The Black Dog nous font visiter Sheffield en 10 morceaux

De Heaven 17 à 65 Days Of Static, en passant par Vision, Mau Maus, les pubs pourris et la période expérimentale de Pulp, tout ce qu'il faut savoir sur la 4ème ville d'Angleterre.

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24 Août 2015, 10:10pm

Demandez à n’importe qui de vous situer les principales scènes musicales en Angleterre et il vous répondra à coup sûr Londres, Manchester et Liverpool. Cette réponse n’est pourtant pas tout à fait exacte. Contrairement à ces trois métropoles, Sheffield a toujours évolué dans l'ombre, enchaînant tranquillement les coups de génie, notamment en matière de musique électronique. De Human League et Cabaret Voltaire, en passant par Autechre, les soirées Gatecrasher et le label Warp dans les années 90, la liste des artistes qu’elle a enfantés est aussi longue qu'impressionnante.

The Black Dog en fait partie. Fondé en 1989 et considéré par beaucoup comme l’une des formations techno les plus importantes de ces 25 dernières années, The Black Dog a sorti il y a quelques jours son nouvel album Neither / Neither, qui est venu, une fois de plus confirmer son statut de titan du beat éthéré. On a profité de l'occasion pour passer un coup de fil aux membres du groupe dans leur studio et leur demander de nous dresser leur playlist ultime de la scène de Sheffield.

Application & Derek Bailey - « Digital Manifesto 01 »

« On a la limite du cut-up expérimental, à un point que ça en devient parfois irritant, parce qu'il lance des séquences mais ne termine jamais rien. C’est un morceau hyper intéressant. Bailey était un type fascinant, et il n’en avait strictement rien à foutre de ce que les gens pouvaient penser de lui — soit ils le suivaient dans son délire ou ils se barraient. Et les commentaires laissés sur YouTube sont super marrants. »

Mau Maus - « Facts of War »

« Ces types étaient des bons copains d’école. Ils ont donné leur premier concert dans une MJC et ils étaient tellement mauvais qu’ils ont fait semblant de jouer par dessus la musique. C'est comme ça qu'ils ont commencé puis ils ont évolué vers ce genre de UK hardcore. Ils étaient les premières personnes de notre entourage à sortir un vrai disque à eux. Aujourd’hui ça ne veut peut-être plus dire grand chose, mais à l’époque c’était le rêve de tout musicien. »

Mark Fell - Live @ Présences Électroniques

« Ce morceau est totalement hypnotique. On était allé le voir jouer lors d’une rencontre autour du design assez pénible, où il a joué 20 minutes avant de se barrer. Il avait l'air pas content - pas content du tout. Mais il fait une musique incroyable — il utilise les mathématiques pures pour générer des patterns. On a adoré sa performance lors du festival Présences Électroniques, c'était son meilleur set — il devrait s’énerver à tous ses concerts. »

Vision - « Lucifer's Friend »

« Ils viennent du mauvais côté de Rotherham, de l’un des endroits les plus glauques et sombres du South Yorkshire. Si tu traverses le coin en voiture, tu seras surpris de trouver quoi que ce soit d'ouvert. On a fait un concert une fois là-bas, dans un pub miteux. On avait demandé à ce qu'on nous prépare un repas avant. On a fini dans un putain de McDonalds. Mais ce groupe a produit un morceau de pop 80's absolument parfait. Ça a été un hit dans toute l’Europe, il a même été n°1 en Italie je crois, mais il n’a pas plus marché que ça au Royaume-Uni. Le synthé et la boucle défoncent. C’est digne de Depeche Mode. »

Heaven 17 - « Let Me Go »

« C'est vraiment un super morceau. Pour beaucoup de nerds, c’est le premier morceau sur lequel on a utilisé un son acid, joué sur un Roland TB-303. Niveau structure, c'est du pur génie. Ça prouve bien que tu n’as pas besoin de superposer plein de couches pour faire un truc intéressant. On adorerait pouvoir en faire un remix. »

Tony Oxley & Derek Bailey - Live @ Knitting Factory

« Encore un excellent morceau. On se prend toujours la tête avec des fans de jazz, ils ne sont pas très pédagogues. C’est un art mort, il n’y a plus que des blancs de classe moyenne qui en jouent parce que ça fait chier le reste du monde. Mais ce truc là est vraiment déconneur, ces mecs s’en foutent et ils sont tous les deux hyper talentueux. On dirait qu’ils réinterprètent Autechre. Ça fait chier plein de gens et ça rend le truc encore plus cool. C’est comme entendre parler une langue étrangère. »

65 Days of Static - « The Fall of Math »

« On devait bosser avec eux sur un contrôleur qu’on avait mis au point, mais ils étaient en tournée avec Mogwai. Ce groupe prouve qu’il y a toujours des idées nouvelles qui sortent de Sheffield. C’est magnifique et totalement instrumental. Les gens se font des idées sur Sheffield, ils pensent que tous les musiciens se connaissent et boivent des coups ensemble. On n'a jamais rencontré ces types. Parfois, on mange avec Richard H. Kirk mais on ne traîne pas toujours ensemble, il n’y a aucune pression collective et chacun avance sur ses projets comme il l’entend. »

The Stunt Kites - Live @ Weston Park Festival

« Ces types avaient sorti le single ‘Leanora’, un morceau précurseur pour les Sisters of Mercy et les premiers trucs goth. Ils étaient extrêmement en avance sur leur temps. Le chant est hyper bizarre et la vidéo a tout des premiers concerts de punk, avec un nouveau batteur sur chaque date, des types du public qui montent sur scène, une coupure de courant… On dirait un sketch de Vic & Bob. Pour l’époque, ça avait l’air d’être un gros évènement à Sheffield, vise un peu cette scène de 30 centimètres et cette pancarte peinte à la main. Il y a une sorte de beauté naïve autour du truc. »

Dig Vis Drill - « Spell Survival »

« On croisait leur chanteur, Oggy, en club. C’était vraiment un drôle de type. Il traînait avec Jarvis et Tim de Pulp. Les mecs de cette clique étaient franchement bizarres. Parfois, ils se pointaient en club habillés avec des sacs en toile de jute et des bonnets de douche sur la tête. Au lieu de danser, ils faisaient ces trucs dadaïstes abstraits, ils sautaient et couraient à travers le club. À cette époque, Pulp et Dig Vis Drill étaient très expérimentaux. Une fois, un concert de Dig Vis Drill a tourné à l’émeute et ils ont appelé la police. Un autre soir alors que Pulp donnait un concert au Beehive, ils ont coupé le courant au bout du deuxième morceau et ils leur ont ordonné de partir. C'était bien avant qu'on ne commence à entendre parler d'eux dans la presse.Ce n’était pas des étudiants en école d’art qui voulaient faire les cons, eux se sentaient vraiment différents et ils prenaient ça très au sérieux. »

Screaming Trees - « Asylum »

« Ces mecs répétaient au même endroit que nous. Ils programmaient tout puis ils jouaient de la basse et de la guitare en live par dessus et ils ajoutaient le chant. Pour l’époque, ce n’était pas banal. Ils étaient ultra-carrés, aussi. Plein de gens n'ont jamais entendu parler d'eux et n'en entendront probablement jamais parler, vu que leur nom a par la suite été pris par un groupe américain bien plus connu. Ils ont signé sur un petit label de Rotherham, Native Records — et le seul truc à retenir de ce label, c’est qu’ils ont été les premiers à signer Nine Inch Nails. »

Le nouvel album de The Black Dog Neither / Neither est sorti le 17 août sur Dust Science Recordings.

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