alors ? Parce qu'il y a forcément des gens qui ressentent la même chose pour ce film que toi avec Zombie.
Le truc marrant, et ça semble con à dire, c'est que je n'y ai pas beaucoup réfléchi sur le moment, en fait. J'y ai pensé après coup, parce que les gens me le demandaient. Selon moi, il y a eu beaucoup trop de suites d' Halloween, ils ont détruit Michael Myers et tout ce qu'il y avait autour, jusqu'au dernier, Resurrection ou je sais plus quoi. S'il n'y avait eu qu'un seul Halloween signé John Carpenter, ça aurait été taré. Toutes ces suites ont réduit Michael Myers à une pauvre merde, juste un cascadeur planté là, qui n'en avait rien à foutre… Je connais des gens qui ont bossé sur ces suites et certains m'ont dit qu'ils bossaient sur les masques la veille pour le lendemain, en faisant le strict minimum. Moi j'ai voulu faire un bond en arrière, prendre un vrai acteur pour jouer Myers, travailler des heures pour avoir le meilleur masque possible, et refaire d' Halloween un truc cool. Je ne pense pas avoir désacralisé la légende, elle l'était déjà depuis des lustres.

Les films sont très personnels, tu entretiens une relation spéciale avec eux. Peu importe ce que les autres font, peut-être qu'ils feront un meilleur film, que d'autres remakes sont meilleurs, ça n'a pas d'importance. Tu réagis aux films, peu importe l'âge que tu as quand tu le vois. Les plus jeunes diront : « Oh j'ai préféré le tien », probablement parce qu'ils ont vu le mien au cinéma, ils iront voir l'original et ils trouveront ça daté. Je ne pense pas que les gens qui ont vu l'original à l'époque se diront soudainement : « Le tien est mieux ».

Ton film a surtout fait prendre conscience aux gens qui n'avaient pas vu l'original qu' Halloween était une franchise.
Complètement, certains m'ont sorti des trucs débiles : « Oh, tu as tué la franchise ». Non, je l'ai redémarré. La franchise était déjà morte, et ils n'en avaient pas sorti de nouveau depuis un bail. Donc j'ai fait le mien, je suis passé à autre chose, ils ont tenté d'en mettre un autre sur les rails, donc je suis revenu et j'en ai fait un deuxième. C'était il y a 5 ans et les types galèrent toujours. Tu peux ne pas aimer ce que j'ai fait mais tu ne peux pas nier que j'ai réinjecté de la vie dans cette franchise. Elle était à l'agonie. Après, que tu l'aimes ou pas, c'est un autre débat.

Dan Ozzi se planque sous sa couette dès qu'il entend le cuir d'une botte grincer. Suivez-le sur Twitter - @danozzi