John Carpenter a essayé de se souvenir de deux-trois trucs sur ses bandes-son

Il participe au prochain album de Jean-Michel Jarre et adore Zombie Zombie.

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04 Mars 2014, 12:45pm

John Carpenter et Alan Howarth.

John Carpenter ne se laisse pas emmerder. Ni par Michael Myers dans Halloween, ni par le ballon de volley géant de Dark Star, ni par les créatures extraterrestres de They Live. John Carpenter s’en sort toujours. Capable de transformer un petit film d'étudiant en un classique culte de la SF (Dark Star, toujours), et d'envoyer Bon Jovi se bastonner avec des vampires, ce type a, en gros, passé l'ensemble de sa carrière à essayer de coller des acteurs impossibles dans des situations totalement craignos.

Carpenter aime bien se mettre mal aussi. C’est souvent lui qui produit, dirige, édite et compose la bande-son de ses films, ce qui, de fait, lui laisse très peu de temps pour le recul et la réflexion. On est allé le rencontrer pour lui demander pourquoi il avait composé la majorité de ses B.O., quel matos il utilisait, et pourquoi il préférait le digital.


Noisey : J'aimerais vous parler de la bande-son de vos films.
John Carpenter :
Je te dirai tout ce dont je me souviens.

Vous souvenez-vous du matos utilisé pour Dark Star en 1974 ?
Houla. Je ne me souviens pas du nom exact du matériel, mais je me souviens que tu devais enfoncer des épingles dans le truc, comme des aiguilles en bois qui produisaient un son. Ça changeait la fréquence, plus ou moins. Je ne me souviens plus du nom.


Le EMS VCS-3.

Vous connaissiez beaucoup de gens qui avaient accès à ces machines ?
Il y avait un gars qui vivait dans la San Fernando Valley qui en avait une. Je suis donc allé chez lui et j'ai littéralement enregistré toute la B.O. dessus... C’était très primitif. On a tout fait en quatre heures environ.

J'imagine que le coût et le temps étaient des facteurs importants.
Complètement. C'était un bon moyen pour un type comme moi, qui était un peu limite, de pouvoir obtenir un vrai son. Ça me permettait de doubler, tripler et quadrupler les pistes.

Et puis c'était LE son qui collait aux films de science-fiction, non ?
Oui. Tu sais, j'ai toujours adoré les B.O. de The Day The Earth Stood Still et Forbidden Planet, qui sont totalement électroniques. C'était vraiment révolutionnaire.

Carrément. Je crois qu'ils utilisaient des trucs comme le theremin, non ?
Pour The Day The Earth Stood Still oui, mais pour Forbidden Planet, c'était surtout des boucles complètement dingues, et des effets électroniques qui se baladaient d'un canal à l'autre.


The Day The Earth Stood Still – Bernard Herrman.

Forbidden Planet

C'est dingue à quel point les sons électroniques peuvent être chargés d'émotions, comme s'ils mettaient à jour le désir des machines.
C'est exactement ça.

Dans un tout autre genre, vous avez aussi écrit la chanson country de Dark Star, « Benson, Arizona ».
Ouais, je l’ai co-écrite avec le mec qui faisait les effets spéciaux, Bill Taylor. C'ets lui qui a transformé le film en 35mm, alors qu'il avait été tourné en 16mm. Il a écrit les paroles, j'ai écrit la musique.

Et vous avez préféré travailler seul avec un synthé ou avec des musiciens ?
Le synthé c'est mieux parce que je peux toujours m'énerver contre moi-même quand je me trompe. Mais c'était sympa de bosser avec des musiciens, vraiment très amusant.



Vous avez créé le groupe Coupe Devilles uniquement pour la B.O. de Big Trouble In Little China ?
Non, on était un genre de groupe informel. Trois d'entre nous étaient allés à l'école de cinéma ensemble, on aimait tous le rock n' roll donc on a commencé à se retrouver, et à jouer sur des guitares acoustiques, juste pour le plaisir. Et en gros, notre quart d'heure de gloire, ça a été Big Trouble.

Du népotisme pur jus ?
[Rires] Je connaissais les bonnes personnes, c'est tout

Pour en revenir aux synthés, j'ai lu une étude qui disait que les endroits où l'on se sent mal à l'aise produisent un ultrason naturel, qui peut nous fait croire que le lieu en question est hanté, par exemple.
C'est vrai.

Je me demandais si des synthétiseurs pouvaient révéler ce genre de choses en nous.
Je n'avais jamais pensé à ça, mais ça me semble envisageable. Les synthétiseurs sont tellement... En fait, ils sont transcendants, tu sais que tu écoutes un son électronique, tu le sais. Mais si tu peux le rendre musical, si tu peux l'arranger de façon orchestrale, alors ça devient autre chose. Et il y a un truc qui met un peu mal à l’aise là-dedans, ouais. Je suis d'accord avec ça.

