Les fans de K-pop n'ont plus qu'un seul nom à la bouche : 4Minute

On a rencontré les 5 ambassadrices de la pop coréenne qui viennent de sortir leur sixième album, « Crazy ».

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10 Mars 2015, 12:30pm


Après L'Homme au bob, les femmes aux bobs.

Pas facile d’être un girls band en Corée. En plus des répétitions rigoureuses, des spectacles, des apparitions dans les médias et des standards de beauté surréalistes auxquels il faut répondre, parce qu’elles sont la vitrine culturelle du pays, les femmes de la K-Pop doivent aussi tout faire pour attirer et conserver un public masculin. Contrairement aux États-Unis où les Beyoncé, Cassie et Ciara font fantasmer une bonne majorité des hommes, en Corée, l’image de la femme sexy, sûre d’elle et indépendante, est souvent sujet aux moqueries et au dédain.

Depuis ses débuts en 2009, 4Minute doit sa renommée à son énergie débordante. Le groupe a redoublé d’efforts l'année dernière pour satisfaire son public et en séduire un nouveau. 4Minute admettent se sentir délaissées par le public coréen masculin qu’elles ont décidé de mettre de côté à leur tour — un risque que peu de groupes féminins auraient pris. Le résultat : un mini-album, Crazy, dans lequel on retrouve le groupe dans un univers totalement nouveau, entre europop (« Cut-it-out »), funk (« Tickle Tickle Tickle ») et hip-hop (« Crazy »).

Sur scène comme dans le clip, le morceau « Crazy », depuis devenu un méga-hit (évidemment suivi d'innombrables reprises), est accompagné d’une chorégraphie magistrale imaginée par la célèbre Parris Goebel et mise en valeur grâce au stylisme de Gayoon, l’une des 5 membres du groupe. On a rencontré Jihyun, Gayoon, Jiyoon, Hyuna et SoHyun pour parler de leur musique, de la rage qui les habite et du succès qu’elles connaissent chez elles et à l’étranger.

Noisey : Vous avez complètement remodelé votre musique sur cet album. Pour les gens qui vous découvrent, comment décririez-vous 4Minute ?
Gayoon : Avec nos deux projets précédents, on sortait des morceaux faciles à écouter et destinés à un public assez large. On retrouve l’âme de 4Minute dans Crazy, mais dans un style un peu plus élaboré.

L’énergie du clip est incroyable, comment réussissez-vousi à garder cette explosivité tout au long du morceau ?
Sohyun : Notre secret c’est qu’on est tout le temps énervées, mais on conserve cette rage pour la musique et la scène.
Jihyun : Si tu regardes nos performances, tu peux voir qu’on est toujours à fond. Jusqu’à la dernière seconde, on a la rage.
Jiyoon : C’est de la vraie rage, 100 % authentique.

La chorégraphie de « Crazy » est la meilleure que j’ai vue depuis un bail. Vous avez un passage favori ? Elle a été difficile à apprendre ?
Hyuna : C’était la première fois qu’on travaillait avec Parris Goebel. On a pris beaucoup de temps pour voir ce qui collerait le mieux au morceau. Elle savait ce qu’on voulait et grâce à elle, on a réussi à faire une belle chorégraphie. Aujourd’hui, beaucoup de gens font des vidéos sur Youtube pour reprendre notre « Corée-graphie », ça veut tout dire.
Sohyun : C'était notre chorégraphie la plus difficile jusqu’à présent. Pour les précédentes, on faisait trois fois les mouvements avant de prendre une petite pause, mais pour celle-ci, on a dû travailler deux fois plus et s’arrêter deux fois plus souvent.

Quels sont vos morceaux préférés ?
« Crazy » !
Hyuna : C’est notre morceau phare. Ce titre représente notre vraie identité, notre vrai visage. Sur Youtube, il a déjà plus de sept millions de vues.
Jihyun : Même en Corée les gens adorent ce morceau.
Gayoon : Sur ce titre, en plus d’écrire les lyrics, on a exprimé beaucoup d’idées. On a vraiment toutes mises la main à la pâte. C’est aussi le morceau sur lequel on a passé le plus de temps.
Sohyun : Personnellement, mon titre préféré est « Tickle Tickle Tickle », c’est moi qui l’ai écrit.
Jiyoon : Alors moi je vais répondre « ICatch » parce que c'est moi qui l'ai produit. Pour ce qui est des clips, mon préféré est sûrement « Cold Rain »— c’est une très belle ballade. Ce titre n’a vraiment rien à voir avec les autres morceaux, ni avec la pop en général.

Comment s'est passé l'enregistrement de ce morceau ?
Gayoon : C’était la première fois qu’on s'essayait à une balade. Après des morceaux hip-hop et d’autres plus electro, on a tenté autre chose, des trucs vraiment improbables parfois.
Jihuyn : « Cold Rain » est le seul morceau qui met en valeur la jolie voix de Gayoon. J’espère que vous apprécierez.
Hyuna : Je trouve que ce morceau colle parfaitement à l’hiver. On l’a écrit et travailler à cette période d’ailleurs, ce qui nous a beaucoup aidé.
Sohyun : « Cold Rain » marche très bien en Chine. Il est au top des charts.

