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On a retrouvé des morceaux de Rosca, le génie des synthés roumain qui a bravé Ceausescu

À mi-chemin entre Kraftwerk, Tubeway Army et Faust, Rodion G.A. a enregistré des morceaux totalement délirants alors que la répression menée par Ceausescu battait son plein.
15.9.14

Qui que vous étiez, quoi que vous fassiez, il ne faisait pas bon vivre dans la Roumanie de la fin des années 70 et du début des années 80. Le dictateur Nicolae Ceausescu envoyait ses sbires caillasser les hippies et les intellectuels, tout en imposant des politiques néo-staliniennes solides, allant jusqu'à interdire la possession d’une machine à écrire sans autorisation officielle.

Mais c’est au coeur de cette époque trouble, pleine de tensions politiques et sociales, que Rodion Rosca et son groupe Rodion G.A ont décidé de mélanger des riffs de synthé distordus et des rythmes hypnotiques, à l'aide de magnétophones à bandes Tesla, d'une guitare, d'une boîte à rythmes, d'un synthé et d'un orgue Faemi fabriqué en Union Soviétique.

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Le son rappelle aussi bien Kraftwerk et Tubeaway Army que Pink Floyd ou Faust, faisant de Rosca un personnage totalement à part, à mi-chemin entre Syd Barret roumain et Giorgio Moroder du rideau de fer. Le groupe a enregistré ses morceaux alors que le répression menée par Ceausescu battait son plein, versant de fait vers une musique particulièrement radicale et dissidente.

Rosca sortira prochainement Behind The Curtain - The Lost Album, anthologie de morceaux que l’on croyait perdus depuis 1987, année durant laquelle Rosca a mis un terme à sa carrière musicale, suite au décès de sa mère.

Aujourd’hui âgé d’une soixantaine d’années et luttant contre un cancer du foie, Rodion a accepté de répondre à nos questions sur la musique roumaine et la situation politique de l’époque.

Noisey : Les morceaux redécouverts ont été enregistrés entre 1980 et 1983. Ceausescu avait-il déjà décidé de la fermeture des stations radios et des chaînes de la télévision ?
Rodion Rosca : Ceausescu fait partie des personnes qui ont détruit ma jeunesse et ma vie, mais il n’a pas fermé les radios et les chaînes de télé parce que ces médias permettaient de relayer sa propagande. Durant les dernières années de sa dictature, il n’y avait que 2 heures de télé par jour, entre 20h et 22h, principalement dédiées à deux bulletins d’informations interminables. Avec sa femme et le reste de son gouvernement, ils ont fait passer une loi qui interdisait aux citoyens roumains de promouvoir les arts occidentaux ou de s'en inspirer. Les rythmes brutaux, la mode, la culture, le rock : tout ça était illégal.

Ceausescu n’aimait donc pas trop ta musique.
Absolument pas ! C’était un type rural, il préférait les musiques folkloriques et traditionnelles roumaines. Sa femme Elena avait une profonde aversion pour tout ce qui pouvait s’apparenter à de la musique moderne, et envers tous ceux qui pouvaient en faire la promotion. Leurs enfants avaient déjà fréquenté d’autres jeunes, ils adoraient le rock, la disco et la pop. Leur père n’était pas de taille à faire taire cette musique et à s’opposer aux goûts de ses propres enfants, qui aimaient les musiques modernes, chantées en anglais.

Les sons de verre cassé dans « Dans Macabru » illustrent la Roumaine de l’époque ou sont-ils dépourvus de toute forme de symbolisme ?
Quand quelqu’un balance un objet ou un truc en verre sur le sol, c’est signe de nervosité et de ras-le-bol. Ma musique s’exprime et illustre des situations, je m’exprime par ma musique en explosant cette bouteille au sol et en l’ajoutant à mon morceau, je peux faire comprendre à mes auditeurs ce que je ressens.

Behind The Curtain - The Lost Album sortira le 20 octobre sur BBE.