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Pourquoi les lendemains de festival sont-ils si déprimants ?

On a demandé à un expert psychiatre si la « dépression post-festival » était un mythe et s'il existait vraiment un remède contre la gueule de bois ou les descentes de MDMA.
25 juin 2015, 1:45pm
lendemai festival carbonisé

Les photos sont de Bob Foster

La déprime post-festival n'est pas nécessairement un problème, et c'est même un truc plutôt marrant quand vous avez 18 ans et que vous vous pointez à la fac le mardi matin avec une tronche de déterré. Mais avec les années, le phénomène devient de plus en plus intense et inquétant. Que vous ayez consommé des quantités inhumaines de drogues, tenu une cuite joviale trois jours durant ou simplement tiré sur deux trois joints pépax, rien ne vous fera échapper à la tristesse du mardi et à ces nuits mouvementées ponctués de rêves flippants et d'horribles envies de pisser.

Un jour, j'en ai eu marre de ramasser et j'ai décidé d'appeler Tim Williams pour en savoir plus. Tim est expert psychiatre, il passe la majorité de ses journées à s'occuper des gens qui ont des problèmes d'addiction : l'alcool, principalement, mais aussi l'héroïne ou le crack. Tim est présent chaque année sur le site du festival de Glastonbury et il est devenu une véritable légende locale. Voilà ce qu'il avait à nous dire sur le fest-lag.

Noisey : Salut, Tim. J’ai entendu dire que le « Mardi Suicide » le jour le plus critique de la déprime post-festival – était un mythe. C’est vrai ?
Tim : Je ne crois pas que ce soit entièrement un mythe, mais il faut savoir que c'est généralement en lien avec la consommation de drogues. On a réalisé une émission sur Channel 4 qui s’intitulait Le Procès de l’ecstasy, pour laquelle on a fait remplir plusieurs questionnaires à des consommateurs en descente. Et nous nous attendions à un déficit bien plus important sur cette question. Tout dépend des gens, s'ils sont consommateurs réguliers ou non, s'ils prennent de la drogue en la mélangeant à d’autres substances ou pas. Certains ont noté qu’ils se sentaient au plus bas. Evidemment, si vous consommez de la MDMA mélangée à d’autres substances, vous n’obtiendrez pas un effet très reluisant, mais le « Mardi Suicide » n'est pas dû qu'à la consommation de MDMA.

Ok, et qu’est ce qu’il se passe quand quelqu’un en prend trois jours d’affilée, comme c'est souvent le cas en festival ? La MDMA augmente le taux de sérotonine mais après un moment, on atteint un palier de saturation, non ?
C’est une remarque intéressante. Il y a beaucoup d’études sur les consommateurs de MDMA qui ont décrit les effets ressentis, mais obtenir une image du cerveau après trois jours de consommation est une étude particulièrement délicate à effectuer. Il faudrait passer les gens au scanner et quelqu’un devrait payer pour cette recherche, et peu nombreux sont ceux qui sont prêts à fournir des fonds pour ça ! On sait que la drogue agit sur le taux de sérotonine, ça a été prouvé par de nombreuses expériences scientifiques. Donc on peut présumer qu’il y aura un déficit sérotoninergique, mais on s’en tient pour l’instant à ce qu’on sait, c'est à dire pas grand chose - donc ça reste des suppositions.

Est-ce qu’il y a des moyens de booster son taux de sérotonine pendant et après la prise de substances ? Des gens disent que manger des bananes peut aider.
Il y a une substance chimique appelé le tryptophane, qui est à l'origine de la synthèse de la sérotonine et qui permet donc d'en restabiliser le taux après coup. Si vous mangez normalement, vous produirez une quantité suffisante de tryptophane. Si vous êtes une personne normale avec une hygiène alimentaire classique, il n’y a aucune raison de se gaver de bananes, ou de boire des boissons bourrées d’acides aminés, parce que votre corps le remplacera toujours au fur et à mesure. Le tryptophane est présent dans les produits laitiers. Ceci étant dit, les bananes font partie d’une alimentation saine et équilibrée alors je ne dissuaderai jamais les gens d’en manger !

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Est-ce que le « Mardi Suicide » varie selon la drogue ? Avec la kétamine par exemple ?
La kétamine fait partie d’une classe de drogues différente – c’est un anesthésique dissociatif. Elle se lie à des récepteurs du système nerveux central comme le récepteur NDMA, donc elle cible un domaine chimique très différent. Il ne faut pas s’attendre automatiquement à une « descente » avec la kétamine. En fait, c’est une drogue largement utilisée en cas de traumatisme, dans les services d’urgence et énormément dans les pays en développement, parce que c’est un anesthésiant sûr qui ne produit -généralement- aucun effet secondaire important.

J’imagine qu’on dort plus avec de la kétamine.
Oui, ça met les batteries plus à plat que ça ne les recharge. Le sommeil est une part importante de l’expérience en festival. Les drogues que les gens prennent ont un effet sur le sommeil. Le cannabis par exemple aide certaines personnes à s’endormir mais ça perturbe le sommeil biologique, résultat : votre sommeil est de moins bonne qualité. L’alcool a également un effet terrible sur le sommeil. Chaque mauvaise nuit a des effet physiologiques sur vous, et c’est ce qui définit précisément votre humeur durant la journée. Les contrastes peuvent être extrêmement marqués.

