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J'ai survécu à la croisière Motörhead

Quatre jours de bateau entre Miami et les Bahamas, avec Anthrax, Slayer, Suicidal Tendencies et 1000 fans de metal.
7.10.15

Toutes les photos sont de Al Bulmer.

Un énorme « SLAAAYERRRRR ! » retentit. Le cri provient de la bouche poilue d’un énorme type en tongues et T-shirt Exodus. Il est un peu plus de 11h ce lundi matin et le barbu en question, moi-même, et quelques centaines d’autres férus de rock’n’roll (à différents niveaux de fanatisme) sommes parqués sur un dock avant d’embarquer sur le navire Motörboat. Les croisières rock font rage ces derniers temps, particulièrement celles branchées heavy metal comme « Barge to Hell », « 70,000 Tons of Metal » et « Shiprocked » (qui attire des fans plus jeunes). Tous ces voyages organisés ramènent beaucoup de blé, et il est bien normal que des groupes affiliés de près ou de loin au metal profitent eux aussi du gâteau. Motörhead ont désormais eux aussi, depuis un an, droit à leur chapeau de capitaine et à une croisière à leur nom, et bordel, malgré l'heure résolument matinale, les gens sont déjà à fond.

Perso, je n’avais jamais participé à une croisière rock avant ça, et j’étais curieuse de voir si l’expérience allait se révéler aussi magique et/ou ridicule qu’elle en avait l’air. L’idée d’être piégée sur un bateau de la taille d’un hôtel de luxe pendant 4 jours avec un millier de fans de metal (bientôt carbonisés par le soleil) semblait un peu décourageante, mais finalement, rien ne s’est passé comme je l’avais prévu. Et puis, hey, j’ai pu voir Motörhead deux fois – en une semaine.

C'est donc avec des visions plein la tête d’Allemands vaseux et de de thrash-bros vomissant à tue-tête, que j’ai pris la mer le 28 septembre dernier sur le Norwegian Sky, armée seulement de quelques T-shirt sans manches et de -je le découvrirai plus tard- trop peu de crème solaire.

Foökin' metal !

Mais l'enfer flottant que je m’étais imaginé m’est très vite sorti de la tête après avoir noté deux ou trois choses. Premièrement, l’âge moyen des participants tournait autour de 35/40 ans – beaucoup de dadbods tatoués et de mamans bikers. Certains fans et même quelques groupes avaient ramené leur famille entière sur le bateau, donc on pouvait voir se balader de mignonnes petites pré-pubères en T-shirt Motörhead taille enfant un peu partout sur le pont. Et si l'âge des groupes lvariait pas mal lui aussi, des rookies de Dead Deads au daron Tom Araya, la majorité des gens présents étaient dans la force tranquille de l’âge, ce qui donnait une atmosphère chill et amicale qui n'était que de temps à autre dérangée par les brailleries d'un mec bourré ou un classique « SLAAYERRR ! » La clientèle était à dominance américaine, mais il y avait des gens originaires du monde entier, j’y ai même croisé des lads de Liverpool qui avaient clairement les meilleurs T-shirts de la semaine.

Ici, chacun avait payé cher pour « en être » et pouvoir mater Exodus de loin en train de siroter des daiquiris à la fraise à un prix exorbitant. Personne n’était là pour « tout niquer » et le manque de bière cheap et de whisky discount a visiblement fait son effet sur les adeptes du festif-agressif qui hantent la plupart des festivals de musique. Bien sûr, il y avait le quota syndical de mecs bourrés, et il y a même un comédien dont nous tairons le nom qui s’est fait viré après avoir été pris à fumer de la weed sur le pont, mais en surface, tous les gens se comportaient décemment. Plutôt que se livrer à la débauche, j’ai vu des gens jouer à la shuffleboard pendant que les gars de Suicidal Tendencies shootaient des paniers, et sur la totalité du trip, je n’ai relevé que deux remarques racistes (plutôt réglo, si l'on considère le nombre de drapeaux confédérés au départ de Miami). Bref, ça tuait – je signe pour la croisière dad metal toutes les semaines s’il le faut.

Non, pas super metal les serviettes.

Le bateau en lui-même était superbement décoré, diffusant des classiques metal en rotation lourde sur des enceintes dédiées à cet effet. Le service était également au top – serviable (oui), poli et totalement respectueux des us et coutumes de la faune metal qui avait pris leur navire d’assaut. Lors d’un dîner un soir, un serveur indien nous a même présenté le menu en faisant une blague sur Motörhead, eh ouais !

