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Cet article a été publié il y a plus de 5 ans
Music by VICE

Le guide Noisey du punk japonais

De The Stalin à Cobra (non pas ce Cobra-là) en passant par GISM, Teengenerate et The Discocks.

par Adrien Daniel
05 Octobre 2012, 9:37am

Quand je me fais chier au boulot, deux options s'offrent à moi : A. j'essaie de me bourrer la gueule avec des produits en spray. B. j'écoute du punk japonais. Comme ça fait bientôt deux mois que je m'adonne à cette passion secrète, j'ai décidé d'en faire profiter les mecs qui lisent ma colonne.

Quand on évoque le Japon, il est triste de voir que leurs seuls exports culturels sont des déchets foireux dont l'objectif consistait à singer le « cool » inventé par l'Ouest – notamment via l'éclosion de la culture populaire et du rock'n'roll. Tant et si bien que la rencontre entre la culture nippone et l'occident a créé un monstre d'acculturation : des cosplays organisés par des types fringués en héroïnes de manga qui donnent l'impression que le pays est uniquement peuplé de creeps dont les normes et valeurs transformeront bientôt leur pays en un immense cailloux radioactif peuplé de millions de centenaires et de chiens morts.

En soi, le punk n'est qu'une succession de réinterprétations et d'imitations. Ce qu'on oublie souvent, c'est que son influence a touché bien plus que les scènes anglaises et américaines. Au Japon, le punk est né du néant ; les scènes alternatives précédentes étaient trop pauvres en groupes pour avoir un impact au cours des trente glorieuses, ou même lorsque le pays était encore inféodé à l'occupation des GI's américains. Les chocs pétroliers des années 1970 ont amené cette aigreur favorable à l'explosion du punk au Japon, qui sera pour la première fois documenté entre 1978 et 1981 dans le bouquin de photos de Yuichi Jibiki, Tokyo Street Rockers.

Les Japonais ont réussi à créer leur propre « cool » à travers leur attitude, leur musique, leur imagerie et SURTOUT dans leurs sapes. Sérieux, les Japonais ont toujours su porter les meilleurs vêtements du monde. Même si parfois ils singeaient certaines figures du mouvement, les punks japonais ont apporté leur propre truc dans un monde régi par les 501 foncedés, les perfectos et les Doc Marteens. La musique s'en ressent aussi, à tel point que les groupes nippons resteront les meilleurs en matière de punk d'Asie, du moins jusqu'à ce que leur civilisation ne se fasse nukée par la Chine et la Corée du Nord.

Voici une liste de groupes qui prouve qu'à une époque, le Japon n'était pas uniquement peuplé de nerds qui chantent du karaoké à poil sur de la J-pop merdique.

THE STALIN

The Stalin est l'un des tous premiers groupes de hardcore japonais, et l'un des seuls à avoir développé un cult-status. Ceci est largement dû aux prestations scéniques du groupe qui incluaient projection de vomi et automutilation de leur frontman, Michiro Endo. Celui-ci a réussi à allier Iggy Pop, GG Allin et le comportement psychotique de Kikuchiyo dans les Sept Samouraïs de Kurosawa – ce qui visiblement, n'émeut pas le public venu voir le groupe dans un Top of the Pops local. Ah et aussi, meilleur nom de groupe de la terre.

FRICTION

Comme d'autres groupes de early punk tokyoïte, les mecs de Friction se sont directement inspirés de leurs homologues new-yorkais et londoniens. Les membres du groupe sont les sosies de Television et des Voidoids – l'apathie de Richard Hell en moins et la sécheresse de Gang of Four en plus. Même s'il y a peu de chances que vous compreniez quoique ce soit à l'interview, le morceau qu'ils jouent tue et la vidéo – extraite du film de 1978 « Rockers » – donne un bon exemple de l'idée de nihilisme interprétée par des japonais qui portent des bretelles.

