Pagaille punk à Copenhague

Pilier de la scène danoise, Ole Dreyer Wogensen a pris des tonnes de photos de Nick Cave, New Order, Siouxsie, The Jam et d'un tas de groupes locaux entre la fin 70 et le début 80.
05 novembre 2015, 11:00pm

Ole Dreyer Wogensen a passé toute sa vie dans la musique. Dans les années 80, il a monté son propre label, HUB Records avant de devenir D.A. pour une plus grosse structure. Dans les années 90, il a fondé le nightclub Rust et a été manger de groupes comme Dizzy Mizz Lizzy avant de devenir Directeur Créatif pour EMI. Pendant toutes ses années, c'est sa passion pour la musique qui l'a guidé, une passion qui a commencé à la fin des années 70, quand le punk était encore tout gamin. À cette époque, Olge n'allait jamais à un concert sans son appareil photo, pour voir prendre ses potes en photo sur scène, que ce soit dans un gymnase ou un squat de Copenhague. Il en a aussi profité pour shooter tous ses groupes préférés qui passaient en ville, des Ramones à Nick Cave en passant par New Order, Siouxsie et les Jam. On a pris un café avec lui pour qu'il nous commente ses meilleurs clichés.

« ADS n'avaient pas peur d'organiser eux-mêmes leurs concerts. Ils avaient calqué leurs cofifures sur GBH, et donnaient vraiment tout ce qu'ils avaient sur scène, comme des rock stars. ADS ont sortir un single avant que Stig Pedersen ne rejoigne DAD. Lars Top-Galia voulait jouer dans Sort Sol, mais ça a mis quelques années avant de se faire. Cette photo a été prise au Nosferatu Festival, un des plus gros rassemblements punk au Danemark. Le premier en la matière, Concert of the Moment_, fut un peu une version punk danoise de Woodstock. Nosferatu était l'étape d'après. The Birthday Party y ont joué lors de la première édition. C'était très bien organisé et complet. Le fest avait eu lieu au Saltlageret,_ là où l'on trouve le Planetarium aujourd'hui. »

« Before était le groupe de Martin Hall, qui s'était déjà fait connaître au sein de Ballet Mecanique, les gens étaient très excités d'entendre son nouveau projet. Ce soir-là Before ouvrait pour un autre groupe dont je ne me rappelle plus le nom, au Rockmaskinen à Christiania. Tout était très spontané. Je crois que c'était leur deuxième concert et la semaine d'après, ils faisaient la première partie de New Order au Saltlageret. »

« Fritz Fatal était le chanteur de Before. Toute cette scène allait vraiment de l'avant. Le Rockmaskinen organisait des concerts chaque samedi. Deux ou trois groupes jouaient, tu discutais avec un mec au harsad, et la semaine d'après tu te retrouvais à la basse dans son nouveau groupe. Voilà comment Before a commencé. Fritz était de Jutland ce qui était plutôt rare chez les punks de Copenhague. Il avait les cheveux longs ce qui n'était pas commun non plus. J'adorais le photographier. Il choquait tout le monde. C'était une sorte d'Iggy Pop. Before était un excellent groupe. Fritz était un frontman unique, et Martin, Tolle et Michael étaient de super musiciens. Peu de groupes jouaient aussi bien qu'eux à l'époque. »

« Nick Cave avait joué au Saltlageret avec les Bad Seeds. Il venait de sortir l'album Kicking Against the Pricks_. Nick Cave LE poète et LE conteur de l'époque. C'était un gros nom et les gens appréciaient la manière dont il évoluait : un punk australien à la base, qui jouait dans The Birthday Party, et qui avait déménagé à Londres pour former un nouveau groupe. »_

« Il était défoncé à je ne sais quelle drogue mais il était incroyable. Pour moi, Nick Cave était à son top à cette époque. Je l'aime toujous mais il n'a fait que décliner depuis cette nuit-là. »

« La scène n'avait plus grand chose à voir avec le punk. C'était un gros concert avec une sécu et tout. Quand Nick Cave est revenu, c'était une star établie ; il ne traînait plus avec nous après le concert. Il y avait une star en ville et tout le monde le savait. »

« City-X était un condensé de deux groupes, City Roots et You-X. J'avais l'habitude de prendre le train de banlieue avec ces mecs. Eux vivaient à Rødovre et moi à Glostrup. C'est Hans qu'on voit sur la photo ; aujourd'hui il gère une boîte d'informatique. City-X étaient les Hüsker Du du Danemark. Ils faisaient partie d'une minorité qui chantaient en danois. Ça nous impressionnait tous. C'est vraiment dommage qu'ils n'ont jamais pu sortir l'album qu'ils devaient sortir. Leurs singles étaient bons. Ils étaient très aimés ici. Ils se sont reformés il y a quelques temps, ils ont même joué au festival Roskilde. »

« Ça, c'est mon vieux groupe, Gate Crashers. On drainait pas mal de gens à l'époque. On avait notre propre studio de répète dans une vieille ferme à la campagne. Cette photo a été prise au gymnase Solrød où l'on avait vendu plus de 1000 tickets pour ce concert. Kenan, le chanteur, avait cette araignée accrochée à son collier - comme John Entwistle des Who. On mettait toujours le drapeau du Danemark dans un coinn et on écrivait ‘sick society’ dessus. On se marrait bien. C'était comme une fête de lycée avec un groupe punk local en tête d'affiche. »