Evidemment, les groupes étaient l’attraction principale du Motörboat, mais les têtes pensantes de la croisière avaient fait de leur mieux pour inclure du fun et de multiples activités chaque jour pour ceux qui avaient besoin de stimulation permanente. Les comédiens à bord avaient établi un canular qui a marché sur beaucoup de gens, imitant du mieux qu’ils pouvaient Phil Anselmo au micro sur les enceintes disséminées un peu partout afin de convaincre tout le monde que le chanteur de Down et Pantera était de la fête et se planquait quelque part sur le bateau (ce qui était faux, bien sûr). Lorsqu’on a accosté sur l’île, un concours d’élocution saoûl, un bingo bourré et un tournoi de bateaux à moteurs nous ont été proposés, ainsi qu’une cabine de body painting, un stand de tatouage et un tas de jeux de plage divers et débiles. Des filles en bikini microscopiques déambulaient et distribuaient des cannettes de Monster (qui, au vu de l’omniprésence du logo et de quelques dédicaces gênantes sur scène, devait sponsoriser l’ensemble de l’événement). Et je vous épargne le « belly flob contest » à la piscine.

Les sessions de karaoké nocturne étaient toutes assurées par un groupe live (dont le bassiste portait des gants noirs très serrés, qui faisaient partie de son uniforme rock, j’imagine) et à chaque fois que j’entrais dans la pièce, j’avais l’impression qu’un mec murmurait des paroles de Tool dans sa barbe. J’ai quand même assisté à de vraies prouesses, comme cet ange qui a repris Evanescence ou les multiples adaptations des hits de Billy Idol. Une jam session entre les meilleurs talents de la croisière aurait pu être une idée, mais malheureusement, ça ne s'est jamais produit. Parmi les comédiens présents, il y avait le très drôle et très vulgaire Brian Posehn. Je me suis retrouvé assise à côté de lui un midi mais j’étais trop impressionnée pour le saluer. Et j’ai bien fait. Un peu plus tard, Posehn a démontré toute l’étendue de son vice en cramant littéralement sur place tous les groupes qui jouaient durant le voyage.

Mais revenons à la musique. Le line-up faisait péter le champagne dès le premier soir : Motörhead, Anthrax, Exodus, Corrosion of Conformity et Suicidal Tendencies—une programmation de rêve pour n’importe quel metalhead, vieux ou jeune— ensuite, c’est devenu un peu plus… bizarre. Le super-groupe Motor Sister et les tribute-bands de super-groupes Death Dealer et Phil Campbell's All Star Band étaient à leur place, tous comme les tueurs rock’n’roll Fireball Ministry, Kyng et The Shrine (mention spéciale à Crobot et Others aussi), mais la seconde moitié de la prog laissait clairement du temps pour se poser au bar. Chaque groupe jouait deux fois en 4 jours, certains modifiaient un peu leur perf mais la plupart se contentait de jouer le même set. Ce que Motörhead fit, à mon grand désarroi.

J’étais curieuse – une curiosité flirtant avec le morbide, j'avoue - de voir comment Motörhead allait se débrouiller au vu des évènements récents. Honnêtement ? Ils ont tout défoncé. Lemmy était bien plus solide que lors de leur concert new-yorkais au début du mois. Juste quand on se demandait si le fait d'avoir principalement opté pour les morceaux lents de leur répertoire (« Lost Woman Blues », « The Chase Is Better Than the Catch », « No Class ») était dû aux problèmes de santé de Lemmy, « Ace of Spades » a déboulé et on a arrêté de se poser des questions. Le lieu était un peu plus petit que les salles où ils jouent habituellement – une capacité de 1200 personnes environ. Cette proximité avec le groupe aurait laissé n’importe quel fan rêveur. J’étais suffisamment proche d’eux pour lire ce qu’il y avait d’écrit sur la sangle de guitare de Phil Campbell, des sobriquets comme Lord Axsmith et Welsh Wanke, déterminer l’usure des Creepers noires et blanches de Lemmy, et évaluer les heures passées à la salle de muscu de Mikkey (le mec est une bête derrière la batterie). En gros, ça tuait.