THE SS

Plusieurs biographes du punk considèrent The SS comme le premier groupe de hardcore de l'histoire : en effet, ces quatre gonzes bedonnants jouaient du punk plus véner et plus rapide au même moment que Middle Class et Black Flag alors qu'ils ne pouvaient techniquement jamais en avoir entendu parler. On dirait les Bad Brains, à des moments. D'ailleurs, j'espère que ceux qui clament haut et fort que le hardcore est une invention purement américaine sont en train de chier dans leur froc en ce moment-même. Et si ces messieurs Rollins et McKaye m'écoutent, sachez que c'est à ça que le hardcore aurait toujours dû ressembler.

GISM

Au cours des années 1980, la scène japonaise a engendré des groupes de hardcore et de D-Beat dont les figures de proues étaient Gauze et Gism. Quand on pense au culte que vouent certains individus aux Spits uniquement parce qu'ils portent des cagoules de terroristes corses sur scène, on peut dire qu'ils n'ont rien capté. Gism portaient déjà ces cagoules 30 ans avant eux, jouaient une musique inspirée du thrash et du hardcore et faisaient des morceaux qui s'appelaient « Punks is Hippies ».

TEENGENERATE

À l'instar de la vague gunk punk américaine dans les années 1990, Teengenerate s'est concentré sur un son rapide à la Killed by Death inspiré du proto punk 70's. Teengenerate est la preuve vivante qu'on peut faire du punk, se marreret quand même devenir le meilleur groupe du monde de l'année 1994.

THE BLUE HEARTS

Les Blue Hearts faisaient du glam-rock crypto-communiste pas relou, comme si les Clash avait réussi à avoir du style après 1983. Même si la plupart de leurs morceaux sonnent comme de mauvaises reprises des Undertones et que leur chanteur ressemble à un méchant dans Streets of Rage, cela ne les empêche pas d'avoir sorti l'équivalent japonais du Jump de Van Halen avec leur tube Linda Linda.

THE REGISTRATORS

Avec « Killer Man », ces gonzes ont quand même repris un obscur morceau de punk français enregistré en 1977 par Alain Kan et son groupe Gasoline – dans lequel jouait également Fred Chichin. C'est probablement la seule fois dans l'histoire de l'humanité que des Japonais se sont inspirés du meilleur de la culture jambon-beurre sans qu'il existe le moindre rapport avec Claude François ou la réincarnation de Jeanne d'Arc.

THE SAWNKYS

Meilleur morceau de punk japonais de tous les temps. Sans doute le meilleur morceau japonais de tous les temps aussi. Les Swankys ressemblaient aux Sex Pistols en mieux. Exemple : en pompant abusivement les poses scéniques de Steve Jones, le guitariste choisit de porter un bob et une chemise en soie dorée par dessus pour asseoir sa « nipponité » et de fait, humilier la culture vestimentaire occidentale en la rendant conne, donc drôle, bizarre et chanmé.

THE DISCOCKS

Si les Cockney Rejects défendaient les couleurs de West Ham en se lattant la gueule avec des inconnus et que les Angelic Upstarts se battaient pour les droits des kids des corons au nord-est de l'Angleterre, les Discocks pour leur part se bourraient la gueule au Harajuku en terminant toutes leurs phrases par « Oï! Oï! Oï! » D'un point de vue personnel, ils n'étaient peut-être pas aussi engagés que leurs homologues britanniques, mais de toute façon, je suis même pas sûr qu'il existe une classe ouvrière au Japon.

COBRA

Ils sont wack à mort et représentent le pendant sold-out des Discocks. Les mecs de Cobra ont néanmoins réussi le tour de force de créer une sorte de manga Oï! avec leur musique. On dirait GTO avec des personnages qui ont des liberty spikes dans les cheveux et qui font du trampoline en écoutant Mötley Crüe. Il faut l'avouer, Cobra n'avait de Oï! que le nom. Ces mecs ont intégré toutes les techniques scéniques des groupes de hair metal des années 1980 et les ont mélangées avec les pires éléments punk pour créer un genre hybride et maléfique connu au Japon sous le nom de « pop Oï! ».