Il y a un synthé que vous avez plus utilisé qu'un autre ?
Eh bien pendant des années, j'ai utilisé un Korg, le Triton, je crois. J'adorais ça parce qu'il y avait tellement de bons sons dedans. Facile à utiliser. Maintenant, j’utilise Logic Pro, que j'adore, sur un ordinateur. Il y a une énorme bibliothèque de sons, c’est vraiment très amusant.



Les instruments sur la B.O. de The Thing...
En fait, je n'ai pas officiellement composé ou réalisé la musique de The Thing, j'ai fait du boulot aux interstices. C'est à dire les changements sur les tonalités. Très peu de choses.

C’était un orchestre ou des synthés ?
C'était des synthétiseurs, mais il y a des moments dans le générique, par ci-par là, où j'ai lâché deux-trois trucs. Ennio Morricone avait composé la musique à côté du film, et c'était fabuleux, mais je trouvais qu’il manquait un petit truc … Un peu de travail à faire sur quelques points. Mais ma contribution a été minime.

Quelle bande-son a été la plus amusante à faire ?
La plus amusante. Wow. J'ai vraiment adoré travaille sur celle de Big Trouble In Little China – c'était vraiment drôle. J’ai aussi apprécié la B.O. de Prince of Darkness, certaines que j'ai faites plus tard m'ont bien éclaté également. Quand tout est prêt, que tu as le film devant toi et les synthés sous tes doigts, et que c’est le moment de choisir des sons, c’est ça le plus drôle.



Au fil du temps, vos budgets ont augmenté, mais vous avez continué à bosser avec l'électronique.
En effet. J'ai choisi les synthétiseurs quasiment à chaque fois. Parfois, il y avait quelques orchestrations, mais c'était majoritairement des synthés, je ne sais pas pourquoi. Mais c'est devenu de plus en plus difficile pour moi. Ttrès chronophage, très stressant... C'est pourquoi j'ai peu à peu fini par lâcher tout ça et que je confie aujourd'hui mes B.O. à d'autres.

Ça doit être un boulot de dingue de s’occuper à la fois de la réalisation, de l’écriture, de la production.
[Rires] T'imagines pas.

Et la musique reste une partie importante du film.
Oui, ça demande une implication créative importante, et totalement différente du travail de réalisation ou d’écriture. Mais j'ai apprécié faire ça, vraiment.

C'est l'aspect technique des synthétiseurs qui vous a attiré ?
Non pas du tout. Je détestais ça ! Je le faisais faire par d'autres. Pour Halloween et Assault on Precinct 13, j'ai travaillé avec Dan Wyman. Il était prof à l’Université de Californie du Sud, il enseignait la musique électronique. Il avait son propre équipement, et c'était des trucs modulaires, des tubes, des amplis à lampes. Il fallait les accorder, mais mon dieu, je ne veux rien avoir à faire avec ça. Je veux juste appuyer sur des boutons. Ça je sais faire. Appuyer sur un bouton, et hop.


L'enfer de l'accordage.

Dans les années 70, ça devait être une torture de s'assurer que tout était accordé.
Mon Dieu ! Et on n’y arrivait pas tout le temps. Certains étaient souvent un demi ton au-dessus ou en-dessous.

Peut-être que ça a ajouté à l'atmosphère générale.
C'est ce que je me dis.

Je pense toujours que dans un bon film d'horreur, tu dois être capable de fermer les yeux et de continuer à apprécier le film – on entend la peur.
Complètement. Complètement. Et souvent, tu enlèves la musique d'une scène qui n'en a pas besoin. Parfois tu en rajoutes une. Les morceaux qui effraient le public, on les connaît tous. Le thème de Jaws en est un parfait exemple. Psycho aussi.

C'est dingue le nombre de fois où le thème de Halloween a été utilisé, samplé, adapté. On dirait qu'il a sa propre vie désormais.
Il a décollé. Et j'en suis ravi. Tu ne peux pas faire plus simple que ce truc.



Vous écoutez de la musique électronique ?
Oui… J'écoute de la techno, c'est un genre de musique que je trouve vraiment très intéressant.

Vous pouvez me donner des noms ?
Hum... Non. Pas vraiment. Je connais un groupe en France qui fait un truc que j'aime bien, ils s'appellent Zombie Zombie. C'est un groupe de techno, je crois. Et il y avait un autre groupe que j'écoutais à la fin des années 90... Merde, je n'arrive pas à me souvenir de leur nom. Juste deux mecs avec leur équipement. Le nom m'échappe. Tous les détails s'envolent, malheureusement.

Je suis sur que les plus importants sont restés.
Oui, quelques uns.



Vous avez des projets musicaux en ce moment ?
Ouais. Je contribue à un album de Jean Michel Jarre. On est plusieurs sur ce projet, je fais juste un petit truc de mon côté. Je m’y mets, sur Logic Pro, à partir de ce week-end.

Super, merci beaucoup de nous avoir accordé du temps.
Pas de soucis, mon ami, c'était très agréable de parler avec vous.


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