Les autres groupes allaient du bof au bien. Suicidal Tendencies ont donné deux concerts mortels, dans la grande salle et sur le pont, où ils ont lancé un circle-pit surréaliste dans la piscine. Mike Muir est une boule de positivité qui roule de bout en bout de la scène. Anthrax étaient aussi fun que ST et leur son était au top, même quand ils ont joué le très clivant « Got The Time » et leur rap-metal vintage « I'm the Man » au milieu de classiques comme « Madhouse » et « Indians ». Joey Belladonna ressemble plus que jamais à un Ramone égaré, Scott Ian possède toujours ce bouc taillé infernal, et même le paradoxe de voir des CSP++ chanter des morceaux comme « Antisocial » ne pouvait pas gâcher l'ambiance fun et euphorique de leurs deux concerts.

Exodus a été le premier groupe à jouer sur le pont quand on a quitté Miami. La crinière de Steve Zetro ondulait majestueusement au-dessus des vagues au fur et à mesure que les vétérans du thrash balançaient les tubes de Bonded By Blood et lançaient le premier pit du week-end. Il y a également eu le grand retour de Corrosion Of Conformity. C’était captivant de voir Pepper Keenan écarter les jambes au micro sur des hits 90’s comme « Albatross », « Wiseblood » et « Vote With a Bullet ». Slayer a livré la pire performance des têtes d’affiches. Leur set est impeccable, Kerry King headbangue toujours comme un robot et Tom Araya s’est débrouillé pour nous gratifier de larges sourires et de quelques blagues de daron, mais l’énergie n’était tout simplement plus là. Slayer n’a jamais eu besoin de galoper sur scène ou de se déguiser, leur musique se suffisant à elle seule. Mais aujourd’hui, regarder un concert de Slayer, c'est comme d’assister à une roulette russe au pistolet à eau – est-ce qu’ils vont jouer une de leurs bonnes chansons, ou un de leurs morceaux chiants ? Les bons titres sont toujours bons et les titres chiants ne sont pas si chiants que ça mais bon, la flamme n’est plus là.

Au milieu de toute l'imagerie « metal » qui saturait le bateau, quelques groupes de troisième division réussisaient malgré tout à surnager grâce à leur look et leur style plus rock’n’roll que la moyenne. Le groupe glam finlandais Santa Cruz a ainsi battu des records rayon virtuosité et coiffures gratte-ciel, Death Dealer ont livré une leçon de heavy metal en jouant « Hail and Kill » avec Ross the Boss à la guiattre (ça m’a tué), la technicité de Huntress m’a impressionné, surtout après avoir découvert que leur chanteur tout en octaves Jill Janus était récemment venu à bout de son cancer, et les nouveaux morceaux de Kyng étaient cools – leur temps passé sur la route avec Megadeath a dû jouer.

Escale aux Bahamas

Côté voyage, on a accosté durant une journée complète au Great Stirrup Cay, une île privée dont est propriétaire Norwegian Sky et c'était fidèle à ce qu'on pouvait voir sur les cartes postales – du soleil, de l’eau turquoise, du sable blanc, des palmiers, toute la panoplie. Quelques groupes ont joué sur la plage, des centaines de metalheads ont pris un bain de soleil, pendant que « Trap Queen » résonnait un peu plus loin, sortant d’une cabane, preuve que où que tu ailles, tu ne peux jamais échapper à Fetty Wap.

Ce qui était appréciable sur le bateau, c’est qu’à tout moment, tu pouvais gravir quelques marches et te poser dans ta chambre à l’abri du soleil ou du bruit, un luxe inestimable, surtout quand t’as l’habitude de passer des jours entiers à suer et à lutter pour te procurer une bouteille d’eau à 5 balles dans les festivals - et le fait que chaque groupe jouait deux fois cassait le côté urgent du festival habituel. La quasi-absence de réseau et le prix exorbitant de la connexion internet permettaient également d'oublier un peu plus la vie normale. Mais ça signifiait aussi que personne n’était au courant à bord qu’on était suivis par un ouragan – les turbulences de la dernière nuit ont pris une toute autre tournure une fois à terre, quand j'ai lu tous les textos affolés de ma mère.

Est-ce qu’j’y retournerai ? Sûr. Est-ce que je recommanderai le Motörboat à des potes metalheads ou fans de Motörhead ? Évidemment. Est-ce que je prendrai soin de ramener mon propre whisky dans ma valise au lieu de prendre 3 bouteilles de shampooing la prochaine fois ? Je vous laisse deviner.

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Kim Kelly est sur Twitter.