Sohyun, Hyuna, et Jiyoon, vous avez écrit les textes de plusieurs morceaux de l’album. Le processus d’écriture représente quoi pour vous ? C’est quelque chose de stressant ou fun et instinctif ?
Sohyun : Moi je trouve ça cool. Ça ne se résume pas simplement à balancer des mots sur un morceau, il faut savoir faire vivre la chanson. Au début, j’écoute le morceau, ensuite j’attends qu’un thème ou qu'une idée me vienne.
Jiyoon : Écrire est aussi important que produire. J’improvise une mélodie ou un texte et ensuite, en regardant des films, des séries ou des émissions de télé, les idées jaillissent.
Hyuna : L’écriture n’est pas quelque chose que je prévois. Parfois j’écris après avoir écouté le morceau et d’autre fois j’écris avant d’avoir entendu quoi que ce soit. La plupart du temps, j’écoute le morceau et je pense à plusieurs mots-clefs pour m’orienter. Puis tout vient naturellement.

Dans la K-pop, les groupes et leur manager sont souvent très liés, mais c’est la première fois que j’entends un manager apparaitre sur un morceau. Ce titre est une référence à une curcerie coréenne c'est ça ?
Jiyoon : À la base « ICatch » a été écrit pour BTOB, un autre membre du label 4minute. Je ne sais pas si c’est dû au hasard mais notre manager est entré dans la cabine pendant qu’on enregistrait la démo. Notre conversation collait vraiment avec le morceau donc on a décidé de garder cette partie. Notre manager sera également au casting de la quatrième saison de Show Me The Money [Les Rap Contenders coréens]. Les « ICatch » sont des cookies made in Corée— et grâce à ce morceau, on reçoit plein de boite de cookies de la part de nos fans. Lors de notre tournée ne Europe, l’an dernier, j’ai rencontré un fan qui m'en a parlé et connaissait un peu la culture coréenne. Je suis contente, c’est une bonne chose si la K-pop aide les gens à découvrir la culture contemporaine de notre pays.

S’il y a un truc qui est bien mis en avant dans la K-pop c’est la prestation scénique. Gayoon, tu as beaucoup participé au stylisme ces dernier temps. Quelles ont été vos influences ?
Gayoon : Je m’inspire de toutes les membres du groupe et de nos stylistes. En ce moment dans le hip-hop, on voit beaucoup de bobs, de bandeaux et de chaines en or, donc je me suis inspiré de ça et de certaines collections qui pouvaient coller avec la garde robe qu’on avait.

En Corée, les concerts et tous les événements culturels sont très contrôlés. Ça fait quoi de jouer dans des salles plus petites, comme les clubs par exemple, où la sécurité est moindre ?
Sohyun :
LPendant notre tournée en Europe, on a essentiellement donné des concerts dans des clubs. Et on a vraiment réalisé que les concerts en clubs ramenaient eux aussi beaucoup de monde. En fait, maintenant on préfère les concerts dans des petites salles pour être plus proches de nos fans, voir leurs visages, etc.
Gayoon : Notre tournée européenne a été un déclic. Avant, on pensait que jouer dans d'immenses salles était ce qu’il y avait de mieux. Mais grâce aux concerts qu’on a faits en Europe, on s’est rapproché de notre public et on a réalisé que ça facilitait l’interaction.
Jiyoon : On a fait la première de « Crazy » en club et on a vu les gens chanter avec nous. Ils dégageaient tellement d'énegrie, c'était indescriptible. On a vraiment hâte d'y retourner.

Comment s'est passé ce concert au SXSW l’an dernier, Hyuna ? C’est un show 100 % à l’américaine, très loin des standards coréens.
Hyuna : J’ai pris énormément de plaisir sur scène, il y avait tellement de gens différents, notamment Lady Gaga. Ça m’a surprise de voir le public reprendre « Bubble Pop » avec moi. Ce que je retiens, c’est que même au Texas, on écoute de la K-Pop. J'ai aussi visité L.A. pendant mon séjour et j’ai tourné une vidéo avec Rita Ora pour Funny Or Die. C’était vraiment drôle, j'en garde un très bon souvenir.

La concurrence est rude dans la K-pop, la plupart des artistes ne tiennent pas plus de 5 ans. Vous, ça fait six ans que vous êtes dans la course. Heureuses ?
Sohyun : Si on en est là aujourd’hui c’est que notre carrière n’a jamais connue de hauts et de bas. Notre groupe est resté stable et constant. [Rires]
Hyuna : On a toujours essayé de se renouveler et c’est ce qu’apprécient les auditeurs je pense. On n’a pas peur de se lancer dans des choses nouvelles, peu importe le risque. Les gens voient les efforts qu’on fait et voilà pourquoi nous en sommes là aujourd’hui.
Jiyoon : Notre slogan est : « Pas meilleur, mais unique ! » Voilà la clef du succès du groupe.

Vous espérez quoi pour le futur ?
Jiyoon : On voulait réussir à placer le groupe en tête des charts, et c'est ce qui s’est passé avec « Crazy ». Ensuite, on espère pouvoir faire des concerts aux USA. Sur le long terme, ce que j’aimerais de mon côté, c’est gérer ma chaîne d’hôtels.
Gayoon : Pourquoi ne pas faire partie du Billboard Top 100 ? C’est vrai que jouer aux USA ou même faire des plateaux de télé est quelque chose qui m’attire. Perso, j’aimerais avoir un camion à glaces pour vendre des glaces coréennes aux États-Unis.
Hyuna : Je ne me projette jamais dans le futur. Je préfère me concentrer sur le présent.
Jihyun : Nous donner à fond dans ce qu’on fait nous ouvrira des portes et nous offrira de meilleures opportunités plus tard.

Jakob Dorof attend les opportunités sur Twitter.