Donc, même une simple consommation d’alcool peut produire ce genre de symptômes ?
Absolument. Avec l’alcool, la descente est provoquée par l’acétaldéhyde. Elle poussera la plupart des gens à se réveiller au milieu de la nuit, en nage, avec la gorge sèche et une envie pressante d'aller aux toilettes. Ce sentiment de chaleur excessive qui provoque la transpiration est dû à l’acétaldéhyde. Si vous êtes en festival, que vous ne dormez pas convenablement parce que vous êtes dans une tente et que vous ajoutez à ça une consommation d’alcool régulière pendant plusieurs jours, vous essuirez de sévères pertes énergétiques.

Peut-on boire ou manger certaines choses pour contrer l’effet de l’alcool ? On parle souvent de jus de coco.
Non. On connaît les effets de l’alcool depuis des siècles, et de nombreuses techniques ont été rapportées pour soi-disant réparer la gueule de bois, mais si quelqu’un avait trouvé la recette miracle, il serait déjà millionnaire ! Le fait que rien n’est universellement accepté montre que rien ne marche vraiment. Ceux qui pensent l’inverse le font surtout pour se rassurer, mais dans l’absolu, la vérité est qu’il n’existe aucune remède pour guérir d’une cuite.

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Pourquoi est-ce qu’on fait d’horribles cauchemars et qu’on passe des nuits effrayantes après un festival ?
La plupart des drogues chimiques que les gens consomment perturbent le sommeil. Et le sommeil paradoxal provoque ce genre de rêves. Quand vous avez un cycle normal de sommeil, vous rêvez mais vous ne vous souvenez pas de la majorité de vos rêves. Il y a 4 phases de sommeil avant le sommeil paradoxal. Si vous vous réveillez pendant le sommeil paradoxal, vous vous souviendrez de tous vos rêves.

Mais pourquoi les rêves horribles se produisent après le festival ?
Parce que votre corps tente de récupérer après une période de privation de sommeil. Il vous faut une certaine quantité de sommeil paradoxal chaque nuit [à peu près 20 % pour un adulte] et si vous en êtes privés trop longtemps, votre cerveau ratrappera le retard. C’est une habilité incroyable, vraiment. Du coup, les nuits où vous pourrez dormir convenablement seront bien plus intenses durant le sommeil paradoxal.

Quels droguent inhibent le sommeil paradoxal alors ?
Le cannabis, surtout si vous n’êtes pas un consommateur régulier et que vous en fumez durant le week-end du festival. Il vous empêchera de profiter du sommeil paradoxal. Ensuite, durant les jours et semaines suivant le festival, votre cerveau tentera de combler le manque et une quantité non négligeable de votre sommeil sera bien plus intense et agitée. C’est aussi caractéristique des gens qui consomment régulièrement du cannabis et qui stoppent d’un coup. Une fois que leur cerveau est dans une situation où il peut à nouveau rêver, il le fait sur-intensément pour rattraper le temps perdu. Et c’est pareil pour l’alcool.

Souvent, les gens vont à un festival et prennent un ou deux jours de congé ensuite, qu’ils passent à fumer de la weed pour lutter contre la descente. Qu’est ce que vous en pensez ?
Durant ces deux journées, la meilleure chose à faire est de retrouver un cycle de sommeil normal. Le cannabis est une mauvaise idée. Privilégiez le sommeil sain, reprenez un rythme normal, faites quelques exercices physiques le matin, ne buvez pas de boissons qui vous stimulent comme la caféine et ne prenez surtout pas d’autres drogues. N’allumez ni la télé ni votre ordinateur. L’exercice serait la seule drogue que je prescrirais durant ces deux jours. Ne faites aucune activité poussée moins de deux heures avant de vous coucher car ça augmenterait votre taux métabolique actif et élèverait votre niveau d’alerte. Je me lèverais également durant les premières heures du jour, car c’est bénéfique pour le taux de sérotonine.

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Quelle nourriture conseillez-vous ?
Tout ce qui est sain, équilibré. Rien de trop riche en graisses ou en glucides parce que les ballonnements affecteront votre sommeil. Une belle salade avec du poisson sera parfaite pour vos acides gras Oméga-3.

Et qu’est ce qu’il en est de ce tremblement dans la tête qu'on ressent parfois – comme le tic d’une aiguille. J’en ai parlé à beaucoup de gens et ça fout la trouille à tout le monde.
Ce n’est pas quelque chose que j’ai souvent rencontré. Mais de hauts niveaux d’anxiété et un manque de sommeil peuvent être responsables de cette sorte de tics. Quand je suis à plat, j’ai quelques convulsions dans les muscles, les petits groupes de muscles tremblent, et tout ça est normalement dû à un déséquilibre électrolytique. Avoir une mauvaise hygiène de vie pendant tout un week-end vous exposera à ce type d’effets secondaires désagréables.

Avez-vous déjà eu des symptômes de la sorte liés aux drogues ?
J’ai participé à des études sur les psychotropes, donc j’ai pris certaines substances oui. On a réalisé plusieurs études en utilisant de la psilocybine, l’ingrédient actif des champignons hallucinogènes, en tant qu’agent thérapeutique. Lorsque nous avons commencé on a dû prouver qu’il était sûr et qu’on pouvait l’utiliser dans un contexte médical, donc moi et quelques autres psychiatres volontaires en avons pris avant de passer un scanner du cerveau. Et je comprends mieux les expériences que les gens vivent depuis !

David est sur Twitter.

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