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Pour Myth Syzer et Ikaz Boi, le rap belge est en passe de doubler le rap français

Les deux producteurs parisiens nous parlent de « Cerebral », leur nouvel EP qui sort chez Bromance et qu'on vous fait écouter intégralement.
16.6.16

Photo : Red Bull Studios

Comme les deux doigts de la main depuis une dizaine d’années, Myth Syzer et Ikaz Boi ont jusqu’à présent produit des mecs comme Joke, ou encore les Américains A$AP Ferg et Vic Mensa, pour ne citer qu’eux. Brodinski a une fois de plus eu le nez creux et les a récemment pris sous son aile pour leur faire enregistrer leur premier EP commun aux Red Bull Studios à Paris. Ca s'appelle

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Cerebra

l, et ça sort évidemment chez Bromance. Quatre sons envoûtants qui mélangent Dirty South, future-trap et featurings, franco et anglophones. Il y en a pour tout le monde et c’est très précisément ce que recherchent les deux producteurs que nous avons rencontré.

Noisey : Vous avez dévoilé deux des quatre titres de Cerebral, le puissant « Nobody » et le plus calme « Timeless ». Que pouvez-vous nous dire concernant concernant les deux autres, « High » et « Different Narcotics » ?
Myth Syzer : « High » c’est un morceau avec notre pote Hamza, on a voulu faire moitié instrumental, moitié posé avec des rappeurs. « High » est un peu un mélange entre « Nobody » et « Timeless »

Ikaz Boi

: « Different Narcotics » n’était pas prévu à la base, il a remplacé un autre son. C’est un son qu’on a fait avec un mec d’Atlanta (Wicced). On a vu que c’était un banger donc on l’a mis.

L’EP a été enregistré aux Red Bull Studios de Paris, sous la houlette de Brodinski, qui vous a signé sur Bromance dans la foulée. Il a l’air de beaucoup croire en vous : pour vous ça signifie un surplus de confiance ou une source de pression ?

MS

: Confiance. On est tous soudés, on est comme une famille, il n’y a vraiment pas de pression sur nous. On est à la cool, c’est la force du label, ce n’est pas militaire. Tout le monde s’entend bien, on est tous sur la même longueur d’ondes, c’est chill quoi.

Comment il vous a repérés ?

MS

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: Brodinski m’a suivi sur Twitter en fait et j’ai trouvé que c’était un des gars avec qui il fallait parler. Il apporte plein de trucs à la France, il est fat aux Etats-Unis, c’est une fierté d’avoir un gars comme lui dans le pays.

IB : C’est un gars super humble et même s’il vient de l’electro, quand il repère des talents, il veut aider tout de suite. On a un peu la même façon de penser.

MS : On lui a souvent parlé de moi, c’est comme ça qu’il m’a découvert. Plusieurs potes lui ont dit de checker mon travail et quand il a jeté un coup d’œil il a kiffé.

Qu’est-ce que vous avez tiré de cette semaine d’enregistrements aux Red Bull ?

MS : Ca fait du bien de sortir de chez nous ! Nous, on est toujours avec nos écouteurs, sur du matos un peu pourri. Là on était dans un studio de bon niveau, les gens venaient nous voir et donnaient leur avis, c’était cool.

On entend Hamza sur un des titres, c'est la deuxième fois que vous bossez avec lui depuis « Respect ». Honnêtement, c’était quoi votre opinion du rap belge avant de le rencontrer ?
IB : On ne savait même pas qu’il y avait des rappeurs en Belgique. Ce n’est même pas pour critiquer ou quoi mais c’est vrai que c’était une scène un peu morte. Mais le fait qu’Hamza puis Damso soient sortis…

MS : …ça a étét une grande bouffée d’air frais pour le rap belge, ils apportent énormément au pays et pour moi, ils sont même encore meilleurs que la France. A eux deux, je trouve qu’ils mettent la Belgique au-dessus. Pour moi, le rap francophone se résume à 5 noms : Hamza, Damso, Bon Gamin, Joke et Booba. En cas d’opportunité avec un gros nom de la scène française, comment vous réagirez ?
IB : En fait c’est surtout une question de goût. Parce que nous, depuis tout jeunes, on est fascinés par le rap US. Ce n’est pas une question de hate, du rap français on en écoute, on en a même fait dans nos EPs donc on ne crache pas dessus. C’est juste une question de coordination. Parce que sur nos prods, ce sont les rappeurs US qui collent le mieux.

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MS : C’est pour ça qu’on aime Hamza et Damso parce qu’ils ont un délire US. Surtout Hamza, qui a un flow entraînant, mélodieux, ça ouvre des portes. Beaucoup de rappeurs connus aujourd’hui font de la copie, du flow aux instrus, du rap US. Et ce n’est pas supportable.

IB : On ne fait pas ça pour buzzer. Nous on veut créer de la musique, on veut kiffer et arriver avec quelque chose de nouveau. Et gagner des sous bien évidemment, mais en le faisant bien.