« J'allais à l'école avec Ib. Son groupe s'apellait Kalashnikov. J'ai co-produit et sorti leur single et leur album. À la base, le groupe s'appelait Diarré, ils l'ont changé quand leur chanteuse Charlotte Bagge les a rejoint parce que ça craignait vraiment trop. Ils se sont fait un nom et sont devenus importants au sein de la communauté de l'Ungdomshuset. Aujourd'hui, Ib est le directeur du Muskelsvindfonden. Il adore probablement toujours cette photo. »

« Kliché étaient importants ici. Leur premier disque, Supertanker, est sorti en 1980 et je l'ai acheté le jour de sa sortie. Tout le monde l'attendait impatiemment. Ils avaient un style vraiment unique, très carré et en même temps, très aggressif. Ils soignaient leur image, avec leurs pantalons bleus et leurs chemises - ils mettaient du soctch fluorescent aux quatre coins de la scène quand ils jouaient et aussi des néons. Pour moi, Supertanker est un des meilleurs disques danois de tous les temps. »

« Ce sont les Lost Kids qui ont sorti le premier disque de punk danois, même si certains avancent que ce n'était pas vraiment des punks. Chaque fois qu'ils jouaient à Copenhague ils se faisaient défoncer. Les gens les détestaient. Leurs morcaux étaient juste des adaptations de morceaux anglais. Le public chantait en anglais par dessus leurs morceaux d'ailleurs quand ils jouaient. Comme on le voit, ce n'était pas la foule à leurs concerts. Ils venaient de sortir leur deuxième album, et tout le monde les avait oublié. Personne ne les prenait au sérieux. »

« New Order avait donné un concert pour les un an du suicide de Ian Curtis. Ils n'avaient qu'un single à leur actif, ‘Ceremony,’ qui était un morceau de Joy Division à la base. Donc personne ne savait à quoi s'attendre. On ne savait jamais à quoi un groupe ressemblait à l'époque (ils ne passaient pas à la télé et Internet n'existait pas). »

« Ils étaient très stoïques sur scène. Les gens avaient vraiment aimé la musique, même si les mecs ressemblaient à des statues. Peter Hook se lâchait un peu par moment mais en tant que bassiste, c'éatit normal que j'aie un faible pour lui. Ils avaient joué exactement 45 minutes comme il était indiqué sur leur contrat. »

« Les Ramones avaient joué au Odd Fellow Palæet dans le centre de Copenhague. C'était en 1980, et j'écoutais leurs disques depuis 1976, c'était vraiment cool de les voir. 3000 personnes s'étaient pointées. C'était une énorme fête. Les Ramones n'étaient pas du tout mainstream à cette époque. Ils jouaient des trucs de leur période sur Sire Records, les trois premiers albums. C'est bizarre de voir des T-shirtds Ramones à H&M aujourd'hui. On ne pouvait même pas trouver de T-shirts de groupes avant. »

« Siouxsie and The Banshees était l'un des rares groupes avec une femme au chant. Leurs chansons étaient vraiment bonnes et leur son complètement différent de ce qui se faisait. Sur cette tournée, c'est Robert Smith des Cure qui assurait la guitare. Les Cure venait de sortir Three Imaginary Boys et avaient annulé leur concert à Copenhague le mois d'avant. »

« Siouxsie était une icône. Toutes les filles voulaient s'habiller comme elle, porter des collants en nylon en guise de T-shirts et abuser de maquillage noir. On l'adorait tous. »

« Les Sods venaient de se rebaptiser Sort Sol. Leur second album, Under en Sort Sol venait de sortir et ils partaient le promouvoir à Berlin. Donc ils se devaient avoir un nom en danois en tant qu'ambassadeurs de la scène. Sort Sol n'étaient pas très connus en dehors des cercles punk et arty. Ils ne passaient pas en radio ni quoique ce soit. « »

« Stiff Little Fingers étaient le protoype du groupe punk politisé avec des morceaux comme 'Alternative Ulster' sur le conflit en Irlande du Nord. C'était la guerre civile et je me souviens, lors d'un voyage à Londres, que les bombes de l'IRA pétaient de partout, qu'il y avait des émeutes à Brixton, etc. Je les ai revus il y a un an et demi. Ils ont très bien vieilli. »

« Les Jam étaient aussi gros que les Beatles en Grande-Bretagne mais la sauce n'a jamais vraiment pris au Danemark. À un moment, ils avaient même 7 singles dans le top 10 des charts britanniques, encore plus forts que les Beatles ! Le problème est qu'ils n'avaient pas de fan base ici. Cette photo date de la tournée après leur quatrième album. The Jam s'était assagi avec les années. Paul Weller, qu'on voit sur la photo, était très influencé par The Who et était une vraie pile sur scène, mais les autres ressemblaient juste à des chauffeurs de taxi. »

« Hans était le leader de War of Destruction, un groupe basé à Aarhus et très respecté à Copenhague. C'était un pur groupe punk, une sorte de version heavy des Sex Pistols. »

« Je ne vais plus aux concerts punk aujourd'hui. J'ai l'impression que la scène n'a pas évolué. Je ne peux plus tenir des heures devant des groupes comme ça. Je trouve ça bien que la jeunesse entretienne toujours cette culture, mais ce n'est plus pour moi. Si je me pointais à un concert au Mayhem, tout le monde penserait sûrement que je suis un flic en civil. »