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« The Decline Of Western Civilization 2 » est le film à la fois le plus triste et drôle de l’Histoire du rock

À l'occasion de sa diffusion au F.A.M.E., retour sur un monument du documentaire musical, où se télescopent Kiss, Poison, Lemmy, Dave Mustaine et une centaine d'anonymes cramés au dernier degré.

par Lelo Jimmy Batista
11 Mars 2016, 9:25am



Oubliez Spinal Tap (vous l’avez regardé bien trop souvent de toute façon). Oubliez The Story Of Anvil (mais vous l’avez peut-être déjà oublié en même temps). Le film le plus triste et drôle qui ait jamais été réalisé sur un groupe de rock, c’est The Decline Of Western Civilization 2 : The Metal Years et, celui-là, il y a de grandes chances pour que vous ne l’ayez jamais vu. Et ça, pour le coup, c’est juste triste.

Comme son titre l’indique,
The Decline Of Western Civilization 2 : The Metal Years est le deuxième volet d'une trilogie réalisée par Penelope Spheeris (que vous connaissez au moins pour le premier Wayne’s World), démarrée en 1981 avec The Decline Of Western Civilization, documentaire de légende sur la scène punk de Los Angeles, dans lequel on suivait les pérégrinations de Black Flag (période Ron Reyes, à l’époque où ils vivaient dans une église reconvertie en squat), X, Circle Jerks, Fear, The Bags, ainsi que de l’équipe du magazine Slash, menée par son fondateur Claude Bessy.

Un film âpre, cinglant, excessif, qui a durablement traumatisé tous ceux qui ont eu la chance de le voir durant les années 80 et 90 via les copies de copies de copies de VHS qui se distribuaient sous le manteau, et qui présentait la scène punk californienne de manière particulièrement crue (et un poil sensationnaliste, il faut le reconnaître) entre passion, énergie, abandon, violence et connerie totale (à l'image de ces fans débiles racontant avec un sourire benêt ne venir aux concerts que pour la baston).



Sept ans après ce premier volet historique, Penelope Spheeris lui donnera une suite avec The Decline Of Western Civilization 2 : The Metal Years, qui s'intéressera à une autre scène, alors à son apogée à Los Angeles : le hair-metal (ou glam metal). En réunissant une poignée de légendes du heavy rock (Ozzy Osbourne, Lemmy Kilmister, Alice Cooper, Paul Stanley et Gene Simmons de Kiss, Joe Perry et Steven Tyler d'Aerosmith) aux côtés de quelques-uns des groupes hauts en couleur et parfois très bas du front qui animaient le Sunset Strip circa 1987-1988 (Faster Pussycat, Poison, Lizzy Borden, London), elle donnera naissance à 93 minutes absolument infernales, sources de fous rires, de consternation totale et de chagrin absolu.

Fans ravagés, anonymes avides de gloire, groupes cramés au xième degré, répliques atterrantes : impossible de rester de marbre face à cette galerie d'ananas péroxydés et de dadais cloutés, tous aussi embarrassants qu'attachants. Une tornade sans pitié aucune, au coeur de laquelle on a isolé 5 scènes-clés absolument obligatoires pour toute personne s'intéressant de près ou de loin au heavy metal, au rock, à la musique en général, ou ne serait-ce qu'au spectacle vivant ou au simple concept d'électricité.

LES INTERVENTIONS DE POISON



Si vous connaissez Poison, vous savez deux choses : que malgré leurs dégaines de filles-mères de la Côte d'Opale, trois des membres du groupe (Bret Michaels, Rikki Rockett et Bobby Dall) sont en réalité des types plutôt intelligents, et que le quatrième, le guitariste C.C. Deville (le type à gauche sur la photo), est techniquement débile. Ce qui signifie que : 1/ comparées aux torrents de connerie pure déversés tout au long de Decline 2, les interventions de ces mecs passent pour des échanges entre astrophysiciens suisse-alémaniques sur les exoplanètes et le milieu interstellaire, et 2/ C.C. Deville sort (malgré lui) la vanne la plus « autre » de tout le film, lorsqu'il tente de prononcer « Pontiac LeMans ». Un pur moment d'incompréhension que n'aurait pas renié Bernard Launois (réalisateur de Touch' Pas À Mon Biniou, de loin le meilleur rôle de Sim).

LE PETIT-DÉJEUNER AVEC OZZY OSBOURNE

Un grand moment d'intimité (qui renvoie directement à l'interview de Darby Crash des Germs dans le premier Decline) au cours duquel le leader de Black Sabbath (poursuivant alors sa florissante carrière solo) raconte à quel point il s'est fait chier en clinique de désintox et avoue dans un grand éclat de rire être alcoolique au dernier degré. Le tout, en préparant tranquillement ses oeufs et son bacon. À noter que cette scène contient un passage éhontément truqué où l'on voit Ozzy se servir du jus d'orange en en mettant partout : Penelope Spheeris a avoué depuis qu'il s'agissait d'un plan créé de toutes pièces et ajouté au montage.

LA LÉGENDAIRE « SCÈNE DE LA PISCINE »

LA pièce-maîtresse du film : une interview de Chris Holmes (guitariste de W.A.S.P.), vautré sur un fauteuil gonflable, dans sa piscine, descendant les bouteilles de Smirnoff à un rythme inhumain, sous le regard à la fois désespérément stoïque et terriblement embarrassé de sa mère. Comme tout le monde, vous rirez la première fois que vous la verrez, vous serez consternés à la seconde et vous détournerez le regard avec un petit frisson de honte lors des 245 qui suivront. Un énorme moment de gêne qui, pour le coup, n'est, lui, absolument pas truqué.

LA DOULOUREUSE INTERVIEW D'ODIN

Autre scène particulièrement pénible, celle mettant en scène Odin, une des nombreuses formations mortes-nées de la scène hair-metal, avalée par les spirales de l'oubli dès l'année qui a suivi la sortie du film. Ce qui rend d'autant plus cuisante l'interview déjà particulièrement sordide des membres du groupe (dans un jacuzzi, complètement défoncés et entourés de groupies) au cours de laquelle le chanteur Randy « O », déclare sans sourciller qu'il deviendra « plus célèbre que Jim Morrison ». Sans parler de leur calamiteuse prestation sur la scène du Gazzari's, où ils sont présentés comme « les prochains Van Halen » par le tôlier septuagénaire (qui décèdera 3 ans après la sortie du film) avant d'être utilisés comme jury de fortune pour le concours de strip-tease annuel de la boîte.

L'APPARITION SALUTAIRE DE DAVE MUSTAINE



Oui, vous avez bien lu : « salutaire ». The Decline Of Western Civilization 2 est en effet le seul moment de votre vie où vous serez heureux de voir apparaître Dave Mustaine, venu redonner foi aux coeurs purs du metal avec sa moue haineuse, sa crinière caniche-abricot et une poignée de déclarations à peu près sincères et éclairées. Dit comme ça, ça n'a l'air de rien, mais vous verrez qu'à 10 minutes de la fin du film, ça vous donnera juste l'impression d'être un Judéen libéré des cachots.


The Decline Of Western Civilization 2 : The Metal Years sera diffusé ce dimanche 13 mars à la Gaîté Lyrique, dans le cadre du F.A.M.E. Le film est disponible en dvd et blu-ray chez Shout! Factory.


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