MS

: Parce que regarde, Hamza, quand on l’a connu, il n’était pas aussi gros qu’aujourd’hui. Et notre force, c’est qu’on ne veut pas buzzer pour buzzer, on a eu des opportunités de collaborations avec des gens fat.

Genre ?

MS :

Non je peux pas, je peux pas dire « je veux pas collaborer avec untel ou untel ». Mais en tous cas, Hamza, il est devenu plus fat en même temps qu'on s'est fait connaître, c’est là où tu frappes plus fort. Parce que t’as emmené la chose avec quelqu’un. Lui, quand il va péter, ça va nous faire péter aussi. On se donne tous la force.

Sur « Different Narcotics », c’est Wicced qui est à l’honneur, un mec d’Atlanta. On sait que cette ville a vu pas naître pas mal de vedettes et qu’elle est surtout la capitale du rap actuel. Ce serait un objectif pour vous de vous faire un nom du côté d’Atlanta ?
IB : C’est limite obligatoire, c’est là où ça se passe. Y a des centaines d’artistes là-bas et nous on veut y planter notre graine.

MS : Brodinski nous aide, c’est via lui tout ça. Il est super connecté donc il nous aide à placer des sons là-bas.

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IB : Mais ça reste difficile de se faire écouter là-bas quand tu n’y as pas un pied-à-terre, par mails c’est compliqué. Ils ont déjà les plus gros producteurs sur place, ils ne vont pas se faire chier à écouter tous les petits producteurs parisiens par mail quoi ! Pourquoi une première collab commune maintenant alors que vous bossez vos prods ensemble depuis maintenant 10 ans ?
IB : On est potes avant tout. On n’en faisait pas tant que ça des sons, quand on était ensemble, on chillait, on passait du bon temps surtout. En écoutant des sons, en se promenant. On préférait souvent ça plutôt qu’être en studio, c’est pour ça.

Dans les artistes que vous avez produits, il y a déjà des têtes de gondoles, comme A$AP Ferg et Vic Mensa. Les producteurs français utilisent de plus en plus les réseaux sociaux pour interpeller les artistes, notamment américains et leur proposer leurs prods. Comment ça s’est passé pour vous avec ces deux-là ?
MS : Avec A$AP Ferg, c’était un featuring avec Perrion. Il n’était pas encore fat à l’époque, c’était au début de l’ascension d’A$AP Rocky, etc. Et Ferg a accepté. Est-ce qu’il accepterait aujourd’hui ? Je n’en sais rien.

IB

: Pour Vic Mensa, en fait j’ai commencé à produire des gars de Chicago pas connus, il y a 3-4 ans, dont un assez connu maintenant, Vic Spencer. C’était un gars du crew de SaveMoney, qui comprend Vic Mensa, Chance The Rapper. Ils ont tous fait appel à moi sur Twitter pour me demander des prods et du coup j’ai gardé de bons contacts avec eux.

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Quels ont les artistes pour qui vous rêvez de produire ?

IB

: Les meilleurs : Drake, Future, Kanye, tous les gars fat qui vont nous rendre millionnaires !

Les Américains sont de plus en plus intéressés par les prods européennes, notamment françaises, pour leur touche electro, ce que tu maîtrises parfaitement Ikaz. Tu es régulièrement convoité ?
IB : Je pense aussi que c’est parce que les Européens sont de plus en plus forts. Les Américains ne regardent pas la nationalité, c’est une question de goût surtout. On commence vraiment à avoir une touche ici en France. Quand je collabore avec des Américains, ils font souvent appel à moi pour mes mélodies qui sont un peu rétro-électro. C’est ce qu’ils aiment. C’est une force d’être Français. Faut pas se rabaisser au contraire, quand t’es là-bas, limite ils te calculent plus que les Américains parce que t’es le petit Français. Beaucoup pensent que les premiers artistes du rap sont les producteurs et qu’ils ne méritent d’être plus dans la muière, c'est ce que vous ressentez ?
MS : Un petit peu mais beaucoup moins qu’avant. C’est pour ça qu’on fait des projets comme celui-là, pour montrer qu’on est des artistes à part entière. On fait du 50-50, il y a deux beats et deux feats et c’est avec des projets comme ça qu’on va changer la donne. On veut faire kiffer les gens autant avec que sans paroles. C’est un pari risqué car ça ne plait pas à tout le monde. On veut montrer que même sans parole, on peut faire des sons qui touchent, qui amènent loin.

IB : Quand tu mets « Work », dès la première note tu reconnais le son et s’il n’y avait pas eu ce beat là, cette chanson n’aurait peut-être pas été un hit. C’est pour ça que parfois, les producteurs peuvent être frustrés car ils ne sont même pas cités mais bon, c’est comme ça.

Cerebral sort le 17 juin chez Bromance. Vous pouvez le choper ici et il sera bientôt dispo en vinyle.